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Le blog du Réseau Bazar BHV

Joli texte d'Antoine Eminian : Souvenirs olfactifs

13 Août 2026 , Rédigé par Les federateurs du reseau Bazar Publié dans #France 4 Sud-Ouest, #Echos des membres

Merci Antoine , pour ce parfum de vacances... Bon week-end du 15 août !

Il suffit parfois d’un parfum pour que le temps s’efface. Une odeur de pin chauffé par le soleil, un mélange de résine, de fougères et de sous-bois… et nous voilà transportés, parfois plusieurs décennies en arrière. À l’heure où les récents incendies ont une nouvelle fois rappelé combien ces forêts de pins, si familières dans nos paysages, sont fragiles, cette odeur prend peut-être une résonance particulière : celle d’un patrimoine végétal que la mémoire continue de faire vivre.

Dans ce joli récit, notre collègue Antoine nous invite à partager l’un de ces voyages intimes que les sens rendent possibles. Au fil des souvenirs, les paysages des Landes des années 1950 reprennent vie : une maison de famille, une pergola ombragée, une source fraîche, les après-midis d’été et les premières découvertes d’un jeune lecteur.

Un récit tendre et évocateur, où les parfums de l’enfance se mêlent aux livres, aux insectes et aux petits bonheurs des vacances… jusqu’à faire ressurgir, des années plus tard, un été que la mémoire n’a jamais vraiment quitté.

Bonne lecture  et merci Antoine

Joli texte d'Antoine Eminian : Souvenirs olfactifs

Souvenirs olfactifs

Tous les ans quand revient l’été et ses chaleurs, lorsque dans ma ville je me promène et que je passe près d’un conifère chauffé par le soleil, l’odeur caractéristique de ces arbres, due à l'évaporation de terpènes, des composés organiques volatils contenus dans leur résine et leurs aiguilles, me téléporte dans le passé.

Je me revois dans le milieu des années 50’, gamin de sept ou huit ans, en vacances en août avec mes parents dans les Landes. Nous avions l’habitude de venir dans les environs proches de Dax, loger dans l’unique hôtel d’un village à peine plus grand qu’un bourg et les midis, nous déjeunions et passions l’après-midi chez de la famille qui eux, passaient leurs congés dans une minuscule demeure ancienne à l’extérieur du village.

Un logis très rustique et sombre mais très frais, en particulier dans la cuisine qu’ici on nomme la souillarde, entouré d’un vaste jardin potager. Déjeuner sous la pergola ombrée par un vaste rideaux de bambous. Silence absolu, troublé peut-être par quelques cigales et le bruit de nos couverts.

L’odeur qui m’a ramené à cette époque, c’est celle de la forêt de pins devant la maison, cette forêt où nous allions à la source proche remplir un cruchon d’eau très froide qui accompagnerait notre repas. Un petit parcours à l’ombre des arbres, au milieu de la luxuriance des fougères, cette fragrance mêlée à celle de quelques cèpes en devenir et de branchages morts, paradis d’insectes divers.

Après le repas, les anciens se retiraient pour une sieste bienvenue, d’autres somnolaient dans une chaise longue et moi, déjà, j’entrais à grand pas dans le royaume heureux des lecteurs. La maison recélait une petite bibliothèque et je me suis délecté des bouquins de Jean-Henri Fabre dédiés à l’entomologie, lui qui est considéré comme l'un des précurseurs de l'éthologie, science du comportement animal. Des lectures fascinantes qui m’ont donné l’occasion durant de nombreuses années après, de collectionner des insectes, d’abord dans des boites, puis plus tard par la photographie, plus sympathique pour ces pauvres bestioles…  Des lectures studieuses que je faisais alterner avec les polars de James Hadley Chase dont les rayonnages de la bibliothèque débordaient avec leurs  jaquettes sexy qui éveilleraient chez moi d’autres intérêts, mais ceci est une autre histoire !

Et donc, chaque année, à cette époque de l’été, je repars là-bas dans mes souvenirs chéris.

Antoine

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