lu dans la presse
Le naufrage du BHV Parly 2 et lu dans la Presse
Alors que le centre commercial de Parly 2 ( nom né de la contraction PARis-marLY) continue de faire miroiter le luxe et l’opulence, son enseigne phare, le BHV, s’enfonce dans un vide spectral.
Souvenir : Inauguré le 4 novembre 1969, le BHV Parly 2 est le premier magasin périphérique de la société dans un centre commercial d'Île-de-France. Avec des horaires nocturnes, ce complexe de 11 000 m² sur trois niveaux emploie 225 personnes à son lancement.
• Sous-sol : Hi-Fi, culture, papeterie, ameublement et visites fréquentes de célébrités.
• Rez-de-chaussée : Mode, beauté, arts de la table, SAV et articles de sport en hiver.
• 1er étage : Électroménager, entretien, jardinage, jouets à Noël et un secteur bricolage majeur.
Actualité :
Le contraste est saisissant. Dans ce centre luxueux, le BHV Parly 2 n'est plus que l'ombre de lui-même. La réalité économique est brutale :
- 80 millions d'euros de dettes envers les fournisseurs, entraînant une rupture totale d’approvisionnement.
- Une chute d'activité vertigineuse : le chiffre d'affaires s'est effondré jusqu’à : 5 à10 % de ses niveaux historiques. Des astuces de façade : pour masquer la vacuité des lieux, les rayons sont regroupés et on cache les vides.
Il se joue un bras de fer financier féroce entre trois acteurs majeurs :
- L'exploitant (SGM / K.-S. Cottendin) : Tente d'orchestrer la liquidation du magasin tout en cherchant à faire porter la note du plan social (PSE) et des loyers au propriétaire des murs.
- Le bailleur (Brookfield) : Refuse d'injecter la moindre liquidité sans preuve de solvabilité, craignant d'être accusé de soutien abusif.
- La justice et l'inspection du travail : Le parquet de Paris a été saisi pour suspicion de cessation de paiements.
Au milieu de ce jeu d'échecs : 80 salariés à bout de souffle. Épuisés par le stress, masquant la vérité aux clients déconcertés, les employés n’attendent plus qu’une chose : une fermeture synonyme de délivrance et des garanties de départ décentes.
" Le propriétaire du BHV situé dans le centre commercial Parly 2 veut purement et simplement liquider le magasin.
Le nouvel exploitant du grand magasin, Karl-Stéphane Cottendin, a fait part, contrairement à ce qu’il affirme, au propriétaire des murs de son intention de stopper ses activités dans les Yvelines. D’après les informations de «Libération», il lui demande de financer les licenciements des 80 salariés.
Le BHV Parly 2 a une dette envers les fournisseurs d'environ 80 millions d'euros. (BHV)
Sur le parking du très chic centre commercial Parly 2 du Chesnay (Yvelines), repérer une place libre entre les bolides à plusieurs dizaines de milliers d’euros demande d’être attentif.
En ce lundi après-midi de la fin du mois d’août, les Franciliens sont nombreux à déambuler dans les allées de la galerie marchande à la dalle imitation marbre, jalonnée de canapés en cuir et de fausses colonnes en bois massif.
Mais il suffit de franchir les portes du BHV, qui occupe depuis 1969 ; 12 000 m2 de surface répartis sur trois niveaux, pour être saisi par le contraste. Les Flâneurs s’y font rares, les étals sont dégarnis et le calme règne. C’est à peine si le brouhaha du mall parvient à animer les rayons désertés. Une situation ressemblant trait pour trait à celle que vit l’emblématique paquebot du BHV Marais situé sur la rue de Rivoli (Paris IVe) depuis plusieurs mois.
Il faut dire que, depuis novembre 2023 et le rachat du fonds de commerce des deux magasins franciliens, par la Société des grands magasins (SGM) dirigée par le sulfureux Frédéric Merlin, c’est la dégringolade. A tel point que les jours du magasin Yvelinois sont déjà comptés. Selon nos informations, alors que Frédéric Merlin a cédé en juin ces deux BHV à son lieutenant Karl-Stéphane Cottendin, le nouveau propriétaire est désormais décidé à se séparer du BHV Parly 2.
Une pépite
Si, sous la coupe des Galeries Lafayette, son ancien propriétaire avant la SGM, le magasin perdait de l’argent depuis une quinzaine d’années, «on ne fait plus qu’entre 5 et 10 % du chiffre d’affaires de l’époque», assure Christian Poncet, délégué syndical CGT Parly 2. A la fin de l’année, les ventes annuelles devraient à peine atteindre 1,4 million d’euros, après un mois d’août qui devrait se terminer à 190 000 euros. La faute à une dette colossale envers les fournisseurs, autour de 80 millions d’euros, qui a fait partir les marques, et leurs produits, les unes après les autres. Les caisses du BHV sont vides et empêchent toute commande auprès des fournisseurs.
Pour faire illusion, les vêtements de la mode masculine du deuxième étage ont été rapatriés au premier avec la mode femme, condamnant de fait une partie de l’étage. Le long d’un mur, une centaine de cartons scrupuleusement annotés «cintre bois pinces», «cintre Caroll plastique», «cintres Levi’s à pince» sont empilés dans l’ombre. «Ce ne sont que des cintres, ça montre tout ce qu’on a vendu et qu’on a plus», glisse un salarié. Tout est en rayon, les étagères des réserves ne comptent plus un seul produit en stock.
Pourtant le magasin, vanté en interne comme «une pépite», a tout pour réussir. Situé dans le très aisé ouest parisien, à deux pas de Versailles et de La Celle-Saint-Cloud, le centre commercial Parly 2 est présenté par la profession comme l’un des plus performants d’Ile-de- France, avec plus de 12 millions de visiteurs annuels. Sa clientèle dispose d’un pouvoir d’achat élevé et est friande du positionnement du BHV.
Accoudée à sa caisse, une salariée est au bord des larmes quand elle évoque la situation.
Autour d’elle, des rayonnages bricolage entièrement vides. «On a reçu ni ampoules, ni adhésif, ni piles, ni vis depuis octobre», désespère-t-elle. Pour ses rayons, parmi les plus sinistrés, la recette de la caisse atteint à la fin d’après-midi 1 300 euros pour une quarantaine d’encaissements, contre 500 euros la veille. «Je ne me serai jamais imaginé voir ça un lundi, c’était la meilleure journée avec le samedi», se désole celle qui a plus de 35 ans d’ancienneté.
On est au bout de notre vie
Faute de clients, les équipes attendent que le temps passe : on scrolle indéfiniment sur sontéléphone, on papote, on replie ce qui a à peine été déplié… «Le plus dur c’est d’être confronté en permanence aux questions des clients. Pourquoi c’est vide ? Vous êtes en travaux ? Vous fermez quand ?» soupire un vendeur. D’autant plus dur qu’ils n’ont pas les réponses. «On en a marre, on est au bout de notre vie, c’est usant. Ça devient psychologiquement et socialement difficile à supporter», complète un autre. Plusieurs se disent même «en attente d’une délivrance», lassés de «ne pas pouvoir se projeter».
Très pessimistes sur leur avenir, les salariés ont raison de l’être. D’après nos informations, Karl-Stéphane Cottendin s’est tourné début juillet vers son nouveau bailleur, le fonds d’investissement canadien Brookfield, propriétaire des murs depuis fin mai – à l’exception de quelques centaines de m2 au deuxième étage qui sont directement loués à Unibail- Rodamco-WestHeld (URW), le propriétaire exploitant du centre commercial. Il lui a demandé une nouvelle rallonge pour financer le licenciement économique des salariés en échange d’une restitution anticipée de la totalité des surfaces pour la fin septembre.
En effet, impossible de recaser les 80 salariés du BHV Parly 2 (contre 118 en 2023) au magasin de la rue de Rivoli, déjà largement en sureffectif avec 640 salariés (contre 1 000 en 2023) pour une surface de vente réduite de 45 000 m2 à 15 000 m2. A l’origine, le BHV Parly 2 devait libérer pour fin juillet la moitié du rez-de-chaussée et du premier étage pour que Brookfield entame ses travaux, afin notamment de créer des boutiques propres qu’il mettrait en location. Le BHV devait ainsi n’occuper à terme qu’un tiers du premier étage et la moitié du deuxième étage. Lors de leur passage fin juillet et fin août, les huissiers ont pu constater que cet engagement n’était pas respecté.
Je ne demande pas la lune
Pourtant Karl-Stéphane Cottendin, interrogé par Libé le 20 juillet lors d’une conférence de presse, assurait au même moment que «Parly faisait bien partie du plan de relance du BHV» avec «un recentrage sur la maison» comme à Rivoli. Il chantait les louanges d’«un des plus beaux centres commerciaux de la région parisienne, entièrement refait (…) on a un emplacement rêvé, en face d’Apple et de la partie alimentaire. On a un beau magasin avec une très belle clientèle qui est fidèle au BHV». Une volte-face pour un groupe qui n’a plus les reins suffisamment solides pour assumer des coûts d’exploitation faramineux, avec des passages en caisse au compte-goutte.
Pour fermer le magasin de Parly 2, le dirigeant a fait part au propriétaire des murs de ses nouvelles exigences financières : qu’il abandonne les 360 000 euros de loyers (que le BHV n’a pas versé cet été) qui lui sont dus et, cerise sur le gâteau, qu’il s’acquitte du loyer que le BHV doit à URW (500 000 euros par an). Pas gêné aux entournures, Karl-Stéphane Cottendin demande donc également à son propriétaire de financer l’indemnisation des salariés.
Pour cette dernière requête, si initialement, l’exploitant a demandé une enveloppe de 10 millions d’euros, il a revu à la baisse ses ambitions et table désormais sur un peu moins de 5 millions d’euros. Un montant largement surévalué, d’après des estimations internes qui chiffrent le plan social, en prenant en compte l’ancienneté et l’âge des employés, autour de 2,5 millions d’euros au minimum. «Je ne signerai absolument jamais un plan de sauvegarde de l’emploi s’il n’y a pas une garantie pour que l’argent soit dépensé uniquement pour les salariés, affirme Christian Poncet. Je veux un accompagnement correct des salariés, je ne demande pas la lune, juste que ce soit propre.»
Pour l’heure, aucune discussion officielle entre les représentants syndicaux et la direction n’a été engagée. Interrogée par Libé sur ces négociations, l’équipe dirigeante du BHV rappelle son «projet [de relance du] BHV pour en faire le grand magasin de la maison, dans le Marais et à Parly 2».
Suspicion de cessation de paiement
Mais d’après nos informations, Brookfield, qui a déjà accordé au BHV une avance entre 4 et 6 millions d’euros en février (sur 8 millions d’euros au total) pour dédommager la libération partielle des surfaces à venir, est ouverte aux négociations mais conditionne leur ouverture à une preuve de non cessation de paiements de la part du grand magasin. Un sésame sur lequel ni le bailleur ni les organisations syndicales ne parviennent à mettre la main alors que l’exploitant assure mordicus ne pas être dans une telle situation.
Cette impasse a conduit à la saisie du parquet de Paris par l’Inspection du travail pour suspicion de cessation de paiements du BHV. Pour Brookfield, financer son locataire sans garanties financières suffisantes revient à prendre le risque d’être poursuivi pour soutien abusif. Mais le gestionnaire d’actifs a aussi tout intérêt à se libérer rapidement de son preneur : «Ils n’ont presque pas de travaux. C’est l’espace qui leur coûte le moins cher et qui leur rapportera le plus rapidement, ils peuvent rentabiliser tout de suite et ils savent faire, ce sont des bailleurs», analyse un interlocuteur au fait des discussions.
Depuis plusieurs mois, le bailleur et l’exploitant sont empêtrés dans une guerre de position concernant le respect de leurs engagements contractuels et la restitution des surfaces. «C’est un peu comme en bourse. Tant que tu n’as pas vendu une action tu n’as pas perdu. Karl-Stéphane Cottendin raisonne pareil. Tant qu’il n’a pas rendu ses surfaces, il se dit qu’il peut espérer gratter plus d’argent», grince une source proche du dossier.
Faux courrier
A tel point que les coups bas sont permis. D’après nos informations, à l’issue d’une réunion informelle qui s’est tenue fin juillet, un membre haut placé de l’équipe dirigeante a proposé aux délégués syndicaux de signer un courrier pré rédigé à destination du bailleur. D’après le brouillon que Libé a pu consulter, prétendument signé «l’intersyndicale du BHV Marais», «le projet de repositionnement du magasin autour de l’univers de la maison» est présenté comme «porteur» et «le départ de Shein» comme «une opportunité». Une position et des éléments de langage qui ne reflètent pas ceux des organisations syndicales. Cette manœuvre entend instrumentaliser les salariés pour mettre la pression sur le bailleur pour qu’il libère à nouveau de l’argent, malgré ses avances.
«Depuis des mois, les salariés ont accepté des contraintes importantes afin de permettre la restitution rapide des surfaces à votre demande … Aujourd’hui, ces sacrifices n’ont toujours pas été suivis des investissements et du soutien dont le magasin a besoin pour assurer sa relance... Nous vous demandons de prendre clairement position en faveur de la relance du BHV Marais et de respecter les engagements financiers pris pour accompagner cette nouvelle étape», peut-on y lire. Le membre de la direction a reçu une fin de non recevoir. Sollicitée sur ce point, l’équipe de direction du BHV ne confirme pas cet épisode.
Mais d’en rajouter une couche vis-à-vis de son bailleur, usant d’une rhétorique similaire à celle du prétendu courrier. «Sur Parly 2 comme sur le BHV Marais le sujet est le même :
Brookfield demande la libération de surfaces des magasins, et doit honorer ses engagements d’indemnisation. Pour que le plan de relance du BHV soit déployé, nous avons besoin de la mobilisation de tous, et du respect des engagements de chacun. La position actuelle du bailleur met en danger le plan de relance», commente auprès de Libération l’équipe de direction du BHV.
Lu dans la Presse : Comment Frédéric Merlin s’est enfin débarrassé du boulet BHV Marais sans y laisser (trop) de plumes…
Comment Frédéric Merlin s’est enfin débarrassé du boulet BHV Marais sans y laisser (trop) de plumes…
Je découvre ce journal comme vous certainement!...et je partage cet article bien rédigé et intéressant à nos lecteurs du réseau.
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La Minute Riches La Minute Riches est LE média qui vous parle des UltraRiches et de leurs affaires
juin 18, 2026 par Eric Tréguier
Depuis 170 ans, c’est une institution parisienne. Le BHV Marais va changer de mains pour la deuxième fois en trois ans. Et le schéma de cette vente est plus que surprenant.
Frédéric Merlin aura essayé. En rachetant le BHV en 2023, le jeune patron de la Société des Grands Magasins pensait reproduire sa recette : reprendre un actif en difficulté et le redresser. Sur le papier, l’affaire cochait toutes les cases. Dans les faits, elle s’est transformée en piège.
Mécanique enrayée
Certes, le magasin est brièvement repassé dans le vert, mais la mécanique s’est vite enrayée, à cause d’impayés à répétition, qui ont entrainé le départ des marques et la chute de fréquentation. Au début de cette année, les ventes ont nettement piqué du nez, à des niveaux inédits, et le grand magasin, vidé de ses enseignes, est devenu « un repoussoir à clients ». Le BHV est passé du stade de vitrine d’un redressement à un cas d’école marketing et…à un foyer de pertes. Pire : il pompe une part disproportionnée des ressources d’un groupe de 19 centres commerciaux dont son PDG estime la valeur à un milliard d’euros et qui, par ailleurs, reste rentable.
Et c’est là que le sujet change de nature. Pour SGM, le BHV n’était plus un projet, c’était devenu un risque. Car le groupe de Frédéric Merlin repose sur un modèle simple : redresser des actifs sans compromettre l’équilibre global. Or avec le BHV Marais, tout a convergé dans le mauvais sens : pression de trésorerie, image dégradée, complexité politique et commerciale. Le coup de grâce a été porté par la perte des murs, finalement repris début 2026 par Brookfield après l’échec du financement monté par SGM, dans un contexte de taux élevés.
A partir de ce moment s’est alors posée la question de conserver l’exploitation. Frédéric Merlin l’a lui-même reconnu : il n’allait pas passer les prochaines années à se battre pour un actif qui mobilisait autant pour si peu. D’où la solution trouvée il y a quelques jours : vendre. Mais à qui? Un tel monument, avec un tel passif, en a effrayé plus d’un. Des fonds ont préféré laisser tomber. La solution? Laisser le management reprendre l’affaire, laisser ces quatre cadres déjà en place tenter l’impossible. Karl-Stéphane Cottendin, ex-directeur général du BHV et du groupe SGM (il va bien sur quitter ces fonctions),Valérie Chaleyssin, directrice marketing, Medy Ty, directeur artistique et Élodie Nho, la DRH, veulent recentrer le grand magasin “sur son cœur de métier historique : la maison, bricolage, décoration, mobilier, luminaire, culinaire, art de la table, linge de maison, loisirs créatifs, électroménager, literie, librairie, etc.”, selon un communiqué.
Questions stratégiques
Cela posera rapidement deux questions. Quid de Shein? Le sort de la marque de fast-fashion chinoise dont l’installation au BHV avait fait polémique semble être scellé : cette “expérimentation” était “une erreur stratégique”, a reconnu auprès de l’AFP Karl-Stéphane Cottendin, pour qui Shein sera “idéalement” parti d’ici à Noël. Et quid de Brookfield? Le Canadien est en effet propriétaire, depuis le début de l’année, des murs du BHV Marais et était censé récupérer plus de 60 % des locaux pour ses projets de redéveloppement, parmi lesquels un possible hôtel aux deux derniers étages (dont celui occupé par Shein). C’est désormais compromis. La mairie ne semble pas convaincue. Et la nouvelle direction veut renégocier le périmètre exact sur lequel sera déployé le nouveau concept.
Enfin, il y a le financement de cette transaction surprenante. Le 700 salariés vont se voir proposer de participer financièrement à la relance du magasin à travers, dit-on, un scop (une coopérative). Plus de 300 seraient intéressés, devrait-on nous annoncer la semaine prochaine. Un scénario qui séduit l’opinion, les pouvoirs publics… mais qui tient aussi du story-telling. Car les repreneurs salariés n’ont pas les capitaux nécessaires pour financer la reprise. Et ont encore moins l’accès au crédit bancaire. Les banques jugent en effet l’opération trop risquée, trop instable, trop exposée. Et avec l’explosion des taux d’intérêt depuis 2022, inutile d’imaginer une opération de refinancement plus sophistiquée, type LBO. Mais alors, si le montage classique (apport en cash + crédit bancaire) est devenu impossible, comment ont-ils pu conclure la transaction?
Crédit Vendeur
Et bien, dans la situation présente, il ne reste qu’une seule voie : le crédit vendeur. Autrement dit, Frédéric Merlin a vendu son actif, mais a sans doute accepté d’en financer lui-même une partie. Mardi dernier, la SGM reconnaissait vendre “à prix négatif” le fonds de commerce du BHV Marais, institution parisienne depuis 170 ans. Une source proche du dossier interrogée par LMR l’a d’ailleurs confirmé : il a laissé “de l’argent dans le deal…” Et pas seulement les 15 millions d’euros réinjectés dans le magasin depuis sa reprise en 2023. Contacté par LMR, Frédéric Merlin n’a pour le moment pas donné suite à nos questions sur ce point. Et on le comprend. Trop embarrassant…
Dans ce type de situation, ce mécanisme du “crédit vendeur”, habituellement marginal, devient central. Il permet tout simplement au deal d’exister. Du reste, le montant de l’opération elle-même n’a pas dû être faramineux. Il ne s’agit que du transfert de l’exploitation d’un magasin de centre-ville, autrement dit d’un dinosaure du commerce physique. Et qui plus est, un magasin alourdi par le dossier Shein, et qui perd de l’argent… Alors, Frédéric Merlin a fait ce qu’il faut : il a même sans doute fait un chèque pour accompagner le plan de relance des repreneurs.
Schéma pas classique
On n’est donc pas dans le schéma d’une vente classique, mais dans une sortie organisée, où le vendeur a accepté de perdre de l’argent et d’étaler son paiement pour se libérer d’un actif devenu trop lourd. Et il faut le reconnaître : ce calcul a du sens. Se couper le bras plutôt que de perdre tout. Et aujourd’hui, pour la SGM, abandonner le BHV, c’est sécuriser l’avenir de la SGM.
(La Minute Riches est LE média qui vous parle des UltraRiches et de leurs affaires. Une question, une suggestion ? Laissez-nous un message : laminuterichescontact@gmail.com)
Lu dans la presse...Le JDD BHV : la déprime se répand dans les allées du grand magasin
L’article du JDD ci-dessous décrit le fort déclin du BHV Marais, malgré son maintien en activité et les promesses de transformation. Les rayons se vident, les équipements tombent en panne, les fournisseurs sont impayés et les clients désertent le magasin.
Les syndicats évoquent un effondrement du chiffre d’affaires, une réduction continue des effectifs et un climat social très dégradé. Officiellement, la direction parle d’un vaste projet de rénovation, mais de nombreux salariés et clients craignent désormais une fermeture à terme. Je vous laisse découvrir...
CD
BHV : la déprime se répand dans les allées du grand magasin
NAUFRAGE. Escalators en panne, rayons clairsemés, salariés désœuvrés, fournisseurs impayés… Le BHV reste ouvert, malgré la fermeture annoncée.
Le JDD : Louise Dugast 14/06/2026
Il y a encore quelques mois, la direction parlait de « réinvention ». Aujourd’hui, dans les allées du BHV Marais, le mot a perdu de sa superbe. On évoque davantage les travaux, la « réorganisation », parfois la « transition », voire la « réduction de surface ». Ce qui, dans le secteur des grands magasins, n’est pas vraiment rassurant.
Rue de Rivoli, l’établissement continue pourtant d’ouvrir ses portes comme si de rien n’était. Sauf qu’à l’intérieur, le bazar a des allures de morne plaine. Les corners se clairsement, les escalators tombent régulièrement en panne et les clients se font tellement rares que leur présence devient un sujet de conversation entre les vendeurs. À la caisse, une salariée tente une explication. « Il n’y a plus de produits parce qu’on est en rénovation », assure-t-elle avant d’évoquer la suite : un hôtel, un restaurant, « un peu comme la Samaritaine », à un horizon de « trois ou quatre ans ». Un grand projet porté par des investisseurs canadiens « qui ont de l’argent », mais dont on ne sait pas grand-chose.
Chez les clients, la dissolution est brutale. Une femme s’arrête devant un rayon à moitié vide : « Ça n’a rien à voir avec le BHV. C’est une déception. » Son amie est encore plus catégorique : « J’étais attachée à ce lieu. Là, ça ne remontera pas. Ça va fermer, c’est sûr. » Au rayon chaussures, une vendeuse dépitée s’épanche, les larmes aux yeux. « On ne sait pas ce qu’on va devenir. Mais on voit bien que ça ne va pas durer. On n’a pas reçu de marchandises depuis quatre mois. Tout se délite. » Quelques mètres plus loin, un autre salarié regarde les rares clients traverser l’étage sans s’arrêter : « On ne me demande plus aucun conseil, je ne sers plus à rien. Je suis spectateur de la chute de ce magasin. »
Pour qui fréquentait le BHV il y a quelques années, le contraste est saisissant. Au rez-de-chaussée, la maroquinerie côtoie la beauté, la bijouterie, mais aussi la librairie. Le mythique rayon bricolage du sous-sol a presque disparu derrière des panneaux noirs annonçant une « réinvention ». Le quatrième étage, consacré à la maison et à la literie, paraît déserté. Deux des trois ascenseurs sont souvent hors service. La plupart des escalators ne fonctionnent plus. Nombre de fournisseurs réclament leur règlement. Les prestataires se montrent de plus en plus réticents à intervenir, à l’image des entreprises de sécurité qui se sont succédé ces dernières années.
Le délitement et l’abandon se manifestent jusque dans les détails. « Il est arrivé qu’on nous demande d’apporter notre propre papier toilette ! » raconte une représentante syndicale. « Le magasin est devenu un repoussoir à clients », résume Carole Prioult, secrétaire générale du commerce de Paris.
Les recettes quotidiennes auraient été divisées par dix
Face aux vidéos qui se multiplient sur les réseaux sociaux pour dénoncer un « magasin fantôme », Frédéric Merlin a choisi de répondre directement. « Ce que vous filmez, c’est un chantier, écrivait-il récemment sur Instagram. On transforme parce qu’on croit encore que ce monument mérite mieux que de survivre. On veut qu’il vive. » Mais derrière cette énième version du récit de la transformation, les chiffres racontent une autre histoire.
Selon plusieurs sources syndicales concordantes, le chiffre d’affaires du BHV Marais se serait effondré en l’espace d’un an, passant d’environ 11 millions d’euros mensuels à un peu plus de 1 million. Les recettes quotidiennes auraient été divisées par dix. « Un samedi, récemment, nous étions autour de 56 000 euros de chiffre d’affaires. Avant la reprise par la Société des grands magasins, un samedi à moins de 400 000 euros était considéré comme catastrophique », assure l’intersyndicale (CFTC, CGT, CFDT, Sud et CFE-CGC).
Les organisations syndicales décrivent également une lente érosion des effectifs. Le BHV Marais employait encore plus de 1 000 salariés lors de la reprise par la Société des Grands Magasins fin 2023. Ils ne seraient plus que 684 aujourd’hui. « Et cette année, la direction annonce encore entre 200 et 250 départs supplémentaires », précise une source syndicale. Au premier semestre 2026, les représentants du personnel recensent déjà plusieurs dizaines de départs, entre licenciements, démissions, ruptures conventionnelles et fins de contrats. « On assiste à ce qui ressemble à un plan social sans plan social, estime une représentante FO. Ça sent la fin. »
Les tensions sur l’emploi sont la dernière épreuve d’une longue série qui a commencé avec des difficultés déjà anciennes dans les approvisionnements et le paiement des fournisseurs et partenaires. « Les problèmes d’impayés ne datent pas d’hier », assure un adhérent FO également salarié du grand magasin. En coulisses, il décrit un climat de plus en plus tendu à mesure que les difficultés s’accumulent. Il évoque un dirigeant sous pression, parfois explosif. « Frédéric Merlin est quelqu’un de très colérique, comme un enfant à qui l’on refuse un bonbon », glisse-t-il à l’issue d’une visite du patron.
La direction continue de s’accrocher à une stratégie à laquelle plus personne ne croit, et sur laquelle Frédéric Merlin n’a en réalité plus la main, l’exploitant de la société du BHV n’étant plus propriétaire des murs.
Lu sur BFM "On ne va pas finir l'année", à paris comme en province...
"On ne va pas finir l'année": à Paris comme en province, l'inquiétude grandit parmi les salariés des grands magasins BHV, toujours désertés par les marques et les clients
BFM Business OC avec AFP Publié le 06/06 à 09h36
Les syndicats les estimant à l'"agonie" quand la direction invoque une nécessaire période de "transformation".
"On ne va pas finir l'année": à Paris comme en province, l'inquiétude grandit parmi les salariés des grands magasins BHV, toujours désertés par les marques et les clients, les syndicats les estimant à l'"agonie" quand la direction invoque une nécessaire période de "transformation".
"170 ans avec vous, le BHV prépare la suite", clament les façades du Bazar de l'hôtel de ville, au cœur de Paris, où s'affiche un schéma représentant l'emblématique établissement parisien, la formule "rénovation en cours" apposée à chaque étage.
A l'intérieur, parmi les quelques clients présents vendredi matin, Maeva Normand, 31 ans, filme avec son téléphone le vaste espace vide barré de rideaux au rez-de-chaussée, en face de l'espace beauté-bijouterie où les emplettes restent possibles. "C'est impressionnant," commente cette habituée.
Les nombreux escalators en panne viennent renforcer l'impression d'abandon suscitée par les surfaces désertes observées à chaque étage, à part au 6e, où l'installation du premier magasin physique et pérenne de Shein, plateforme asiatique de mode ultra-éphémère accusée de détruire le commerce français, a fait scandale cet automne.
"Nous sommes dans un entre-deux assez atypique"
"Nous sommes dans un entre-deux assez atypique" a reconnu cette semaine Frédéric Merlin, cofondateur de la SGM, l'exploitant du BHV, dans Challenges, invoquant une période de "travaux" pendant laquelle il a "choisi de ne pas fermer".
La mue de l'établissement parisien, qui compte encore quelque 700 salariés, passe par la libération de surfaces au profit du fonds canadien Brookfield, propriétaire des murs (évalués à 300 millions d'euros) depuis janvier, en vue de son plan de redéveloppement.
La SGM, qui a acquis le fonds de commerce du BHV en 2023 auprès des Galeries Lafayette, devait aussi racheter son bâtiment de 45.000 m2. Mais le tour de table s'est avéré plus difficile que prévu, en particulier après le retrait de la Banque des territoires, opposée au partenariat avec Shein.
Confronté depuis des mois à la fuite de marques (Dior, Sandro, Guerlain, etc.) échaudées par des impayés ou mécontents de l'arrivée du géant asiatique, le groupe comptait sur son nouveau bailleur pour se remettre à flot, moyennant une réduction de 40% de la surface à sa main.
Finalement, la SGM n'exploitera plus que 15.000 m2, laissant plus de 60% des locaux à Brookfield, qui explore diverses pistes pour ranimer son immeuble, comme l'installation d'un hôtel aux 6e et 7e étages, selon une source proche du dossier confirmant des informations de presse.
"Flop complet"
Mais la SGM n'a toujours pas reçu les "15 à 20 millions" d'euros espérés de Brookfield, souligne à l'AFP un représentant de l'intersyndicale du BHV.
La source proche du dossier assure qu'"entre 3 et 6 millions d'euros" ont déjà été avancés à la SGM, mais que cette dernière n'a pas respecté certains engagements. Sollicités, la SGM et Brookfield n'ont pas commenté. En attendant, le chiffre d'affaires du BHV est "en chute libre", s'alarme l'intersyndicale. "Le samedi, on fait entre 45.000 et 55.000 euros, alors qu'avant moins de 500.000, c'était une catastrophe", se désole une de ses membres.
Faute de clients, "on erre un peu toute la journée, c'est très long", déplore une employée parisienne.
Même constat dans les huit BHV (dont 7 ex-Galeries Lafayette) hors Paris où quelque 500 salariés "se demandent tous les mois s'ils vont être payés", assure Sabine Le Bourhis, déléguée syndicale centrale CFDT à Orléans. Le coup de grâce est venu, selon elle, de la rupture du contrat entre la SGM et les Galeries Lafayette, opposées à l'arrivée de Shein.
Signe des temps, le BHV de Dijon vient de décider de fermer le dimanche. "Ben, vous savez, il y a pas mal de marques qui ne sont plus là", lâche une vendeuse, dépitée, à un client étonné de ne plus voir sa griffe préférée. Au deuxième étage, une exposition d'artistes-peintres locaux vient combler le vide, quand d'autres espaces sont laissés vacants.
Celui qu'occupe Shein depuis février est le plus achalandé. Mais "ce n'est pas l'affluence débordante", concède Denis Favier, le président de l'association des commerçants du centre-ville de Dijon, pourtant l'un des fervents partisans de la venue de la marque. "Shein, c'est un flop complet" assure Sabine Le Bourhis, convaincue que les BHV ne "verront pas Noël".
A Paris, Palmira, cliente soixantenaire, apprécie les nouvelles collections d'été Shein, mais préfère acheter en ligne: "c'est moins cher".
Ci-dessous, une photo du BHV en 1885, quand il fallait
du jugement, de l'audace et un vrai sens des affaires pour réussir.
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Lu dans le Figaro, «Il n’y a plus rien, plus aucune marque»... Le sort des cousins devenus BHV, est bien triste
Les BHV de Limoges, Angers, Dijon, Grenoble et Reims, repris par la SGM de Frédéric Merlin, sont en pleine crise depuis leur partenariat avec Shein annoncé en octobre 2025. En réaction, les Galeries Lafayette ont rompu leur contrat, et une centaine de marques (Dior, Guerlain, Sandro…) ont quitté les magasins, entraînant une chute des ventes estimée à 70 % et près de 4 millions d'euros d'impayés. Nous connaissons le scénario du BHV Marais !
Les corners Shein ont ouvert le 25 février 2026 dans ces cinq villes, mais sans l'affluence espérée. Le pari de Frédéric Merlin est de compenser les départs par Shein et un repositionnement vers le low-cost, la parapharmacie et la maison — avec une clause d'arrêt si ça ne fonctionne pas dans un an. L'avenir reste très incertain.
Des employés nous ont contactés peu rassurés sur leur avenir ! Nous leur souhaitons bien du courage !
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«Il n’y a plus rien, plus aucune marque» : dans les BHV de province, les effets collatéraux de l’arrivée de Shein
Le Figaro Par Pauline Landais-Barrau et Thomas Engrand
De Reims à Dijon, le sentiment est le même : que sont devenues les historiques et très appréciées Galeries Lafayette ? Désormais exploités par le groupe SGM sous l’appellation BHV, ces établissements se cherchent une nouvelle identité.
Limoges, Angers, Dijon, Grenoble et Reims... Depuis quelques mois, ces cinq villes françaises ont en commun d’avoir vécu un changement commercial de taille : la mutation des historiques Galeries Lafayette en BHV depuis leur reprise par le groupe Société des grands magasins (SGM). Et avec lui, l’arrivée en février en leur sein des tout premiers magasins Shein en France. Un changement de nom, de positionnement et finalement d’objectif ? Magasins quasi-vides, rayons clairsemés... Aujourd’hui, difficile d’y voir clair alors que ces établissements sont actuellement - à l’image du BHV parisien - en pleine restructuration, et prennent des virages dont il est parfois difficile de comprendre le sens.
À Reims en ce mercredi matin, le BHV se dresse fièrement dans un vieil immeuble du centre-ville situé rue de Vesle, sur lequel l’on peut lire l’inscription «magasins modernes». Vestige de ce que fut un jour ce lieu dans lequel toute la ville venait se presser. Les portes viennent à peine de laisser entrer les premiers clients, à l’ouverture du magasin, que déjà, les vendeurs s’affairent : certains rangent, d’autres discutent et deux autres... déménagent un vieux comptoir rouge qui s’apparente à une ancienne caisse. Si les lieux sont plutôt majestueux, c’est l’absence des enseignes habituelles de ces grands magasins qui saute aux yeux. «Il n’y a plus rien, plus aucune marque», se désole Florence, qui voulait acquérir un t-shirt.
Accompagnée de son amie, la quinquagénaire ne prend même pas le temps de descendre au sous-sol du magasin, où l’espace dédié à la marque chinoise Shein a été installé. «Ils n’auront pas ce que je recherche, je préfère aller chez Petit Bateau», lance-t-elle, avant de tourner des talons. C’est pourtant l’espace le mieux achalandé, avec plusieurs centaines de mètres carrés aux rayons bien fournis de vêtements pour enfants, hommes et femmes. Dès l’arrivée, une affiche invite à entrer «dans la première boutique physique de Shein», souhaitant la «bienvenue dans le nouveau chapitre du commerce. Mondial par sa portée, humain par sa nature. Un commerce qui réveille les sens, et redonne du sens à l’acte d’achat».
«De l’arnaque pure et dure»
Sur le papier, la présentation donne envie, mais ici aussi, comme aux étages supérieurs, il y a très peu de clients. Une femme âgée d’une quarantaine d’années explique être venue «flâner», mais promet qu’elle n’«achètera rien». «Je ne connais pas bien cette marque, mais clairement je peux vous dire que ce n’est que du synthétique», assure-t-elle, pointant du doigt un top noir asymétrique vendu 7,49 euros. L’étiquette lui donne raison : 100% polyester. Près de 300 kilomètres plus loin, une scène similaire se joue à la sortie du BHV de Dijon ce jeudi. «C’est de l’arnaque pure et dure», lâchent Bruno et Nancy. De passage en Bourgogne, ils tenaient à voir de leurs propres yeux ce partenariat qui fait couler tant d’encre.
Et le moins que l’on puisse dire est que cette visite ne les a pas convaincus. «Je suis couturière, je vois tout de suite que c’est de la mauvaise qualité. Mais le pire est que c’est cher pour ce que c’est, 30 euros pour un top !», s’émeut-elle. Tout juste concède-t-elle que «c’est original». Le couple ne comprend pas non plus ce qu’il voit être une alliance de la carpe et du lapin. «Le bâtiment est magnifique, mais Shein, ça dénature le lieu», souligne-t-il. «Je n’y vais plus depuis qu’il a été renommé BHV», abonde Victor, 23 ans, qui fait découvrir la ville et cet espace autrefois iconique à un ami étranger. «Quand c’étaient les Galeries Lafayette j’adorais le concept. Il y avait beaucoup de clients, on trouvait de tout. Aujourd’hui, c’est vide et les boutiques que j’aimais bien sont parties. Et puis ils n’ouvrent plus le dimanche», énumère-t-il, désolé.
À Dijon, les anciennes Galeries Lafayette occupaient un espace quasi unique sur le haut de gamme.
Plus étonnant, même les amateurs de la marque controversée ne semblent pas convaincus par cette arrivée. «On est là pour Shein, on achète souvent sur le site», acquiescent Capucine, Inès et Cyara, toutes les trois 15 ans. Mais ce qu’elles ont vu au -1 ne leur plaît pas, «c’est plus cher que sur le site et il y a moins de choix. Il n’y a pas non plus de bijoux ou d’accessoires», pointe le trio. Si, comme pas mal de leurs amies, elles se sont réjouies au début, elles estiment aujourd’hui préférer acheter sur internet. Pourtant çà et là quelques passants tiennent à bout de bras un sac estampillé Shein. «Je n’achetais pas sur le site, mais oui j’avais entendu dire que c’était là», s’amuse Anne-Marie, 62 ans, «j’aime bien l’endroit, c’est assez varié, il y en a pour tous les goûts», précise-t-elle.
Depuis le 11 mai, le BHV a pourtant lancé une offre exclusive de «boîte mystère» afin d’attirer de nouveaux clients. Le principe est simple : il suffit de choisir un sac «homme» ou «femme», à sa bonne taille «XS, S, M, L...» dans lequel se trouvent entre 2 et 5 articles, le tout vendu pour 14,99 euros. «Je remplis moi-même les sacs, en essayant de garder une certaine cohérence dans le style», explique la vendeuse du magasin Shein à Reims. À l’intérieur, jusqu’à 100 euros de vêtements, qu’il est impossible de voir à l’avance et d’échanger en cas de déception. «J’aime bien ouvrir le paquet avec les clients ; en général, ils sont très contents», poursuit-elle. Jusqu’au 14 juin, toute la collection hiver est également bradée à -40%. De quoi satisfaire les quelques déçus, aficionados de la marque chinoise sur Internet, qui ont été nombreux à regretter les prix «trop élevés» pratiqués en magasins.
«Un commerce ouvert et populaire»
«Nous avons fait le choix d’un commerce ouvert, populaire, accessible à tous les budgets», explique aujourd’hui SGM. Interrogée sur le positionnement de ces BHV installés en province, la direction du groupe assure les avoir repris «dans une logique différente» de celle appliquée au BHV parisien. «L’ambition n’est pas de dupliquer un modèle parisien en province, c’est de construire un commerce de centre-ville utile, accessible et vivant, dans des villes où les grandes enseignes nationales se sont progressivement retirées», explique-t-on en interne. Quant à l’absence flagrante des marques habituellement représentées dans les grands magasins, SGM reconnaît que certaines d’entre elles «ont quitté nos magasins dans le contexte de la polémique liée à Shein». «Ce choix leur appartenait, et nous le respectons (...) Le positionnement de nos magasins ne peut pas plaire à tout le monde».
Dans les rues commerçantes alentour, certains professionnels doutent tout de même de cette stratégie. «Ouvrir la boîte de Pandore, en accueillant l’ultra fast-fashion, n’est pas ce que je souhaite, entame d’emblée Denis Favier, président de la fédération des commerçants de Dijon, mais ça devait être un moyen de refaire de la trésorerie et de remettre le magasin à flot», justifie-t-il. Lui se dit «inquiet», persuadé que ce magasin «est la locomotive du centre-ville et doit le rester». Du côté de la ville, le propos est similaire, même si on cherche à garder une certaine distance avec ce dossier. «Le BHV est un moteur du centre-ville», reconnaît Antoine Hoareau, 1er adjoint en charge de l’urbanisme. En creux, l’élu reconnaît toutefois que «cette liberté de commerce génère souvent des réussites et parfois des échecs».
Les anciennes Galeries Lafayette occupaient un espace quasi unique sur le haut de gamme à Dijon. Certaines marques n’étaient vendues que dans le grand magasin. «Ça fait un vrai manque, car je suis convaincu que la clientèle est là», insiste Antoine Hoareau. À Reims, la problématique est ailleurs : les grandes marques de prêt-à-porter sont quasiment toutes présentes dans ce centre-ville très dynamique. Quel intérêt trouveraient elles, à être également distribuées dans un grand magasin à l’agonie ? Au dernier étage du BHV de Reims, même la librairie Le Furet du Nord - locataire des lieux - se meurt, elle aussi. Depuis quelques jours, l’entreprise - qui compte 27 librairies - a été placée en redressement judiciaire. Sur place, les vendeuses se refuseront à tout autre commentaire : «C’est un peu compliqué en ce moment».
Lu pour vous dans Challenges : « Il parle beaucoup, mais ne paye personne » ...
Encore un article :
L’article dresse le portrait d’un entrepreneur à la fois admiré et contesté. Il présente Frédéric Merlin comme un ambitieux ayant voulu transformer le BHV et bâtir un empire commercial, mais dont les moyens financiers et les choix stratégiques — notamment l’alliance avec Shein — ont déclenché une crise majeure. La question qui traverse tout le texte est de savoir s’il s’agit d’un visionnaire audacieux ou d’un dirigeant qui a surestimé ses capacités.
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« Il parle beaucoup, mais ne paye personne » : ascension et revers de Frédéric Merlin, l’homme qui a imposé Shein au BHV
S’imaginant en révolutionnaire du commerce, l’exploitant du BHV y a installé une boutique Shein. Désormais acculé, l’agitateur de 34 ans doit sauver le grand magasin. Quitte à renoncer à ses rêves de grandeur.
Guillaume Echelard Challenges 3 juin 2026 à 06h30
Mais qu’est-il arrivé au BHV ? Dans un flot de vidéos déversées sur les réseaux sociaux ce printemps, les étagères du grand magasin apparaissent vides, ses murs nus, ses rayons désertés. La scène, surréaliste dans ce lieu très prisé des Parisiens, vient clôturer par un silence glaçant des mois de brouhaha médiatique. Arrivée du géant décrié de la fast fashion Shein au sixième étage, fournisseurs impayés, avenir financier incertain… Derrière cette crise inédite de l’institution née au XIXe siècle se cache un homme : Frédéric Merlin, 34 ans, 233e fortune de France selon Challenges, à la tête d’une foncière aux plus de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, et propriétaire du fonds de commerce du Bazar de l’Hôtel de Ville depuis deux ans.
Attablé chez Noto, restaurant branché du VIIIe arrondissement de Paris, l’entrepreneur – droit sur son fauteuil, impeccable dans son costume cravate – se défend, après s’être fait discret pendant des mois. « Nous sommes dans un entre-deux assez atypique, assume-t-il, regard perçant, voix claire, débit articulé. Le BHV se transforme, fait des travaux, et nous avons choisi de ne pas fermer pendant cette période. »
Certains regrets pointent toutefois. « J’ai beaucoup appris ces derniers mois. A 34 ans, on ne sait pas tout, on peut faire plein de bêtises », dit celui qui promettait de redonner ses lettres de noblesse à l’enseigne parisienne. Aurait-il dû renoncer au partenariat avec Shein en octobre, alors que la marque chinoise accumule les critiques de non-respect des normes sociales et environnementales ? « J’ai sous-estimé la réaction politico-médiatique », concède-t-il. Naïf ? Provocateur ? Huit mois après son irruption dans le débat public, Merlin reste une énigme.
« Plein d’ambitions »
« Il y a dans son sens de la démesure quelque chose qui rappelle les Illusions perdues », décrit Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, inlassable pourfendeur du jeune entrepreneur et des plateformes chinoises. Dans le roman de Balzac, Lucien Chardon, petit-bourgeois ambitieux natif d’Angoulême, rêve de réussite sociale au sein de la haute société parisienne avant de s’y brûler les ailes.
Frédéric Merlin aime à narrer le même conte, la fin en moins. « J’ai grandi à Saint-Symphorien-d’Ozon, un petit village près de Lyon, dans un milieu de classe moyenne, raconte-t-il. Maman ne travaillait pas, mon père était entrepreneur dans la tuyauterie industrielle, on n’a jamais manqué de rien à la fin du mois. »
La petite pizzeria où il mangeait le soir, le bricolage de bon matin avec son père le week-end, son entrée hésitante à la fac de droit de Lyon… Sa jeunesse est heureuse mais ne colle pas aux envies de grandeur de cet adolescent qui ne s’intéresse guère aux jeunes de son âge. « A 13 ans, mon Fredo était déjà plein d’ambition, sourit sa mère, Dominique Merlin. Il disait que, quand il serait grand, il achèterait une voiture et un foulard Hermès pour m’emmener en week-end. » Au détour d’un stage d’un mois au cabinet lyonnais Omnium, le jeune homme se passionne pour l’immobilier, et plaque les études. Grâce à un prêt étudiant de 15 000 euros au Crédit mutuel, il lance son agence de conseil, au côté de sa sœur Maryline.
« Il était vu comme un ovni »
La transformation est rapide. Frédéric Merlin perd « ses dizaines de kilos en trop », confie-t-il, troque le polo pour des costumes de marque, une coiffure impeccable et un sourire ravageur. « Il fonçait, avait de l’ambition, se souvient Nicolas Gagneux, à la tête du promoteur lyonnais 6e Sens Immobilier, qui l’a connu à cette époque. Il nous amenait beaucoup d’affaires. »
Le jeune courtier crée sa foncière en 2015. C’est à ce moment qu’il reçoit l’appui financier décisif de son « mentor » et associé : Jean-Paul Dufour, un ex-industriel lorrain exilé en Belgique, rencontré au début de sa carrière, dont la discrétion n’a d’égale que la richesse.
Trois ans plus tard, coup de poker : Merlin s’oriente vers la reprise de centres commerciaux en déclin du cœur de villes moyennes, de Mulhouse à Roubaix, et fonde la Société des Grands Magasins (SGM), un nom là encore très balzacien. Commence une intense période d’agitation. Dans les petits locaux lyonnais de la SGM, une dizaine de personnes se mettent à rêver d’un empire. « Il était vu comme un ovni, se souvient un membre du noyau fondateur. Qui était ce jeune qui rachetait tous ces centres commerciaux dont personne ne voulait ? »
Peu loquace sur l’origine de ses fonds, Frédéric Merlin se félicite : « On a remis ces lieux sur les rails en créant des espaces de loisir et de restauration. » Le jeune dirigeant savoure. Il peut tenir parole et emmener sa mère en week-end à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse). Avec le foulard Hermès et la belle voiture.
« Frédéric Merlin était crédible et était le seul à vouloir mettre le prix »
Car la SGM est avant tout une affaire de famille. Sa sœur, sa mère et surtout son père aident le jeune entrepreneur – même pas 30 ans – à mener son ascension express. Au décès du patriarche, il dit avoir eu un « déclic » pour assumer le rôle de leader. Sa route croise alors celle de Philippe Houzé. Le président du directoire du groupe Galeries Lafayette cherche alors à céder sept magasins de province, soit 200 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé. « Il n’avait qu’un seul enjeu : transmettre la marque », admire Frédéric Merlin.
L’entrepreneur aux airs de gendre idéal s’immisce chez les Houzé, gagne leur confiance, accompagne la matriarche Ginette Moulin jusque dans son domaine au cap Nègre (Var) et décroche la vente. Mais à peine a-t-il le temps de digérer son acquisition qu’un autre dossier cher à la dynastie du commerce français arrive sur son bureau : la vente du BHV, valorisé 300 millions d’euros.
Mission impossible ? « On se demandait comment on pouvait acheter un tel paquebot alors que l’on avait déjà des difficultés à régler tous nos fournisseurs », narre un ancien de la SGM. Mais c’est l’occasion d’entrer dans la cour des grands. « Frédéric Merlin était crédible et était le seul à vouloir mettre le prix », raconte un proche du clan Houzé dépité par la tournure des événements.
« Je ne dois rien à personne, je n’ai rien volé »
Difficile en effet de comprendre la stratégie de Frédéric Merlin ou de saisir sa personnalité. Côté recto s’affiche un homme d’affaires serein, charismatique, au réseau éclectique, embrassant l’influenceuse Léna Mahfouf, le basketteur Tony Parker ou encore l’ancien président Nicolas Sarkozy. « Il aime bien donner l’impression d’être quelqu’un de la jet-set, qui se présente avec un cigare, à Saint-Tropez, avec un gros bateau… », raille un ancien des Galeries Lafayette. Sur son compte Instagram, on le voit à New York, au Japon ou au Bristol, célèbre 5-étoiles.
Au verso se cache un dirigeant maintenu à flot par son éternel soutien, Jean-Paul Dufour, mais qui peine à tenir le rythme de son ambition. « Il devait racheter en même temps les murs et l’exploitation du BHV, mais il nous a plantés en ne reprenant que le fonds de commerce », soupire un autre ancien des Galeries alors que des centaines de milliers d’euros d’impayés s’accumulent en 2025 auprès des fournisseurs et des prestataires.
« Il parle beaucoup, endort les gens, mène un train de vie fastueux, mais ne paye personne », attaque un patron de marque, en pleine procédure judiciaire contre son ancien client. Ce dernier s’agace des critiques sur son mode de vie : « Je ne dois rien à personne, je n’ai rien volé. Je n’ai pas à m’excuser. »
Polémique autour des poupées pédopornographiques
Fonceur génial ou bonimenteur, comme le disent ses détracteurs ? L’ancien courtier excelle certainement dans l’art de la persuasion. Lâché par Natixis, qui devait l’accompagner dans l’acquisition des murs du BHV, il trouve du soutien auprès de la Caisse des Dépôts. Puis, d’un vol d’avion jusqu’à Los Angeles, rencontre le président de Shein, Donald Tang, qui lui propose un plan fou : créer au cœur de Paris la première boutique physique du plus sulfureux des e-commerçants. « On savait qu’on allait se faire taper sur les doigts, sourit l’un des membres du comité exécutif qui l’accompagne. Mais on n’allait pas cracher sur 25 millions de clients ! » Tant pis pour les militants qui ont manifesté en face du BHV. « Je ne serai jamais de leur côté du trottoir », assume Merlin.
Mais cette fois, le coup de poker échoue : la Caisse des Dépôts se retire. Partout en France, la SGM craque. « Son centre commercial est devenu une verrue dans notre ville, dénonce François Grosdidier, maire de Metz. Les déchets n’étaient pas ramassés, j’ai dû le mettre en demeure. »
Les effigies du patron et de Donald Tang qui s’exhibent sur la façade du BHV, en pleine polémique autour des poupées pédopornographiques vendues sur la plateforme chinoise, sont la provocation de trop. En première ligne, Frédéric Merlin écume l’espace médiatique, des bancs de l’Assemblée aux plateaux télé. « Il nous a dit qu’il allait prendre les coups pour nous », se souvient notre source du comité exécutif.
Sortie en douceur ?
Des coups, Frédéric Merlin ne cesse d’en prendre. On le dit mort financièrement. Il rebondit. En janvier, il trouve un fonds d’investissement canadien, Brookfield, pour racheter les murs du BHV à sa place. Convaincu par la débrouillardise du Lyonnais, le fonds ne risque rien : si la SGM échoue, il récupérera l’un des plus beaux actifs de la capitale.
Désormais, Frédéric Merlin – qui s’est retiré en début d’année de la direction générale de sa société au profit de son bras droit historique Karl-Stéphane Cottendin – n’exploitera plus que 40 % de la surface du bâtiment. Un hôtel de luxe pourrait bientôt couronner l’édifice qui se lance dans quatre lourdes années de travaux.
En coulisses, beaucoup estiment que celui qui passe désormais davantage de temps en famille à Lyon prépare sa sortie en douceur. Lui dit n’avoir qu’un unique cap en tête : « Préparer comme il se doit la célébration des 170 ans du BHV en septembre. » Décidé à continuer de rêver.
Lu pour vous dans la Presse : L'informé
Le journal économique : L'informé, mérite bien son nom car l'article paru le 22 mai, éclaire un peu mieux la situation du BHV. Voici un résumé :
Tempête historique sur le BHV Marais : les chiffres chocs révélés par L'Informé.
Un effondrement financier inédit
- -80% de chiffre d'affaires au Q1 2026 (10 M€ générés contre près de 50 M€ au Q1 2025).
- Une fréquentation en chute libre de -40% sur le trimestre.
Des rayons vides et une surface amputée, nous vous avons déjà présenté de nombreuses photos
- Exode massif : Environ 200 marques historiques (Chanel, Dior, Hermès...) ont claqué la porte, échaudées par le "bad buzz" du pop-up Shein fin 2025 et l'accumulation des impayés.
- Cure d'amaigrissement forcée : Suite à un accord avec le fonds canadien Brookfield (propriétaire des murs), la surface exploitée par la SGM va être réduite de 40 000 m² à 15 000 m². L'enseigne Boulanger quitte la gestion de la SGM, et les 2 derniers étages seront transformés en hôtel.( si cela est accepté!)
L'asphyxie judiciaire
- Les condamnations pour impayés se multiplient (Le Tanneur, Mellow Yellow, Petit Bateau...).
Pour sa défense, la direction invoque des bugs liés à la transition informatique depuis le rachat aux Galeries Lafayette et des saisies coordonnées de fournisseurs. Des arguments qui ne convainquent pas les tribunaux.
Voici l'article légèrement réduit ci-dessous :
"Les chiffres catastrophiques du BHV Rivoli de Frédéric Merlin
Selon les données auxquelles l’Informé a eu accès, l’enseigne iconique du Marais à Paris accuse une chute vertigineuse de son chiffre d’affaires. Et les impayés vis-à-vis de ses fournisseurs continuent de s’accumuler.
Article de :Morgan Leclerc, Guillaume Chazouillères Publié : 22/05/2026
Quatre mois après avoir trouvé le soutien du fond canadien Brookfield, pour reprendre à sa place les murs du BHV, la société des grands magasins, SGM, qui exploite les lieux fait face à un effondrement commercial. L’informé a mis la main sur des données qui révèle l’ampleur des difficultés du bâtiment de la rue de Rivoli. D’après D’après nos informations, l’enseigne, pilotée par le groupe Lyonnais de Frédéric Merlin, a totalisé sur l’ensemble du premier trimestre 2026, un chiffre d’affaires d’environ 10 millions d’euros, en chute de près de 80 % sur un an. Pires, encore : la chute s’accélère. Les recettes du grand magasin du Marais, qui atteignaient environ 5 millions d’euros en janvier, contre près de 20 millions d’euros, un an plutôt, sont tombés à 2,7 millions en février, 13 millions en 2025, puis de 2 millions en mars pour 15 millions en 2025. Les ventes des trois premiers mois de l’année sont d’autant plus décevante qu’elle ne représente que la moitié du budget qui avait été raboté avec un prévisionnel d’un peu plus de 18 millions pour le premier trimestre.
L’emblématique enseigne qui fait face à l’hôtel de ville, n’est, il est vrai, plus que l’ombre d’elle-même. En un an, le magasin a vu ses rayons se vider suite au départ de marques et fournisseurs historiques échaudés par la multiplication des impayés et le « Bad Buzz », causé par l’arrivée de Shein, en novembre dernier. Selon nos informations, environ 200 griffes. (Chanel, Dior, Hermès, Minnelli, Repetto….) on fait leur valises depuis un an. Soit l’écrasante majorité des boutiques présentes sur les sept étages du magasin. (Hors sous sol) l’attractivité des lieux s’en fait, ressentir avec une baisse de fréquentation, tout aussi vertigineuse, de 40 % au premier trimestre, a encore appris l’informé.
Pour ne rien arranger à la situation, la SGM va aussi voir partir l’un de ses fleurons. L’immense espace attribué au marchand d’électroménager, Boulanger, gros vecteur de passage et de chiffre d’affaires, ne sera à l’avenir plus géré par la société de Frédéric Merlin, mais directement par Brookfield, selon les informations de la lettre, confirmées par l’informé, l’enseigne des Mulliez devrait bientôt débarrasser ses corners, des deuxième et troisième étage pour rejoindre le rez-de-chaussée, dont une large partie sera désormais exploitée en direct par le nouveau propriétaire de l’immeuble.
Ce déménagement est l’une des premières conséquences marquantes de l’accord signé entre la société lyonnaise et son bailleur canadien : les équipes de Frédéric Merlin, qui, avant l’arrivée du fond, exploité la totalité des 40 000 m² du magasin devront à l’avenir, se contenter d’à peine 15 000 m².
Dans le cadre de ce contrat, les deux derniers étages de l’immeuble, repris en direct par le fonds ont notamment pour projet d’accueillir un hôtel, confirmait dernièrement un article de challenge suite à un entretien avec la société de gestion Aroxys mandatée par Brookfield, pour piloter la transformation du bâtiment. Une cure d’amaigrissement qui va, certes, alléger les loyers, que la SGM reverse à son nouveau bailleur, mais aussi encore nettement réduire ses revenus… Alors que tous ces problèmes sont encore loin d’être réglés.
Des impayés qui s’accumulent.
Régulièrement pointé du doigt pour ses impayés, Frédéric Merlin avait indiqué fin 2025 dans une interview au magazine LSA qu’une amélioration était à attendre Nous avons déjà réglé une bonne partie des retards de paiement que nous avions. Notre objectif est de régler toutes les marques d’ici la fin de l’année, confié alors le dirigeant à nos confrères. Si les annonces de règlement de ces différents, laissaient entrevoir le bout du tunnel, le flot d’impayés ne s’est visiblement pas tari.
Le patron d’une marque qui a définitivement quitté les rayons du BHV fin 2025, nous a bien indiqué avoir recouvré ses impayés, ainsi que les pénalités. Mais tout le monde n’est pas dans son cas. De nombreux fournisseurs ont en effet dû batailler -et bataillent encore- pour tenter d’obtenir leur dû comme en témoignent les dizaines de procédures dont nous avons eu vent depuis le début de l’année 2026.
Le schéma est identique pour la majorité d’entre elles, avec un empilement de relances restées sans effet.
En février, mars et avril, des dizaines de marques ont encore fait condamner le BHV à leur verser des sommes dépassant parfois la centaine de milliers d’euros. etc...
L’argument ? Les difficultés de comptabilité liée à la bascule entre l’ancien système de règlement, issu des Galeries Lafayette, et le nouveau, un sujet qui, selon l’enseigne, explique ses soucis, récurrent de paiement.
Plus troublant, le BHV, préciser aussi dans ce dossier, en plus de ces difficultés comptables, « avoir fait l’objet de nombreux saisies, coordonnées de ses fournisseurs, ce qui a affecté le fonctionnement normal de ces services. »Pas de quoi amadouer les juges consulaires pour autant.
Sur un autre plan, Petit Bateau a aussi obtenu 104 000 € en justice en mars, au titre du gain manqué.
La fermeture du rayon enfants planifié pour 2025 et communiquée à la marque ne lui laissait que sept mois de préavis, un délai finalement ramené à 12 mois, mais avec un déplacement du stand dans un étage, bien moins adaptée.
Une rupture un peu brutale pour l’enseigne de vêtements pour enfants, après plus de 17 années de collaboration qui a conduit l’ex marque du groupe Rocher à réclamer une indemnisation avec succès. etc...
Fatigué des retards de paiement et impayés, accumulé depuis janvier 2025 et du non-respect des différents échéanciers accordés, il a une nouvelle fois mise en demeure le BHV et la société d’exploitation des grands magasins, (filiale du groupe SGM, qui gère les BHV, situés hors de Paris) de le payer fin janvier. etc...
Contacté, la direction de la SGM n’avait pas répondu à nos sollicitations du moment de notre publication."..
BHV on va de surprise en surprise ! et lu dans la presse
BHV, nous allons de surprise en surprise ! et lu dans Challenges. Rien ne va plus !...
Le Bâtiment BHV Marais va connaître une transformation majeure : il ne sera plus vraiment un grand magasin traditionnel, mais un lieu hybride mêlant commerces premium, flagships, loisirs et hôtel.
Le propriétaire Brookfield confie le projet à Aroxys, avec un investissement d’environ 200 millions d’euros sur quatre ans. Le BHV historique de F Merlin ne conserverait que 40 % de la surface du bâtiment, le reste étant réaménagé pour une clientèle plus touristique et haut de gamme.
L’arrivée d’un hôtel aux derniers étages est le symbole principal de ce changement : le bâtiment est désormais pensé avant tout comme un actif immobilier très rentable.
Mais qu’en est-il de l’avenir incertain des salariés et de l’exploitant actuel Frédéric Merlin ?
Des tensions sont possibles avec la mairie de Paris autour du projet, mais on peut penser qu’elles se régleront très rapidement.
Il s’agit moins d’une rénovation que d’un changement historique de modèle économique et d’identité du BHV. (Perte de l’identité populaire et parisienne du BHV)
Nous avons lu pour vous l’article de Challenges, ci-dessous
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La transformation choc du BHV Marais officialisée : Aroxys va piloter l’avenir du bâtiment et un hôtel couronnera l'édifice
Challenges : Guillaume Echelard 18 mai 2026
Selon les informations de Challenges, la société de gestion de portefeuilles immobilier va piloter pour le compte de Brookfield le fonds qui financera la transformation du bâtiment du BHV Marais. Dans ses plans, notamment, la création d’un hôtel.
Dans l’incroyable feuilleton du BHV Marais, un nouvel acteur fait son entrée. Selon les informations de Challenges, la jeune société de gestion d’actifs immobiliers Aroxys, fondée par l’entrepreneur Ara Adjennian en 2024, pilote désormais pour le compte du canadien Brookfield - propriétaire du bâtiment - le financement et la conception de la transformation immobilière du mythique édifice, jusqu’ici détenu par le groupe Galeries Lafayette.
Dans le détail, la société fondée par Ara Adjennian gère le fonds immobilier qui possède le bâtiment. Ce fonds est détenu à 90 % par Brookfield et à 10 % par des investisseurs privés avec lesquels Aroxys a l’habitude de travailler, avec un ticket d’entrée à 100 000 euros. « Notre ambition est d’offrir à des investisseurs - y compris privés - un accès à des opportunités d’exception en co-investissement avec des investisseurs institutionnels de premier plan », précise Ara Adjennian. Ce fonds aura pour mission de transformer le bâtiment dans les quatre ans, via un investissement d’environ 200 millions d’euros au total, et un programme clair : recentrer le grand magasin géré actuellement par Frédéric Merlin sur 40 % de la surface, et aménager les 60 % de surface restants.
Un hôtel aux deux derniers étages
Le projet immobilier d’Aroxys et Brookfield vise à transformer le grand magasin en une "offre mixte composée de flagships, de commerces de centre-ville et d’un hôtel" aux deux derniers étages, selon les termes de la société de gestion. La piste d’un hôtel est donc désormais officiellement confirmée. En sus, une myriade de boutiques pourraient venir compléter la restructuration des mètres carrés par Brookfield. Ces magasins seraient indépendants et cloisonnés les uns des autres, à l'inverse des grands magasins où tous les corners communiquent.
Le lieu, longtemps surnommé « le grand magasin des Parisiens », ciblerait désormais surtout les touristes. Des espaces de loisirs pourraient être intégrés dans les derniers étages. Selon une source proche du dossier, « des grands groupes sont intéressés » pour occuper les environ 30 000 mètres carrés pour l’instant non occupés du bâtiment, mais la priorité est donnée au projet architectural encore en cours. Une page se tourne donc dans l’histoire du bâtiment qui sera désormais davantage proche d’un ensemble commercial composite premium et touristique accolé à un hôtel que d’un grand magasin pur et dur. La fin du règne de Frédéric Merlin et de son entreprise, la Société des Grands Magasins, sur le bâtiment du BHV se dessine également un peu plus.
De nombreuses questions en suspens
Le jeune homme d’affaires avait annoncé en 2023 s’apprêter à racheter le fonds de commerce et les murs du célèbre magasin. Difficultés à payer ses fournisseurs, polémique sur l’ouverture d’une boutique Shein, flambée des taux… Frédéric Merlin a d’abord renoncé à racheter le bâtiment, puis s’est résigné à n’exploiter qu’environ 40 % de sa surface commerciale. Il ne sera désormais qu’un des locataires d’un grand bâtiment dont la réelle transformation sera opérée par Aroxys pour le compte de Brookfield. Sans garantie sur la pérennité de son bail, qui pourrait prendre fin dans les cinq ans.
Restent de nombreuses questions en suspens : réduit au noyau central du bâtiment, le fonds de commerce du BHV détenu par Frédéric Merlin et ses près de 700 salariés ont-ils un avenir ? Quid de la boutique Shein qu’il héberge au sixième étage, alors même que l’hôtel devrait se déployer aux deux derniers étages du bâtiment ? Le lieu gardera-t-il les aspérités qui ont fait son histoire comme son emblématique rayon bricolage ? Restera-t-il un lieu ouvert à tous les Parisiens ? Aroxys parviendra-t-il à gérer les relations avec la Ville de Paris - installée de l’autre côté du trottoir - et voir son permis de construire accepté pour la création d’un hôtel ? « Le dialogue est fluide », garantit une source proche du dossier.
Un baptême du feu pour Aroxys
Un immense chantier s’ouvre donc pour la jeune société, neuf collaborateurs, sept fonds et 500 millions d’euros d’actifs sous gestion en deux ans d’existence. Il y a urgence, alors que la fréquentation du magasin, en pleine reconfiguration et crise réputationnelle, est au point mort. Si la société est jeune, son dirigeant Ara Adjennian est un expert de l’immobilier commercial depuis plus de 20 ans : il a notamment cofondé le fonds Mimco Capital avant de lancer son propre véhicule il y a deux ans, qui gère des commerces, des résidences ou des bureaux.
Avec Mimco et son fonds Cheval Paris, il avait ainsi déjà travaillé avec Brookfield au rachat à plus de 700 millions d’euros du 150 avenue des Champs-Elysées. Mais avec le BHV, l’homme de 47 ans se lance sans aucun doute dans le dossier le plus médiatique et le plus épineux de sa carrière.
Quand les journaux se déchaînent sur le BHV : La Lettre, Le canard enchaîné et le Parisien, que nous avons lus pour vous.
Vous trouverez ci-après 1
1 Une analyse de la situation actuelle qui s'appuie sur l'article du journal La Lettre du 12 05 2026.
Je crois que c'est une vision sincère!
2 Un article du Parisien de la semaine dernière plutôt descriptif
3 Un article du Canard enchaîné peut-être un peu trop railleur
CD
L’article de La LETTRE du 12 mai 2026 , est intéressant. publié par Sophie Lescuse
En voici une petite synthèse:
Il décrit la situation fragile du BHV et de son exploitant, la SGM dirigée par Frédéric Merlin.
Depuis le rachat des murs du BHV par Brookfield Asset Management en décembre 2025 pour 300 millions d’euros, Brookfield cherche à maintenir temporairement Merlin à la tête de l’exploitation pendant les travaux du bâtiment, malgré de fortes inquiétudes sur la santé financière de la SGM.
Le magasin reste ouvert pendant les travaux, mais la situation commerciale semble très dégradée :
Rayons vides, Salariés et clients inquiets, Chiffre d’affaires fortement en baisse (divisé par 10 selon l’article).
Pour éviter un effondrement rapide :
- Brookfield réduit fortement les loyers de la SGM,
- Accorde des délais de paiement,
- Réduit l’espace exploité par Merlin (de 40 000 m² à environ 15 000 m²),
- Verse environ 10 millions d’euros en compensation.
En parallèle, Brookfield commence à traiter directement avec certaines enseignes stratégiques comme :
Boulanger, et Rougier & Plé. (Arts créatifs)
L’objectif est de préserver l’attractivité du site indépendamment de la SGM.
Le futur BHV de Merlin doit évoluer vers :
Davantage de décoration et moins de mode, une halle alimentaire, une parapharmacie, une structure hybride entre grand magasin et mini centre commercial.
Frédéric Merlin cherche aussi à refinancer ses autres actifs immobiliers (centres commerciaux notamment) pour obtenir de la trésorerie et continuer à survivre financièrement.
A la vue de cette situation, nous pouvons en déduire :
1. Brookfield protège surtout son investissement immobilier
Le point central du texte est que Brookfield ne « sauve » pas réellement Frédéric Merlin par loyauté ou vision industrielle. Le fonds protège avant tout :
La valeur de son actif immobilier, la continuité d’exploitation, l’image du BHV, et le trafic commercial pendant les travaux.
Un BHV fermé ou placé brutalement en redressement judiciaire ferait chuter :
La fréquentation, la valeur locative, et la capacité à attirer de nouvelles enseignes.
Brookfield agit donc comme un investisseur pragmatique :
Soutien minimal, réduction des charges, maintien temporaire de Merlin, mais possibilité implicite de le remplacer plus tard.
2. Frédéric Merlin semble très fragilisé
Plusieurs signaux indiquent une situation potentiellement critique :
Trésorerie sous tension, Reports de loyers, réduction drastique des commandes, recours au refinancement bancaire, apport personnel supplémentaire de plus de 10 M€.
Cela ressemble à une gestion de survie à court terme.
Perte de confiance des marques
Le fait que certaines enseignes refusent désormais de traiter avec lui est très révélateur.
L’article mentionne explicitement sa réputation liée aux impayés.
Dans le commerce, cette perte de confiance est souvent un signal très préoccupant :
Les fournisseurs plus prudents, délais raccourcis, conditions financières dégradées, difficultés à renouveler l’offre.
Réduction du périmètre
Le passage de 40 000 m² à 15 000 m² exploités par la SGM signifie quasiment un changement de modèle économique imposé.
Cela ressemble davantage à une mise sous assistance qu’à une relance offensive.
Le maintien du BHV ouvert est stratégique mais risqué
Garder un grand magasin ouvert pendant de lourds travaux comporte des risques :
Expérience client dégradée, baisse du chiffre d’affaires, image de magasin “en déclin”, et démotivation des salariés.
Shein : symbole d’une tension stratégique
La présence de Shein est intéressante car elle apporte du loyer,à la SGM, mais brouille l’image patrimoniale du BHV.
Ce dossier semble toujours instable.
3. Brookfield prépare probablement un modèle “hybride”
Le projet fait penser :
A la transformation des grands magasins historiques, la montée des espaces expérientiels, une logique de centre commercial premium, avec multiplication des partenaires spécialisés.
Le BHV deviendrait progressivement devenir une plateforme multi enseignes.
Brookfield semble vouloir :
Réduire les surfaces peu rentables, augmenter la densité commerciale, attirer des enseignes locomotives, monétiser l’immobilier plus efficacement.
Conclusion
De son côté, FrédéricMerlin semble engagé dans une course contre la montre :
Manque de liquidités, confiance commerciale affaiblie, modèle économique en réduction, dépendance croissante au soutien du propriétaire.
Le scénario de l’article est implicite :
Soit Merlin survit en devenant un exploitant plus petit dans un BHV restructuré,
Soit Brookfield finit par reprendre totalement la main avec d’autres partenaires commerciaux.
CD
Le Parisien du 6 05 2026
« Regardez autour de vous, il n’y a plus rien » : en plein chantier, le BHV Paris est-il devenu un « magasin fantôme » ?
Étages vides, escalators à l’arrêt, fréquentation en berne… En plein travaux de réaménagement, l’état du BHV Marais (Paris IVe) inquiète. Si la direction donne rendez-vous à l’automne, salariés et syndicats peinent à croire en cette transformation et alertent sur une possible catastrophe industrielle.
Le grand patron, Frédéric Merlin, est monté lui-même au créneau, dans un post Instagram au ton offensif et sarcastique, pour fustiger les « pseudo-influenceurs » partageant des vidéos édifiantes des espaces vides à tous les étages du BHV Marais, à Paris (IVe). Ces dernières semaines, de nombreux internautes ont en effet documenté la transformation en cours du Bazar de la rue de Rivoli, donnant à l’intérieur du site des airs de « magasin fantôme ».
Des étages entiers laissés vides, des escalators à l’arrêt, de l’eau qui coule du faux plafond au 4e étage, de rares clients désorientés et des salariés désœuvrés en colère… Le BHV reste certes ouvert pendant sa mue, mais le visiteur lambda pourrait croire que le magasin vit ses dernières heures. « Laissez-nous construire », répond à ses détracteurs Frédéric Merlin, à la tête de la Société des grands magasins (SGM), exploitante du BHV depuis fin 2023. Et l’homme d’affaires de 34 ans donne déjà rendez-vous au public à l’automne pour découvrir l’aboutissement de la première phase de ce projet de transformation majeur du grand magasin, qui célèbre cette année ses 170 ans d’existence.
Un chantier parti pour durer
« Le BHV est en chantier, confirme la direction du magasin au Parisien. Cela implique des zones fermées, des espaces en réaménagement, une offre réduite par endroits. C’est visible. C’est assumé. Ce n’est pas le signe d’un abandon, c’est le signe que quelque chose se construit. » La feuille de route de ce chantier avait été présentée fin novembre 2025, dans un courrier interne adressé aux salariés et aux fournisseurs.
Le projet, inscrit « dans un calendrier resserré jusqu’en 2027 », prévoit notamment la création d’une halle alimentaire de 1 000 m2 installée au sous-sol, à côté de l’emblématique rayon bricolage, ainsi qu’une animalerie.
Au rez-de-chaussée, le BHV veut s’éloigner du luxe pour recréer « une place centrale, arpentée par des rues très achalandées et animées », proposant des accessoires et des articles de beauté, des bijoux et de la maroquinerie mais aussi des services du quotidien : un opticien, une parapharmacie, un fleuriste…
Prudente, la direction du BHV n’en dit pas plus, pour l’heure, sur les contours précis du visage qu’affichera le Bazar à l’automne. Mais salariés et syndicats, déjà échaudés par la polémique Shein, craignent de voir l’enseigne s’orienter vers une offre standardisée, plus proche d’un centre commercial que d’un grand magasin parisien. « Regardez autour de vous, il n’y a plus rien, ça ne reviendra pas comme avant. On en a ras le bol », peste une vendeuse au 2e étage.
La surface de vente réduite de 60 %
La transformation du site revêt pourtant un caractère stratégique et financier pour la SGM. Après avoir trouvé in extremis un accord avec le fonds canadien Brookfield pour racheter les murs du magasin en décembre 2025, le BHV réorganise son espace intérieur, en accord avec son bailleur, afin de libérer de la surface commerciale pour obtenir une baisse de loyer.
« Brookfield investit presque 120 millions d’euros pour des travaux en profondeur sur tous les niveaux, ça va durer plusieurs années, détaille un membre de l’intersyndicale. La SGM rétrocède environ 60 % du magasin à Brookfield, en contrepartie du versement d’une indemnité d’environ 15 millions d’euros censée relancer l’exploitation. » Les salariés ignorent cependant ce que compte faire Brookfield de la surface libérée. Frédéric Merlin évoquait en janvier, dans un entretien au Figaro, la possibilité d’y installer une salle de sport ou des restaurants. Mais rien ne semble encore avoir été acté.
« L’incertitude, c’est la pire des choses, on n’a aucune visibilité pour l’avenir, mais je ne vois pas comment les choses pourraient s’améliorer », confie l’employée d’une marque de décoration. Un sentiment de mal-être partagé par de nombreux salariés qui inquiète les syndicats. « C’est devenu insoutenable, au point que certains espèrent même que tout s’arrête définitivement. On ne trouve plus de sens dans notre travail », souligne une membre de l’intersyndicale.
Financièrement encore sur un fil
Déjà fragilisé par les retards de paiement de ses fournisseurs, le BHV a-t-il cependant les épaules pour supporter une activité quasiment réduite à néant jusqu’à l’automne ? Les syndicats évoquent un chiffre d’affaires moyen oscillant actuellement entre 25 000 et 40 000 euros par jour. « À l’époque des Galeries Lafayette, on pouvait faire un million d’euros un dimanche », souligne une déléguée, à titre de comparaison.
Et cette dernière de s’inquiéter d’une possible rupture du contrat en cours avec la mutuelle d’entreprise, que la SGM n’a plus payé depuis le dernier trimestre 2025. « La dette s’élève à plus d’un million d’euros. L’argent est collecté sur nos salaires, mais n’est pas reversé », alerte la même employée.
Un chef d’entreprise installé au BHV depuis plus de quinze ans, qui réclame toujours plus de 200 000 euros d’impayés à la SGM, craint de ne pas pouvoir tenir jusqu’en septembre. « Mes avocats me disent d’arrêter de travailler avec eux car ils sont proches de la cessation des paiements », croit savoir le patron
1 Le canard enchaîné
De grand magasin à hôtel de luxe-Le BHV bazardé par les banquiers et par ses proprios
- Publié le 11 mai 2026 par Adélina et Hervé Liffran
[RÉCIT] Le grand magasin parisien vit une agonie sans fin, entretenue par les erreurs de gestion de son patron Fréderic Merlin. Le fonds d’investissement Brookfield, nouveau propriétaire des murs du Bazar de l'Hôtel de Ville, vient de présenter au maire de Paris, Emmanuel Grégoire, son plan pour transformer les lieux en hôtel et commerces de luxe.
Si les stands du rez-de-chaussée du BHV se sont timidement regarnis, début mai, de quelques articles de mode, les clients se font toujours aussi rares dans les allées du magasin, où traînent des dizaines de vendeurs désœuvrés. Les fournisseurs, eux, courent toujours après le paiement de leurs marchandises. Et les salariés en sont réduits à attendre que l’entreprise daigne reverser à leur mutuelle les cotisations prélevées sur leurs salaires (« Le Parisien »). Bienvenue chez les morts-vivants du Bazar de l’Hôtel de Ville, le grand magasin parisien qui n’en finit plus de mourir…
A entendre les prédictions de plusieurs professionnels de l’immobilier et de hauts cadres de la Mairie de Paris, l’agonie ne devrait plus durer trop longtemps. A court de liquidités, la société SGM dirigée par Frédéric Merlin, un jeune loup de 34 ans, qui a racheté le BHV aux Galeries Lafayette en 2023, pourrait bien être contrainte de jeter l’éponge « dans les prochains mois » et laisser le champ libre au fonds d’investissement canadien Brookfield, le nouveau propriétaire des 45 000 m² du bâtiment principal qui piaffe d’impatience pour transformer en machine à cash cette pépite immobilière. Ce dénouement signerait la fin d’une histoire commencée voici 170 ans avec l’ouverture, en 1856, du modeste Bazar Napoléon par le « bimbelotier » (vendeurs de bibelots), Xavier Ruel.
Rencontre avec Emmanuel Grégoire.
Brookfield ne veut plus perdre de temps. Ses responsables ont rencontré peu après les élections municipales, le nouveau maire de Paris…. Pour présenter leur plan. Le programme comprend l’installation d’un hôtel de luxe au sommet de l’immeuble et la création de nouveaux espaces commerciaux dans les deux tiers restants du bâtiment. Quant à l’enseigne BHV, celle-ci pourrait disparaître même si rien n’est encore acté de ce côté. Pour amadouer la ville, Brookfield à laisser entendre qu’il pourrait céder à la municipalité des locaux annexes pour aménager des logements sociaux, une stratégie du donnant- donnant déjà joué avec succès par Bernard Arnaud, lors de la rénovation de la Samaritaine voisine. Aux dernières nouvelles, la mairie semble plutôt séduite par les propositions des Canadiens, mais les discussions de marchand de tapis ne font que commencer.
Cela fait un bon moment que le dossier BHV empoisonne la mairie de Paris. Le naufrage du navire, amiral du commerce de la rue de Rivoli a commencé au début des années 2020, quand son propriétaire de l’époque, les Galeries Lafayette a décidé après plusieurs tentatives de relance de bazarder le BHV et ses1240 salarié.
En 2023, aucun investisseur ne se montrant intéressé pour prendre l’affaire, les Galeries Lafayette refile, moyennant une somme symbolique, le fonds de commerce à Frédéric Merlin, qui gère, avec sa sœur et sa mère, la société des grands magasins qui exploite des petits centres commerciaux de centre-ville. Estimer à 300 millions d’euros, les murs du magasin, seul actif de valeur du BHV, reste alors provisoirement dans le giron de la famille Moulin(GL), la SGM s’engage à les racheter avant la fin de 2025.
Commence alors, pour Frédéric Merlin, une invraisemblable course aux liquidités qui va lui donner des airs de Bernard de Palissy, ce potier de la Renaissance réduit à brûler son mobilier pour alimenter ses fours. Tout en promettant, urbi et orbi d’investir au BHV des moyens financiers et humains importants. Le jeune patron lamine toutes les dépenses dès son arrivée aux manettes: les budgets d’entretien et de dératisation de l’immeuble sont sabrés, les produits d’hygiène ne sont plus distribués qu’au compte-gouttes, les salariés sont invités à quitter l’entreprise et les fournisseurs qui doivent attendre des mois pour être réglé … quittent un à un le navire. La SGM justifie alors ces retards de paiement par la nécessité d’installer de nouveaux logiciels de facturation. La belle blague ! En réalité, Frédéric Merlin, fait de la cavalerie comptable en utilisant l’argent de ses fournisseurs pour payer salaire, loyer et impôts
Il ment tout le temps
Peine perdue, malgré le départ de 45 % des effectifs, la SGM est toujours prise à la gorge. Son patron ne multiplie pas moins les déclarations rassurantes : son plan se déroule à merveille, et il a juste besoin d’un peu de temps pour le mener à bien. « Il ment tout le temps balaie, alors un ponte de la mairie de Paris. En réalité, Merlin se lance dans un cycle infernal de réduction de ses surfaces commerciales pour réduire ses pertes au risque de s’appauvrir encore davantage.
L’opération commence en 2025 par la disparition de toutes les boutiques annexes: animalerie, matériel, médical etc. qui ont essaimé dans le quartier et par l’annonce de la fermeture des 8500 m² du BHV de la rue de la verrerie. Incapable d’honorer sa promesse de reprise des murs du magasin principal, Merlin est contraint : à l’automne 2025 de céder son option d’achat au Canadien de Brookfield. Ces derniers vont pratiquer avec lui la politique du nœud coulant pour récupérer au plus vite la jouissance, de la plus grande partie du bâtiment…
Faute de pouvoir payer le loyer de 45 000 m² de la rue de Rivoli, la SGM, renonce d’emblée à 18 000 m² pour ne conserver que 60 % de la surface commerciale, restante. Ce printemps à la revue encore à la baisse ses ambitions : aux dernières nouvelles, la société ne se contenterait plus que du tiers du bâtiment, « encore un effort et le royaume de Merlin se limitera à une cabane à frites »: ironise, un professionnel de l’immobilier
Xavier Niel ne dit pas bye bail.
Pour alléger ses charges, le patron de l’AS SGM, à bien tenter de résilier avec deux ans d’avance, le bail de location de l’immeuble du BHV homme qu’il n’utilise que depuis le 1er janvier, mais le milliardaire Xavier Niel, qui a racheté l’édifice pour en faire un espace dédié aux jeux vidéo a refusé, tout net l’arrangement. Le financier qui semble ne se fait aucune illusion sur la viabilité de la SGM prive, ainsi, Frédéric Merlin d’un précieux bol d’oxygène.
Condamné à garder provisoirement les clés du BHV homme. Frédéric Merlin a bien imaginé d’y transférer les espaces aujourd’hui dévolus à Shein au sixième étage du magasin principal, afin d’économiser une part supplémentaire des loyers dus à Brockfield. Pas de bol : cette fois, ce sont les dirigeants de la Marque d’ultra Fast Fashion, qui ont mis leur veto en exigeant de rester dans l’immeuble de la rue de Rivoli. Leur démarche ne fera pas venir un client de plus dans l’instant occupé par chaîne qui réalise un chiffre d’affaires, ridicule, de 1000 € par jour. Mais elle risque fort d’accélérer la faillite du BHV, attendu avec impatience par les investisseurs…
Lu dans la presse : Info ou Intox : Le BHV Marais à Paris menacé d’une coupure d’eau après des impayés
Bien que cette info paraisse étonnante, nous ne pouvons pas vous assurer de sa véracité à ce jour.
Mais avec Frédéric Merlin, ce ne serait qu'un prestataire de plus. Néanmoins, cette affiche ne comporte pas de tampon du service de l'eau? Alors attendons que la presse nous précise !
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Le BHV du Marais à Paris menacé d’une coupure d’eau après des impayés
La régie eau de Paris a adressé un avis de fermeture d’eau d’ici à la fin du mois. Du côté du grand magasin, on assure que l’eau continuera de couler normalement.
Par Le Parisien . LP/Philippe Lavieille
Le 20 mars 2026 à 19h38
Les murs du BHV du Marais, viennent d'être rachetés
Le célèbre grand magasin parisien pourrait-il se retrouver privé d’eau ? La régie Eau de Paris, en charge de l’approvisionnement dans la capitale a adressé un avis de fermeture d’eau au BHV Marais. Sur l’affiche, placardée à l’entrée du magasin et dont une photo a été transmise au Parisien, le syndicat des eaux indique que le branchement sera fermé « fin mars 2026 », en raison d’impayés.
Selon nos informations l’affiche placardée a été retirée dans la journée. Des sources indiquent à BFM Business que le fournisseur de produits hygiéniques a cessé pendant plusieurs jours ses livraisons de papier toilette il y a quelques semaines, pour le même motif de factures impayées. Une information que le BHV, contacté par le Parisien, n’a pas été en mesure de confirmer. Le grand magasin nous assure cependant que l’eau coule toujours et « continuera de couler au BHV ».
Des boutiques asphyxiées par les impayés
Depuis plusieurs mois le Bazar de l’hôtel de ville cumule les impayés. Plusieurs PME installées au BHV, avaient indiqué au Parisien en novembre avoir été contraintes en raison des retards de paiement de licencier des salariés pour maintenir leur activité au sein du grand magasin de la rue de Rivoli.
Les murs de ce dernier ont été rachetés en janvier par le gestionnaire d’actifs nord-américain Brookfield Asset Management, alors que le BHV est en grande difficulté depuis plusieurs mois.
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