Lu dans la Presse : Comment Frédéric Merlin s’est enfin débarrassé du boulet BHV Marais sans y laisser (trop) de plumes…
19 Juin 2026 , Rédigé par Les federateurs du reseau Bazar Publié dans #BHV news, #Lu dans la Presse
Comment Frédéric Merlin s’est enfin débarrassé du boulet BHV Marais sans y laisser (trop) de plumes…
Je découvre ce journal comme vous certainement!...et je partage cet article bien rédigé et intéressant à nos lecteurs du réseau.
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juin 18, 2026 par Eric Tréguier
Depuis 170 ans, c’est une institution parisienne. Le BHV Marais va changer de mains pour la deuxième fois en trois ans. Et le schéma de cette vente est plus que surprenant.
Frédéric Merlin aura essayé. En rachetant le BHV en 2023, le jeune patron de la Société des Grands Magasins pensait reproduire sa recette : reprendre un actif en difficulté et le redresser. Sur le papier, l’affaire cochait toutes les cases. Dans les faits, elle s’est transformée en piège.
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Mécanique enrayée
Certes, le magasin est brièvement repassé dans le vert, mais la mécanique s’est vite enrayée, à cause d’impayés à répétition, qui ont entrainé le départ des marques et la chute de fréquentation. Au début de cette année, les ventes ont nettement piqué du nez, à des niveaux inédits, et le grand magasin, vidé de ses enseignes, est devenu « un repoussoir à clients ». Le BHV est passé du stade de vitrine d’un redressement à un cas d’école marketing et…à un foyer de pertes. Pire : il pompe une part disproportionnée des ressources d’un groupe de 19 centres commerciaux dont son PDG estime la valeur à un milliard d’euros et qui, par ailleurs, reste rentable.
Et c’est là que le sujet change de nature. Pour SGM, le BHV n’était plus un projet, c’était devenu un risque. Car le groupe de Frédéric Merlin repose sur un modèle simple : redresser des actifs sans compromettre l’équilibre global. Or avec le BHV Marais, tout a convergé dans le mauvais sens : pression de trésorerie, image dégradée, complexité politique et commerciale. Le coup de grâce a été porté par la perte des murs, finalement repris début 2026 par Brookfield après l’échec du financement monté par SGM, dans un contexte de taux élevés.
A partir de ce moment s’est alors posée la question de conserver l’exploitation. Frédéric Merlin l’a lui-même reconnu : il n’allait pas passer les prochaines années à se battre pour un actif qui mobilisait autant pour si peu. D’où la solution trouvée il y a quelques jours : vendre. Mais à qui? Un tel monument, avec un tel passif, en a effrayé plus d’un. Des fonds ont préféré laisser tomber. La solution? Laisser le management reprendre l’affaire, laisser ces quatre cadres déjà en place tenter l’impossible. Karl-Stéphane Cottendin, ex-directeur général du BHV et du groupe SGM (il va bien sur quitter ces fonctions),Valérie Chaleyssin, directrice marketing, Medy Ty, directeur artistique et Élodie Nho, la DRH, veulent recentrer le grand magasin “sur son cœur de métier historique : la maison, bricolage, décoration, mobilier, luminaire, culinaire, art de la table, linge de maison, loisirs créatifs, électroménager, literie, librairie, etc.”, selon un communiqué.
Questions stratégiques
Cela posera rapidement deux questions. Quid de Shein? Le sort de la marque de fast-fashion chinoise dont l’installation au BHV avait fait polémique semble être scellé : cette “expérimentation” était “une erreur stratégique”, a reconnu auprès de l’AFP Karl-Stéphane Cottendin, pour qui Shein sera “idéalement” parti d’ici à Noël. Et quid de Brookfield? Le Canadien est en effet propriétaire, depuis le début de l’année, des murs du BHV Marais et était censé récupérer plus de 60 % des locaux pour ses projets de redéveloppement, parmi lesquels un possible hôtel aux deux derniers étages (dont celui occupé par Shein). C’est désormais compromis. La mairie ne semble pas convaincue. Et la nouvelle direction veut renégocier le périmètre exact sur lequel sera déployé le nouveau concept.
Enfin, il y a le financement de cette transaction surprenante. Le 700 salariés vont se voir proposer de participer financièrement à la relance du magasin à travers, dit-on, un scop (une coopérative). Plus de 300 seraient intéressés, devrait-on nous annoncer la semaine prochaine. Un scénario qui séduit l’opinion, les pouvoirs publics… mais qui tient aussi du story-telling. Car les repreneurs salariés n’ont pas les capitaux nécessaires pour financer la reprise. Et ont encore moins l’accès au crédit bancaire. Les banques jugent en effet l’opération trop risquée, trop instable, trop exposée. Et avec l’explosion des taux d’intérêt depuis 2022, inutile d’imaginer une opération de refinancement plus sophistiquée, type LBO. Mais alors, si le montage classique (apport en cash + crédit bancaire) est devenu impossible, comment ont-ils pu conclure la transaction?
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Crédit Vendeur
Et bien, dans la situation présente, il ne reste qu’une seule voie : le crédit vendeur. Autrement dit, Frédéric Merlin a vendu son actif, mais a sans doute accepté d’en financer lui-même une partie. Mardi dernier, la SGM reconnaissait vendre “à prix négatif” le fonds de commerce du BHV Marais, institution parisienne depuis 170 ans. Une source proche du dossier interrogée par LMR l’a d’ailleurs confirmé : il a laissé “de l’argent dans le deal…” Et pas seulement les 15 millions d’euros réinjectés dans le magasin depuis sa reprise en 2023. Contacté par LMR, Frédéric Merlin n’a pour le moment pas donné suite à nos questions sur ce point. Et on le comprend. Trop embarrassant…
Dans ce type de situation, ce mécanisme du “crédit vendeur”, habituellement marginal, devient central. Il permet tout simplement au deal d’exister. Du reste, le montant de l’opération elle-même n’a pas dû être faramineux. Il ne s’agit que du transfert de l’exploitation d’un magasin de centre-ville, autrement dit d’un dinosaure du commerce physique. Et qui plus est, un magasin alourdi par le dossier Shein, et qui perd de l’argent… Alors, Frédéric Merlin a fait ce qu’il faut : il a même sans doute fait un chèque pour accompagner le plan de relance des repreneurs.
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Schéma pas classique
On n’est donc pas dans le schéma d’une vente classique, mais dans une sortie organisée, où le vendeur a accepté de perdre de l’argent et d’étaler son paiement pour se libérer d’un actif devenu trop lourd. Et il faut le reconnaître : ce calcul a du sens. Se couper le bras plutôt que de perdre tout. Et aujourd’hui, pour la SGM, abandonner le BHV, c’est sécuriser l’avenir de la SGM.
(La Minute Riches est LE média qui vous parle des UltraRiches et de leurs affaires. Une question, une suggestion ? Laissez-nous un message : laminuterichescontact@gmail.com)
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