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Le blog du Réseau Bazar BHV

Extrait de: " l'architecte et la reine" de Martine Mallein-Leguédois ; Les Androuet du Cerceau

15 Septembre 2010 Publié dans #France 5 Centre

Les journées européennes du patrimoine des 18 et 19 septembre prochains ont pour thème cette année « Les grands Hommes : quand femmes et hommes construisent l’Histoire ». Le Ministre de la culture Frédéric Mitterrand  a voulu « saluer ainsi la mémoire des figures de notre Histoire ».

 

Le patrimoine que j’ai eu la chance de découvrir dans mon village du Berry m’a donné le plaisir de rencontrer dans le temps, sorte de dialogue intemporel, une famille de grands architectes du XVIème siècle et du début du XVIIème, les Androuet du Cerceau et de lier connaissance, si je peux dire, avec l’épouse du roi Henri IV,  la florentine, Marie de Médicis.

Je vous entraîne avec plaisir dans leur sillage, occasion de réunir l’Homme et les Lieux.

 Je vous invite tout d’abord à nous rendre à l'enseigne du Cerceau, rue des Petits Augustins, à Paris  !

Sous François ler, autour des années 1535, on vient boire chez ce cabaretier, marchand de vin,  dénommé Androuet, dont l'enseigne est un cerceau de tonneau. On vient s'y amuser, rencontrer les amis de toujours, des compagnons de passage et discuter du « petit » qui a tiré sa révérence pour découvrir l’Italie. Sa besace sur le dos, à  23 ans, le jeune Androuet, un petit pécule en poche, ses carnets de croquis à la main, va traverser la péninsule, par étapes, et y demeurera en tout 7 ans à la découverte des trésors antiques dont il a tant entendu parler.

Toute son existence sera marquée par les souvenirs qu'il rapportera de ses deux voyages italiens. Il gardera toujours en mémoire ces édifices qu'il a contemplés, sources de son inspiration future. Il fera donc partie de ceux qui initièrent la Renaissance en France et tout particulièrement en architecture. Le style gothique sera remis en cause, on parla même de "vilaine et folle carapace faite par et pour un monde barbare".

Dès lors, il va mener une vie très active et bien remplie entre Tours, Orléans et Paris. Il obtient du roi François ler, le 28 juin 1545 des lettres patentes lui accordant pour 3 ans une complète protection contre la vente de copies non autorisées de ses « … ouvraiges  et figures d’architectes, corniches, moresques et compartiments… ». C’est  dire qu’il est bien en cour ! Il est vrai que son amie, Renée de France, duchesse de Ferrare, entretient des relations privilégiées avec la duchesse d’Angoulême, mère du Roi. Jacques Androuet du Cerceau sera très vite séduit par la Religion prétendue réformée.

 Les années passent, il devient incontournable en tant qu’architecte, créateur d’ornements, publie des recueils ayant trait aux arts décoratifs, il sera surtout un extraordinaire descripteur et illustrateur de 30 châteaux français, à la demande de Catherine de Médicis et de Charles IX, ce dont témoigne avec un raffinement certain son ouvrage « Les plus excellents Bastiments de France », recueil très précieux, photographie de la France au XVIè siècle, parvenue jusqu’à nous.

 Le siècle d’Androuet du Cerceau fut aussi celui des guerres de religion. Jacques Androuet se trouve au milieu de la tourmente. Il quitte Orléans pour Verneuil-en-Halatte, petite ville de l’Oise,  centre de ralliement protestant. Il s'y réfugie un premier temps. La petite communauté de Verneuil regroupant architectes et artisans représentant tous les corps de métier, vit tranquillement au pied du magnifique château en cours de construction commandé par Philippe de Balainvilliers.

Ainsi fut créé à Verneuil un véritable « cabinet d’architectes » bâti sur les Antiques, préconisant une meilleure distribution des espaces : « Commodités du dedans et symétrie du dehors ».

 Sa plus belle réussite, trois fils, une fille mariée à Jehan Brosse et pour leur plus grande gloire, nous ne retiendrons de leur immense travail, que :

            Baptiste et le Pont-Neuf à Paris

            Jacques et la Grande galerie du Louvre

            Charles et le pont Henri IV de Chatellerault   

 

Trois petits-fils célèbres :

            Jean et Fontainebleau

            René, voyer fidèle de Sully, en Poitou

            Salomon de Brosse et le Palais du Luxembourg

           Et, toujours Verneuil pour eux tous.

 

Jamais il n’abandonnera sa religion.  La vieillesse venue, il part dans le pays de Calvin, à Genève. Il s’éteindra en 1585 ou au début 1586 à Genève ou Annecy

 L’histoire de Jacques ler Androuet du Cerceau ne s’arrête pas à sa mort, en 1586. Il a formalisé les grands principes qui fondent l’architecture à la Française.

 

Si je vous ai convaincu sur l’importance de cet architecte, un peu oublié certes, mais qui a fait récemment l’objet d’une très belle exposition à la Cité du Patrimoine et de l’Architecture au Palais de Chaillot, vous pourrez par un bel après-midi vous rendre à Verneuil, tout près de Chantilly et faire une agréable promenade. La petite ville située en lisière de la forêt d’Halatte vous permettra de découvrir des vestiges gallo-romains, un musée, unique en Europe, qui retrace l'histoire en relief rapportant les traces et la mémoire de la pierre du néolithique jusqu'à la seconde guerre mondiale, mais vous pourrez surtout aller voir les restes du château de Verneuil, seuls les soubassements n’ont pas été détruits par les Condé, jaloux de la beauté du site, faisant concurrence à Chantilly et le Manoir de Salomon de Brosse.

 

Martine MalleinJe me tiens à votre disposition si cette aventure à Verneuil vous tente.

Eh ! oui, la maison de Salomon de Brosse existe encore, alors suivez-moi dans cette direction. Qui est Salomon de Brosse, cet architecte protestant dont on ne parle pas souvent et dont je me suis fait le défenseur avec mes amis Mr et Mme Sarrazin qui ont créé l’association des Amis du Vieux Verneuil.

 Pourquoi le défendre me direz-vous ? Il est en fait l’architecte de la petite ville nouvelle d’Henrichemont, créée en 1608 par Sully, dont ma famille est originaire. J’ai eu la curiosité de mieux le connaître ou plutôt de le découvrir et pendant deux ans avec Gérard nous avons sillonné la France, jusqu’à Sedan. Pas de chance pour les châteaux, ils sont presque tous détruits, mais, il reste encore quelques merveilles architecturales.

 

Né à Verneuil-en-Halatte en 1570,  très tôt, il va travailler avec son grand-père puis ses oncles, son père et toute leur parentèle à la construction du château de Verneuil.

A la suite du décès du roi Henri IV, Brosse va grandir en notoriété.  En fait, il bénéficiera de la manne de la régente, Marie de Médicis, de la réputation qu’elle lui a faite et les Grands suivront. Après Henrichemont, ce seront six beaux hôtels parisiens, puis les châteaux de Blérancourt, de Coulommiers et bien d’autres encore, comme le Parlement de Rennes, la façade de Saint-Gervais-Saint-Protais à Paris, la salle des Pas perdus au Palais de justice de Paris. En quinze ans, Salomon, architecte à la mode, a considérablement travaillé s’appuyant largement sur Charles du Ry, le fidèle des fidèles, « rationalisant » le style des demeures, ouvrant la porte à l’architecture qui s’épanouira avec François Mansart et Jacques Lemercier.

 Hôtels et châteaux dégagent les mêmes caractéristiques, la symétrie, l’horizontalité, le corps de logis ouvre sur cour et jardin, l’équilibre est donné par les pavillons. Il  joue avec la superposition des trois ordres, abandonnant l’ordre colossal, il ornemente les murs entre les pilastres par de simples panneaux. Il crée des galeries en demi-cercle, surmontées de terrasses, invente le pavillon d’entrée qui devient porte-cochère dans ses réalisations parisiennes. Progressivement, il voudra oublier la brique au seul profit de la pierre qui deviendra le matériau privilégié utilisé à l’époque de Louis XIV.

 Mais son fleuron sera le Palais du Luxembourg. Je ne peux que vous inviter à vous promener en cette période automnale dans les jardins de notre Sénat, vous trouverez bien l’occasion de le visiter.

 Petit histoire des deux contrats signés pour « la maison » de Marie de Médicis.

… L’accord passé entre la Reine et de Brosse prévoit un contrat d’architecte, classique, rémunéré selon la somme forfaitaire annuelle convenue de 2400 livres. Rien à dire à ce sujet.

 Par contre, aucune entreprise ne veut  répondre à l’adjudication lancée au prix de 750 000 livres. Des proclamations sont faites, des affiches de l’appel d’offres sont apposées à Paris, l’architecte relance l’adjudication en septembre puis en décembre 1614. En vain. Les entrepreneurs généraux connaissent le sous-sol, ce sont des carrières qui le jonchent, ce qui explique leur prudence. Ils ne savent pas ce qu’ils vont trouver pour arrimer sérieusement au sol la future construction. L’architecte, qui lui aussi a fait office de maçon  et a connu tous les corps de métier pendant sa jeunesse  lors de sa formation auprès de

son grand-père, est plus téméraire. A plusieurs reprises lorsqu’il lance les chantiers, il ne tient pas compte de la qualité du sol. Il imposa ses plans.

Faute d’entreprises, il décide de devenir lui-même le maître d’ouvrage du chantier. Il crée à cet effet une association entre son neveu, Jean, son fils, Paul, et lui-même. Il assumera ainsi la faisabilité de son projet, arrêtera  l’enveloppe financière, son coût d’investissement est ferme et définitif. Grosse erreur ! Sa responsabilité d’entrepreneur est majeur et couvre tous les corps de métier.

 

Les travaux commencent et la Reine vient poser la première pierre, le 2 avril 1615. Il déménage et s’installe au Petit Luxembourg pour coordonner les travaux.

 A son grand dam, ce qu’il ignore encore dans l’euphorie de l’ouverture du chantier, c’est qu’il devra subir d’une part, un arrêt non programmé des travaux pendant les trois années d’exil de la souveraine à Blois, puis, d’autre part, à la reprise du chantier, l’intransigeance de Richelieu qui fera pression sur la Reine-mère, pour ne lui octroyer aucun crédit supplémentaire en dépit de l’augmentation flagrante des prix, et qui plus est, ira jusqu’à lui faire un mauvais procès.

 Marie de Médicis, nous la connaissons souvent d’une manière scolaire. C’est l épouse italienne d’Henri IV. Ses crises d’autoritarisme sont fréquentes, les disputes avec le roi innombrables, Sully se doit souvent d’intervenir pour calmer le jeu, on la connaît jalouse, et il y a de quoi. Bref, à quoi correspondent ces trois ans d’arrêt du chantier du Luxembourg ? On peut parler de la tragi-comédie de Blois !

Concini et son épouse Léonora Galigaï sont morts. C’est la première crise entre Louis et sa mère. Les négociations vont bon train. Marie, par l’intermédiaire de Richelieu adresse un certain nombre de suppliques au Roi. Il demeure implacable. Luynes lui confirme la position irréversible du Roi. Il va même jusqu’à interdire à ses sœurs, à Gaston, de dire adieu à  leur mère. Il lui signifie qu’elle doit se retirer à Moulins et, en attendant que le château y soit  remis en état, qu’elle aille à Blois !

L’ex-régente part en vaincue à Blois, grossièrement bafouée par la foule. Elle laisse Paris, le 3 mai 1617.

 Elle a pris soin de cacher ses bijoux, tout près d’elle. Elle ne verra plus son cher « Meller » comme elle l’appelle, son bijoutier qu’elle a fait venir de Florence, tout spécialement, Mellerio, qui lui a dessiné et exécuté tant de merveilles. Ses cassettes sont avec elle, elle y veille personnellement.

A Blois, elle s’ennuie. Elle a fait appel à Salomon de Brosse pour lui construire une petite extension du château. Elle intrigue. Dans la nuit du 21 au 22 février 1619, un simple valet de chambre s’insinue dans le château, convainc Marie de le suivre. Telle une héroïne de roman, elle s’échappe par sa fenêtre du second étage, atteint péniblement, grâce à une échelle, la terrasse, et, de là, attachée par des cordes » - elle a le vertige, elle a trop d’embonpoint -, on la pousse, on la tire pour passer par la fenêtre, mais néanmoins se fait glisser le long du terre-plein jusqu’au sol. A son grand dam, elle perd au cours de cet exercice périlleux, l’une de ses précieuses cassettes de bijoux qu’elle avait cachée dans son lourd manteau. « Enfin, bras dessus, bras dessous, entre deux compagnons, comme une grosse ribaude en bonne fortune, elle traverse la ville, » puis le pont sur la Loire. Un cocher l’attend, son carrosse file sur Loches où elle retrouve le duc d’Epernon.

 Et la suite, me direz-vous, vous la découvrirez si je vous en ai donné envie, dans le livre que j’ai écrit « L’architecte et sa reine » et qui reprend la vie de ces trois personnages, Jacques ler Androuet du Cerceau, Salomon de Brosse et la Reine Marie de Médicis.

 Je conclurais en reprenant les propos de M. le Ministre de la Culture à l’occasion des ces 27 èmes journées européennes du patrimoine : « Le temps n’efface pas les traces des grands hommes » « l’Andromaque d’Euripide déjà portait cette conviction intime et fondamentale, dont le patrimoine porte jusqu’à aujourd’hui le témoignage. »

 



[1]  Les 750 000 livres représentent en gros le vingtième du budget de la France à cette époque.

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