Lu sur BFM "On ne va pas finir l'année", à paris comme en province...
"On ne va pas finir l'année": à Paris comme en province, l'inquiétude grandit parmi les salariés des grands magasins BHV, toujours désertés par les marques et les clients
BFM Business OC avec AFP Publié le 06/06 à 09h36
Les syndicats les estimant à l'"agonie" quand la direction invoque une nécessaire période de "transformation".
"On ne va pas finir l'année": à Paris comme en province, l'inquiétude grandit parmi les salariés des grands magasins BHV, toujours désertés par les marques et les clients, les syndicats les estimant à l'"agonie" quand la direction invoque une nécessaire période de "transformation".
"170 ans avec vous, le BHV prépare la suite", clament les façades du Bazar de l'hôtel de ville, au cœur de Paris, où s'affiche un schéma représentant l'emblématique établissement parisien, la formule "rénovation en cours" apposée à chaque étage.
A l'intérieur, parmi les quelques clients présents vendredi matin, Maeva Normand, 31 ans, filme avec son téléphone le vaste espace vide barré de rideaux au rez-de-chaussée, en face de l'espace beauté-bijouterie où les emplettes restent possibles. "C'est impressionnant," commente cette habituée.
Les nombreux escalators en panne viennent renforcer l'impression d'abandon suscitée par les surfaces désertes observées à chaque étage, à part au 6e, où l'installation du premier magasin physique et pérenne de Shein, plateforme asiatique de mode ultra-éphémère accusée de détruire le commerce français, a fait scandale cet automne.
"Nous sommes dans un entre-deux assez atypique"
"Nous sommes dans un entre-deux assez atypique" a reconnu cette semaine Frédéric Merlin, cofondateur de la SGM, l'exploitant du BHV, dans Challenges, invoquant une période de "travaux" pendant laquelle il a "choisi de ne pas fermer".
La mue de l'établissement parisien, qui compte encore quelque 700 salariés, passe par la libération de surfaces au profit du fonds canadien Brookfield, propriétaire des murs (évalués à 300 millions d'euros) depuis janvier, en vue de son plan de redéveloppement.
La SGM, qui a acquis le fonds de commerce du BHV en 2023 auprès des Galeries Lafayette, devait aussi racheter son bâtiment de 45.000 m2. Mais le tour de table s'est avéré plus difficile que prévu, en particulier après le retrait de la Banque des territoires, opposée au partenariat avec Shein.
Confronté depuis des mois à la fuite de marques (Dior, Sandro, Guerlain, etc.) échaudées par des impayés ou mécontents de l'arrivée du géant asiatique, le groupe comptait sur son nouveau bailleur pour se remettre à flot, moyennant une réduction de 40% de la surface à sa main.
Finalement, la SGM n'exploitera plus que 15.000 m2, laissant plus de 60% des locaux à Brookfield, qui explore diverses pistes pour ranimer son immeuble, comme l'installation d'un hôtel aux 6e et 7e étages, selon une source proche du dossier confirmant des informations de presse.
"Flop complet"
Mais la SGM n'a toujours pas reçu les "15 à 20 millions" d'euros espérés de Brookfield, souligne à l'AFP un représentant de l'intersyndicale du BHV.
La source proche du dossier assure qu'"entre 3 et 6 millions d'euros" ont déjà été avancés à la SGM, mais que cette dernière n'a pas respecté certains engagements. Sollicités, la SGM et Brookfield n'ont pas commenté. En attendant, le chiffre d'affaires du BHV est "en chute libre", s'alarme l'intersyndicale. "Le samedi, on fait entre 45.000 et 55.000 euros, alors qu'avant moins de 500.000, c'était une catastrophe", se désole une de ses membres.
Faute de clients, "on erre un peu toute la journée, c'est très long", déplore une employée parisienne.
Même constat dans les huit BHV (dont 7 ex-Galeries Lafayette) hors Paris où quelque 500 salariés "se demandent tous les mois s'ils vont être payés", assure Sabine Le Bourhis, déléguée syndicale centrale CFDT à Orléans. Le coup de grâce est venu, selon elle, de la rupture du contrat entre la SGM et les Galeries Lafayette, opposées à l'arrivée de Shein.
Signe des temps, le BHV de Dijon vient de décider de fermer le dimanche. "Ben, vous savez, il y a pas mal de marques qui ne sont plus là", lâche une vendeuse, dépitée, à un client étonné de ne plus voir sa griffe préférée. Au deuxième étage, une exposition d'artistes-peintres locaux vient combler le vide, quand d'autres espaces sont laissés vacants.
Celui qu'occupe Shein depuis février est le plus achalandé. Mais "ce n'est pas l'affluence débordante", concède Denis Favier, le président de l'association des commerçants du centre-ville de Dijon, pourtant l'un des fervents partisans de la venue de la marque. "Shein, c'est un flop complet" assure Sabine Le Bourhis, convaincue que les BHV ne "verront pas Noël".
A Paris, Palmira, cliente soixantenaire, apprécie les nouvelles collections d'été Shein, mais préfère acheter en ligne: "c'est moins cher".
Ci-dessous, une photo du BHV en 1885, quand il fallait
du jugement, de l'audace et un vrai sens des affaires pour réussir.
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Lu dans le Figaro, «Il n’y a plus rien, plus aucune marque»... Le sort des cousins devenus BHV, est bien triste
Les BHV de Limoges, Angers, Dijon, Grenoble et Reims, repris par la SGM de Frédéric Merlin, sont en pleine crise depuis leur partenariat avec Shein annoncé en octobre 2025. En réaction, les Galeries Lafayette ont rompu leur contrat, et une centaine de marques (Dior, Guerlain, Sandro…) ont quitté les magasins, entraînant une chute des ventes estimée à 70 % et près de 4 millions d'euros d'impayés. Nous connaissons le scénario du BHV Marais !
Les corners Shein ont ouvert le 25 février 2026 dans ces cinq villes, mais sans l'affluence espérée. Le pari de Frédéric Merlin est de compenser les départs par Shein et un repositionnement vers le low-cost, la parapharmacie et la maison — avec une clause d'arrêt si ça ne fonctionne pas dans un an. L'avenir reste très incertain.
Des employés nous ont contactés peu rassurés sur leur avenir ! Nous leur souhaitons bien du courage !
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«Il n’y a plus rien, plus aucune marque» : dans les BHV de province, les effets collatéraux de l’arrivée de Shein
Le Figaro Par Pauline Landais-Barrau et Thomas Engrand
De Reims à Dijon, le sentiment est le même : que sont devenues les historiques et très appréciées Galeries Lafayette ? Désormais exploités par le groupe SGM sous l’appellation BHV, ces établissements se cherchent une nouvelle identité.
Limoges, Angers, Dijon, Grenoble et Reims... Depuis quelques mois, ces cinq villes françaises ont en commun d’avoir vécu un changement commercial de taille : la mutation des historiques Galeries Lafayette en BHV depuis leur reprise par le groupe Société des grands magasins (SGM). Et avec lui, l’arrivée en février en leur sein des tout premiers magasins Shein en France. Un changement de nom, de positionnement et finalement d’objectif ? Magasins quasi-vides, rayons clairsemés... Aujourd’hui, difficile d’y voir clair alors que ces établissements sont actuellement - à l’image du BHV parisien - en pleine restructuration, et prennent des virages dont il est parfois difficile de comprendre le sens.
À Reims en ce mercredi matin, le BHV se dresse fièrement dans un vieil immeuble du centre-ville situé rue de Vesle, sur lequel l’on peut lire l’inscription «magasins modernes». Vestige de ce que fut un jour ce lieu dans lequel toute la ville venait se presser. Les portes viennent à peine de laisser entrer les premiers clients, à l’ouverture du magasin, que déjà, les vendeurs s’affairent : certains rangent, d’autres discutent et deux autres... déménagent un vieux comptoir rouge qui s’apparente à une ancienne caisse. Si les lieux sont plutôt majestueux, c’est l’absence des enseignes habituelles de ces grands magasins qui saute aux yeux. «Il n’y a plus rien, plus aucune marque», se désole Florence, qui voulait acquérir un t-shirt.
Accompagnée de son amie, la quinquagénaire ne prend même pas le temps de descendre au sous-sol du magasin, où l’espace dédié à la marque chinoise Shein a été installé. «Ils n’auront pas ce que je recherche, je préfère aller chez Petit Bateau», lance-t-elle, avant de tourner des talons. C’est pourtant l’espace le mieux achalandé, avec plusieurs centaines de mètres carrés aux rayons bien fournis de vêtements pour enfants, hommes et femmes. Dès l’arrivée, une affiche invite à entrer «dans la première boutique physique de Shein», souhaitant la «bienvenue dans le nouveau chapitre du commerce. Mondial par sa portée, humain par sa nature. Un commerce qui réveille les sens, et redonne du sens à l’acte d’achat».
«De l’arnaque pure et dure»
Sur le papier, la présentation donne envie, mais ici aussi, comme aux étages supérieurs, il y a très peu de clients. Une femme âgée d’une quarantaine d’années explique être venue «flâner», mais promet qu’elle n’«achètera rien». «Je ne connais pas bien cette marque, mais clairement je peux vous dire que ce n’est que du synthétique», assure-t-elle, pointant du doigt un top noir asymétrique vendu 7,49 euros. L’étiquette lui donne raison : 100% polyester. Près de 300 kilomètres plus loin, une scène similaire se joue à la sortie du BHV de Dijon ce jeudi. «C’est de l’arnaque pure et dure», lâchent Bruno et Nancy. De passage en Bourgogne, ils tenaient à voir de leurs propres yeux ce partenariat qui fait couler tant d’encre.
Et le moins que l’on puisse dire est que cette visite ne les a pas convaincus. «Je suis couturière, je vois tout de suite que c’est de la mauvaise qualité. Mais le pire est que c’est cher pour ce que c’est, 30 euros pour un top !», s’émeut-elle. Tout juste concède-t-elle que «c’est original». Le couple ne comprend pas non plus ce qu’il voit être une alliance de la carpe et du lapin. «Le bâtiment est magnifique, mais Shein, ça dénature le lieu», souligne-t-il. «Je n’y vais plus depuis qu’il a été renommé BHV», abonde Victor, 23 ans, qui fait découvrir la ville et cet espace autrefois iconique à un ami étranger. «Quand c’étaient les Galeries Lafayette j’adorais le concept. Il y avait beaucoup de clients, on trouvait de tout. Aujourd’hui, c’est vide et les boutiques que j’aimais bien sont parties. Et puis ils n’ouvrent plus le dimanche», énumère-t-il, désolé.
À Dijon, les anciennes Galeries Lafayette occupaient un espace quasi unique sur le haut de gamme.
Plus étonnant, même les amateurs de la marque controversée ne semblent pas convaincus par cette arrivée. «On est là pour Shein, on achète souvent sur le site», acquiescent Capucine, Inès et Cyara, toutes les trois 15 ans. Mais ce qu’elles ont vu au -1 ne leur plaît pas, «c’est plus cher que sur le site et il y a moins de choix. Il n’y a pas non plus de bijoux ou d’accessoires», pointe le trio. Si, comme pas mal de leurs amies, elles se sont réjouies au début, elles estiment aujourd’hui préférer acheter sur internet. Pourtant çà et là quelques passants tiennent à bout de bras un sac estampillé Shein. «Je n’achetais pas sur le site, mais oui j’avais entendu dire que c’était là», s’amuse Anne-Marie, 62 ans, «j’aime bien l’endroit, c’est assez varié, il y en a pour tous les goûts», précise-t-elle.
Depuis le 11 mai, le BHV a pourtant lancé une offre exclusive de «boîte mystère» afin d’attirer de nouveaux clients. Le principe est simple : il suffit de choisir un sac «homme» ou «femme», à sa bonne taille «XS, S, M, L...» dans lequel se trouvent entre 2 et 5 articles, le tout vendu pour 14,99 euros. «Je remplis moi-même les sacs, en essayant de garder une certaine cohérence dans le style», explique la vendeuse du magasin Shein à Reims. À l’intérieur, jusqu’à 100 euros de vêtements, qu’il est impossible de voir à l’avance et d’échanger en cas de déception. «J’aime bien ouvrir le paquet avec les clients ; en général, ils sont très contents», poursuit-elle. Jusqu’au 14 juin, toute la collection hiver est également bradée à -40%. De quoi satisfaire les quelques déçus, aficionados de la marque chinoise sur Internet, qui ont été nombreux à regretter les prix «trop élevés» pratiqués en magasins.
«Un commerce ouvert et populaire»
«Nous avons fait le choix d’un commerce ouvert, populaire, accessible à tous les budgets», explique aujourd’hui SGM. Interrogée sur le positionnement de ces BHV installés en province, la direction du groupe assure les avoir repris «dans une logique différente» de celle appliquée au BHV parisien. «L’ambition n’est pas de dupliquer un modèle parisien en province, c’est de construire un commerce de centre-ville utile, accessible et vivant, dans des villes où les grandes enseignes nationales se sont progressivement retirées», explique-t-on en interne. Quant à l’absence flagrante des marques habituellement représentées dans les grands magasins, SGM reconnaît que certaines d’entre elles «ont quitté nos magasins dans le contexte de la polémique liée à Shein». «Ce choix leur appartenait, et nous le respectons (...) Le positionnement de nos magasins ne peut pas plaire à tout le monde».
Dans les rues commerçantes alentour, certains professionnels doutent tout de même de cette stratégie. «Ouvrir la boîte de Pandore, en accueillant l’ultra fast-fashion, n’est pas ce que je souhaite, entame d’emblée Denis Favier, président de la fédération des commerçants de Dijon, mais ça devait être un moyen de refaire de la trésorerie et de remettre le magasin à flot», justifie-t-il. Lui se dit «inquiet», persuadé que ce magasin «est la locomotive du centre-ville et doit le rester». Du côté de la ville, le propos est similaire, même si on cherche à garder une certaine distance avec ce dossier. «Le BHV est un moteur du centre-ville», reconnaît Antoine Hoareau, 1er adjoint en charge de l’urbanisme. En creux, l’élu reconnaît toutefois que «cette liberté de commerce génère souvent des réussites et parfois des échecs».
Les anciennes Galeries Lafayette occupaient un espace quasi unique sur le haut de gamme à Dijon. Certaines marques n’étaient vendues que dans le grand magasin. «Ça fait un vrai manque, car je suis convaincu que la clientèle est là», insiste Antoine Hoareau. À Reims, la problématique est ailleurs : les grandes marques de prêt-à-porter sont quasiment toutes présentes dans ce centre-ville très dynamique. Quel intérêt trouveraient elles, à être également distribuées dans un grand magasin à l’agonie ? Au dernier étage du BHV de Reims, même la librairie Le Furet du Nord - locataire des lieux - se meurt, elle aussi. Depuis quelques jours, l’entreprise - qui compte 27 librairies - a été placée en redressement judiciaire. Sur place, les vendeuses se refuseront à tout autre commentaire : «C’est un peu compliqué en ce moment».
Lu pour vous dans Challenges : « Il parle beaucoup, mais ne paye personne » ...
Encore un article :
L’article dresse le portrait d’un entrepreneur à la fois admiré et contesté. Il présente Frédéric Merlin comme un ambitieux ayant voulu transformer le BHV et bâtir un empire commercial, mais dont les moyens financiers et les choix stratégiques — notamment l’alliance avec Shein — ont déclenché une crise majeure. La question qui traverse tout le texte est de savoir s’il s’agit d’un visionnaire audacieux ou d’un dirigeant qui a surestimé ses capacités.
CD
« Il parle beaucoup, mais ne paye personne » : ascension et revers de Frédéric Merlin, l’homme qui a imposé Shein au BHV
S’imaginant en révolutionnaire du commerce, l’exploitant du BHV y a installé une boutique Shein. Désormais acculé, l’agitateur de 34 ans doit sauver le grand magasin. Quitte à renoncer à ses rêves de grandeur.
Guillaume Echelard Challenges 3 juin 2026 à 06h30
Mais qu’est-il arrivé au BHV ? Dans un flot de vidéos déversées sur les réseaux sociaux ce printemps, les étagères du grand magasin apparaissent vides, ses murs nus, ses rayons désertés. La scène, surréaliste dans ce lieu très prisé des Parisiens, vient clôturer par un silence glaçant des mois de brouhaha médiatique. Arrivée du géant décrié de la fast fashion Shein au sixième étage, fournisseurs impayés, avenir financier incertain… Derrière cette crise inédite de l’institution née au XIXe siècle se cache un homme : Frédéric Merlin, 34 ans, 233e fortune de France selon Challenges, à la tête d’une foncière aux plus de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, et propriétaire du fonds de commerce du Bazar de l’Hôtel de Ville depuis deux ans.
Attablé chez Noto, restaurant branché du VIIIe arrondissement de Paris, l’entrepreneur – droit sur son fauteuil, impeccable dans son costume cravate – se défend, après s’être fait discret pendant des mois. « Nous sommes dans un entre-deux assez atypique, assume-t-il, regard perçant, voix claire, débit articulé. Le BHV se transforme, fait des travaux, et nous avons choisi de ne pas fermer pendant cette période. »
Certains regrets pointent toutefois. « J’ai beaucoup appris ces derniers mois. A 34 ans, on ne sait pas tout, on peut faire plein de bêtises », dit celui qui promettait de redonner ses lettres de noblesse à l’enseigne parisienne. Aurait-il dû renoncer au partenariat avec Shein en octobre, alors que la marque chinoise accumule les critiques de non-respect des normes sociales et environnementales ? « J’ai sous-estimé la réaction politico-médiatique », concède-t-il. Naïf ? Provocateur ? Huit mois après son irruption dans le débat public, Merlin reste une énigme.
« Plein d’ambitions »
« Il y a dans son sens de la démesure quelque chose qui rappelle les Illusions perdues », décrit Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, inlassable pourfendeur du jeune entrepreneur et des plateformes chinoises. Dans le roman de Balzac, Lucien Chardon, petit-bourgeois ambitieux natif d’Angoulême, rêve de réussite sociale au sein de la haute société parisienne avant de s’y brûler les ailes.
Frédéric Merlin aime à narrer le même conte, la fin en moins. « J’ai grandi à Saint-Symphorien-d’Ozon, un petit village près de Lyon, dans un milieu de classe moyenne, raconte-t-il. Maman ne travaillait pas, mon père était entrepreneur dans la tuyauterie industrielle, on n’a jamais manqué de rien à la fin du mois. »
La petite pizzeria où il mangeait le soir, le bricolage de bon matin avec son père le week-end, son entrée hésitante à la fac de droit de Lyon… Sa jeunesse est heureuse mais ne colle pas aux envies de grandeur de cet adolescent qui ne s’intéresse guère aux jeunes de son âge. « A 13 ans, mon Fredo était déjà plein d’ambition, sourit sa mère, Dominique Merlin. Il disait que, quand il serait grand, il achèterait une voiture et un foulard Hermès pour m’emmener en week-end. » Au détour d’un stage d’un mois au cabinet lyonnais Omnium, le jeune homme se passionne pour l’immobilier, et plaque les études. Grâce à un prêt étudiant de 15 000 euros au Crédit mutuel, il lance son agence de conseil, au côté de sa sœur Maryline.
« Il était vu comme un ovni »
La transformation est rapide. Frédéric Merlin perd « ses dizaines de kilos en trop », confie-t-il, troque le polo pour des costumes de marque, une coiffure impeccable et un sourire ravageur. « Il fonçait, avait de l’ambition, se souvient Nicolas Gagneux, à la tête du promoteur lyonnais 6e Sens Immobilier, qui l’a connu à cette époque. Il nous amenait beaucoup d’affaires. »
Le jeune courtier crée sa foncière en 2015. C’est à ce moment qu’il reçoit l’appui financier décisif de son « mentor » et associé : Jean-Paul Dufour, un ex-industriel lorrain exilé en Belgique, rencontré au début de sa carrière, dont la discrétion n’a d’égale que la richesse.
Trois ans plus tard, coup de poker : Merlin s’oriente vers la reprise de centres commerciaux en déclin du cœur de villes moyennes, de Mulhouse à Roubaix, et fonde la Société des Grands Magasins (SGM), un nom là encore très balzacien. Commence une intense période d’agitation. Dans les petits locaux lyonnais de la SGM, une dizaine de personnes se mettent à rêver d’un empire. « Il était vu comme un ovni, se souvient un membre du noyau fondateur. Qui était ce jeune qui rachetait tous ces centres commerciaux dont personne ne voulait ? »
Peu loquace sur l’origine de ses fonds, Frédéric Merlin se félicite : « On a remis ces lieux sur les rails en créant des espaces de loisir et de restauration. » Le jeune dirigeant savoure. Il peut tenir parole et emmener sa mère en week-end à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse). Avec le foulard Hermès et la belle voiture.
« Frédéric Merlin était crédible et était le seul à vouloir mettre le prix »
Car la SGM est avant tout une affaire de famille. Sa sœur, sa mère et surtout son père aident le jeune entrepreneur – même pas 30 ans – à mener son ascension express. Au décès du patriarche, il dit avoir eu un « déclic » pour assumer le rôle de leader. Sa route croise alors celle de Philippe Houzé. Le président du directoire du groupe Galeries Lafayette cherche alors à céder sept magasins de province, soit 200 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé. « Il n’avait qu’un seul enjeu : transmettre la marque », admire Frédéric Merlin.
L’entrepreneur aux airs de gendre idéal s’immisce chez les Houzé, gagne leur confiance, accompagne la matriarche Ginette Moulin jusque dans son domaine au cap Nègre (Var) et décroche la vente. Mais à peine a-t-il le temps de digérer son acquisition qu’un autre dossier cher à la dynastie du commerce français arrive sur son bureau : la vente du BHV, valorisé 300 millions d’euros.
Mission impossible ? « On se demandait comment on pouvait acheter un tel paquebot alors que l’on avait déjà des difficultés à régler tous nos fournisseurs », narre un ancien de la SGM. Mais c’est l’occasion d’entrer dans la cour des grands. « Frédéric Merlin était crédible et était le seul à vouloir mettre le prix », raconte un proche du clan Houzé dépité par la tournure des événements.
« Je ne dois rien à personne, je n’ai rien volé »
Difficile en effet de comprendre la stratégie de Frédéric Merlin ou de saisir sa personnalité. Côté recto s’affiche un homme d’affaires serein, charismatique, au réseau éclectique, embrassant l’influenceuse Léna Mahfouf, le basketteur Tony Parker ou encore l’ancien président Nicolas Sarkozy. « Il aime bien donner l’impression d’être quelqu’un de la jet-set, qui se présente avec un cigare, à Saint-Tropez, avec un gros bateau… », raille un ancien des Galeries Lafayette. Sur son compte Instagram, on le voit à New York, au Japon ou au Bristol, célèbre 5-étoiles.
Au verso se cache un dirigeant maintenu à flot par son éternel soutien, Jean-Paul Dufour, mais qui peine à tenir le rythme de son ambition. « Il devait racheter en même temps les murs et l’exploitation du BHV, mais il nous a plantés en ne reprenant que le fonds de commerce », soupire un autre ancien des Galeries alors que des centaines de milliers d’euros d’impayés s’accumulent en 2025 auprès des fournisseurs et des prestataires.
« Il parle beaucoup, endort les gens, mène un train de vie fastueux, mais ne paye personne », attaque un patron de marque, en pleine procédure judiciaire contre son ancien client. Ce dernier s’agace des critiques sur son mode de vie : « Je ne dois rien à personne, je n’ai rien volé. Je n’ai pas à m’excuser. »
Polémique autour des poupées pédopornographiques
Fonceur génial ou bonimenteur, comme le disent ses détracteurs ? L’ancien courtier excelle certainement dans l’art de la persuasion. Lâché par Natixis, qui devait l’accompagner dans l’acquisition des murs du BHV, il trouve du soutien auprès de la Caisse des Dépôts. Puis, d’un vol d’avion jusqu’à Los Angeles, rencontre le président de Shein, Donald Tang, qui lui propose un plan fou : créer au cœur de Paris la première boutique physique du plus sulfureux des e-commerçants. « On savait qu’on allait se faire taper sur les doigts, sourit l’un des membres du comité exécutif qui l’accompagne. Mais on n’allait pas cracher sur 25 millions de clients ! » Tant pis pour les militants qui ont manifesté en face du BHV. « Je ne serai jamais de leur côté du trottoir », assume Merlin.
Mais cette fois, le coup de poker échoue : la Caisse des Dépôts se retire. Partout en France, la SGM craque. « Son centre commercial est devenu une verrue dans notre ville, dénonce François Grosdidier, maire de Metz. Les déchets n’étaient pas ramassés, j’ai dû le mettre en demeure. »
Les effigies du patron et de Donald Tang qui s’exhibent sur la façade du BHV, en pleine polémique autour des poupées pédopornographiques vendues sur la plateforme chinoise, sont la provocation de trop. En première ligne, Frédéric Merlin écume l’espace médiatique, des bancs de l’Assemblée aux plateaux télé. « Il nous a dit qu’il allait prendre les coups pour nous », se souvient notre source du comité exécutif.
Sortie en douceur ?
Des coups, Frédéric Merlin ne cesse d’en prendre. On le dit mort financièrement. Il rebondit. En janvier, il trouve un fonds d’investissement canadien, Brookfield, pour racheter les murs du BHV à sa place. Convaincu par la débrouillardise du Lyonnais, le fonds ne risque rien : si la SGM échoue, il récupérera l’un des plus beaux actifs de la capitale.
Désormais, Frédéric Merlin – qui s’est retiré en début d’année de la direction générale de sa société au profit de son bras droit historique Karl-Stéphane Cottendin – n’exploitera plus que 40 % de la surface du bâtiment. Un hôtel de luxe pourrait bientôt couronner l’édifice qui se lance dans quatre lourdes années de travaux.
En coulisses, beaucoup estiment que celui qui passe désormais davantage de temps en famille à Lyon prépare sa sortie en douceur. Lui dit n’avoir qu’un unique cap en tête : « Préparer comme il se doit la célébration des 170 ans du BHV en septembre. » Décidé à continuer de rêver.
Découvrir Lescar près de Pau
Une halte millénaire sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle
À l'ouest de Pau, Lescar surgit comme une page arrachée à l'histoire médiévale — perchée face aux Pyrénées, gardienne silencieuse d'un passé gallo-romain, roman et jacquaire qui n'en finit pas d'étonner.
Aux origines : Le berceau du Béarn
Fondée sur les vestiges de la cité gallo-romaine de Bénéharnum, Lescar est bien plus qu'un simple village perché : elle est considérée comme le berceau historique du Béarn. Son site, dominant la plaine depuis ses hauteurs, offre un panorama exceptionnel sur la chaîne des Pyrénées — un horizon qui n'a pas changé depuis que les premiers pèlerins empruntaient la via Tolosa à ses pieds.
« Lescar est une étape historique de la via Tolosa, foulée depuis des siècles par les pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle. »
Ses remparts d'origine gallo-romaine, ses ruelles étroites et ses pierres patinées composent un décor authentique où chaque pas résonne comme un voyage dans le temps.
Chef-d'œuvre Roman : La Cathédrale Notre-Dame
Le cœur de Lescar bat autour de sa cathédrale romane dédiée à l'Assomption — un monument d'une sobriété majestueuse qui abrite des trésors insoupçonnés.
Édifiée entre la fin du XIe siècle et la première moitié du XIIe siècle, la cathédrale est consacrée en 1145.
Elle offre un remarquable exemple d’architecture romane, caractérisée par l’harmonie de ses proportions et la sobriété de ses lignes.
Sa vaste nef voûtée en berceau, ses arcs en plein cintre, ses bas-côtés couverts de berceaux transversaux et ses imposants piliers cruciformes ornés de colonnes engagées structurent l’ensemble.
Le chœur, quant à lui, se distingue par une abside monumentale flanquée de deux absidioles voûtées en cul-de-four.
Mosaïque ancienne
La mosaïque du « Maure »
Datant du XIIe siècle, cette mosaïque fascine autant par son raffinement que par son mystère. Elle représenterait l'une des plus anciennes images de prothèse en Occident — une curiosité historique et médicale qui intrigue chercheurs et visiteurs depuis des générations.
Le personnage : un archer maure appareillé
Ce personnage énigmatique retient l'attention depuis des siècles. Il est vêtu d'une cotte carolingienne avec un bonnet, sa peau est sombre, les yeux bridés, il tire à l'arc. Il court avec une jambe en bois, une prothèse au genou. La mosaïque est commandée entre 1115 et 1141, ce qui en fait une représentation romane attestée, antérieure à quasiment toutes les autres iconographies médicales comparables conservées en Europe occidentale.
Les nombreux chapiteaux sculptés témoignent de l’essor de la sculpture romane le long des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, avec une influence notable de Saint-Sernin de Toulouse.
Siège épiscopal et
résidence d’une communauté
de chanoines augustins,
la cathédrale accueille,
entre le XVe et le XVIe siècle,
les sépultures des derniers souverains de Navarre.
En 1563, sur décision de la reine Jeanne d’Albret, elle est affectée au culte protestant et subit les bouleversements liés aux guerres de Religion. Elle retrouve le culte catholique en 1610, après une période marquée notamment par l’effondrement puis la reconstruction de la croisée du transept.
Le XVIIe siècle voit l’installation de stalles surmontées de grandes figures de saints,
ainsi que la réalisation de peintures dans le chœur, parfaitement intégrées à l’architecture de l’abside. Parmi elles, une représentation du Couronnement de la Vierge (1649) célèbre la glorification de Marie.
Des autels retables en bois doré viennent également symboliser ce retour au catholicisme.
L’orgue est installé au XVIIIe siècle, avant d’être remanié au XIXe siècle par le facteur Georges Wenner.
À la Révolution, l’évêché est supprimé et la cathédrale devient une simple église paroissiale. Classée monument historique en 1840, elle a depuis fait l’objet de nombreuses restaurations, lui donnant l’aspect que nous pouvons admirer aujourd’hui.
La visite de la cathédrale est une expérience à part entière, entre recueillement et émerveillement, où l'art roman déploie toute sa puissance évocatrice.
Patrimoine discret : L'ancien collège des Barnabites
aujourd'hui lycée Jacques Monod — dont la sobre façade cache un passé d'enseignement et de rayonnement intellectuel.
Le bâtiment central se caractérise par une architecture classique, marquée par une symétrie parfaite qui met en relief le campanile de forme octogonale. La partie centrale n’a pas subi de modifications l’aile Nord réservé au logement des Barnabites ainsi que l’aile sud partie occupée par l’église dédiée à Saint-Paul a été modifiée au XIXe et XXe siècle.
Les Barnabites
Qui sont-ils ? Les Barnabites sont un ordre religieux catholique fondé au XVIe siècle en Italie, dont la mission était la prédication, l'éducation et le renouveau spirituel.
Leur présence à Lescar (1545 ) Ils s'installent à Lescar, dans un contexte de reconquête catholique après les guerres de Religion qui avaient profondément marqué le Béarn. Ils y dirigent un collège et jouent un rôle central dans la vie religieuse et éducative locale pendant près de 170 ans.
La Révolution française met fin à tout À partir de 1789, les lois révolutionnaires nationalisent les biens du clergé et imposent aux religieux de prêter serment à l'État. Les ordres réguliers comme les Barnabites sont dissous, leurs biens confisqués. En 1791, ils quittent définitivement Lescar.
Des destins très différents Face à l'obligation du serment, la communauté se divise :
- certains acceptent et restent en France comme prêtres civils
- d'autres refusent, partent en exil (souvent en Espagne toute proche) ou vivent dans la clandestinité, parfois cachés par des habitants
Et après ? Le bâtiment du collège est reconverti en hôpital, prison, puis école. L'ordre barnabite survit en Europe mais ne revient jamais à Lescar. C'est la fin brutale d'une présence de près de deux siècles, et la disparition d'un réseau éducatif et spirituel qui structurait la vie locale. Devenu à présent le Lycée jacques Monod.
Depuis les hauteurs de la ville, le panorama sur les Pyrénées s'étend à perte de vue. Un paysage apaisant, presque intemporel, qui invite à la contemplation autant qu'à la photographie.
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Enfin pour les gourmets... la pâtisserie Lannes, au cœur de la vieille ville vous présente d'excellents gâteaux dont leur spécialité :
"Le Pommier"... Savoureux !
(Biscuit caramélisé, pommes rissolées et crème légère à la vanille.)
CD
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