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Le blog du Réseau Bazar BHV

Howard Jacobson : La Question Finkler par Antoine Eminian

24 Mai 2012 , Rédigé par Les federateurs du reseau Bazar Publié dans #Livres et poésies

Eminian AntoineAntoine nous surprend toujours ! Il nous parle ici d’un sujet difficile et tabou.

Comédie humaine ? Certains parleront de ce roman  comme irrévérencieux, je ne le crois pas. L’auteur nous dira, « je ne vois pas l’intérêt d’écrire, sans humour ! ». J’y trouve là, le point commun avec Antoine !!!

En tout cas bravo pour cette excellente critique littéraire.

 Howard-JacobsonHoward Jacobson né en 1942 à Manchester, est écrivain et journaliste anglais. Après des études en Angleterre et en Australie jusque dans les années 70, il commence à écrire au début des années 80 tout en étant journaliste. Howard Jacobson a publié une dizaine de romans, inédits en France, dans une veine comique où il se plaît à mettre en scène des personnages qui se définissent par leur judéité britannique. La Question finkler a obtenu le prestigieux Booker Prize en octobre 2010.

 Howard Jacobson Livre

Julian Treslove et Sam Finkler sont amis d’enfance quant à Libor Sevcik c’est leur ancien professeur d’histoire. Chacun a mené sa vie de son côté, Sam et Libor sont veufs, Julian multi-divorcé. Après une soirée passée avec ses deux amis chez Libor, Sam se fait attaquer et voler, en pleine rue sur le chemin de son appartement. Ce qui ressemble à un banal incident, va particulièrement troubler Julian, l’obsédant jusqu’à en décortiquer chaque seconde de ce court instant et l’amenant à la conclusion qu’il a été attaqué parce qu’on l’a pris pour un juif. A partir de là, Julian Treslove va chercher à se comporter comme un véritable juif, s’imaginant et voulant croire qu’il en est un.

 

Si Julian est le personnage principal du roman, c’est aussi parce qu’il en est le plus atypique, il n’est pas juif et il exerce le métier de sosie, mais un sosie paradoxal puisqu’il ne ressemble à personne en particulier et à tout le monde en général. D’une certaine manière, Julian est le lecteur lambda, un non juif quelconque qui veut découvrir ce que le terme de « juif » recouvre aujourd’hui, que ce soit en tant que religion, traditions et rites, langue, culture, place dans le monde, sans oublier le terrorisme, la shoah, les palestiniens etc.

Sam et Libor étant des modèles de juifs peut-être pas opposés, mais différents. Sam Finkler est contre la politique menée par l’Etat d’Israël au point qu’il en a honte, allant même jusqu’à créer un club d’intellectuels nommé « Société des juifs honteux », tandis que Libor Sevcik est un juif plus âgé, intellectuel modéré, vivant dans le souvenir de sa femme défunte.

Entre Julian qui voudrait être plus juif qu’un vrai juif, Sam un réel juif qui a honte de ce qu’il est et Libor qui s’accepte tel qu’il est, Howard Jacobson réussit une formidable mise en abîme sur le questionnement de l’identité juive. La question finkler c’est la question juive et ce tour de passe-passe sémantique où le nom d’un de ses personnages remplace le mot « juif » est déjà très drôle en soi. J’imagine que l’auteur est juif lui-même, car il se permet d’aligner tous les clichés antisémites de manière humoristiques sans crainte de briser le consensus du politiquement correct. Plusieurs fois je me suis surpris à relire des phrases, pour être certain qu’il s’agissait d’humour et non de diffamation, tant il vrai qu’aujourd’hui on se demande parfois « s’il était encore possible d’user du mot « juif » dans un lieu public. (…) dans ce monde d’enragés, c’était comme allumer la mèche de toutes sortes de violences et d’extrémisme. »

Le roman est tour à tour, désopilant et drôle (le rôle du prépuce dans le plaisir sexuel), instructif sur certains aspects des traditions juives, émouvant quand les veufs évoquent leurs épouses, agaçant quand Julian Treslove se fait pleurnichard ou carrément chiant quand il laisse son imagination déborder. J’ai aussi regretté quelques longueurs, mais globalement c’est très réussi et enfin on peut lire un bouquin sur les juifs sans tomber dans la compassion ou le morbide.  

 

« Je veux les rites, lui avait-il dit. Je veux la famille, je veux le tic-tac quotidien de la pendule juive. Mais à peine les lui avait-on donnés qu’il avait battu en retraite. Elle l’avait emmené à la synagogue – évidemment pas celle d’à côté où on priait avec le keffieh – et cela ne lui avait pas plu. Ils ne font rien d’autre que remercier Dieu de les avoir créés, se plaignit-il. Mais à quoi sert d’avoir été créé si tout ce qu’on fait de sa vie, c’est remercier Dieu ? »

 

Howard Jacobson  La Question Finkler   Calmann-Lévy

 

 

 

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Maddy Verdon 25/05/2012 09:55

Merci Antoine pour cet aperçu. C'est un sujet qui m'intéresse et dont vous transmettez très bien la problématique
Je vais sûrement acheter ce bouquin
Merci encore
MV

BENADINER 25/05/2012 09:09

Bien entendu que l'auteur est Israélite , Antoine faudrait être naif pour penser le contraire , qui mieux peut critiquer sa communauté qu'un juif , Lire ce livre avec du recul , Antoine ton analyse
est trop longue , mais c'est pourquoi cela nous donne envie d'en savoir plus Amitiés Philippe Benadiner