Lu pour vous dans la Presse : Le Figaro
2 Novembre 2026 , Rédigé par Les federateurs du reseau Bazar Publié dans #BHV news
Un excellent article qui retrace avec justesse l’enchaînement des événements, depuis les premiers signes de difficultés jusqu’à l’hécatombe!
Le Figaro 2026 11 02 Par Thibaut Déléaz
Du « meilleur marché de tout Paris » au placement en redressement judiciaire, la longue descente aux enfers du BHV
RÉCIT - Jadis poumon économique du Marais, le grand magasin parisien enchaîne les difficultés depuis une dizaine d’années. Les polémiques sur l’arrivée de Shein, censé le relancer, ont précipité sa chute.
Le Bazar de l’Hôtel de Ville n’a jamais aussi bien porté son nom. Rayons vides, valse des marques, changement de mains, nouvelle stratégie, déficit d’image auprès des clients après la polémique Shein, et maintenant un conflit avec son bailleur : à 170 ans, le grand magasin enchaîne les déconvenues et n’est plus que l’ombre de lui-même. Dernier rebondissement mardi 27 octobre : le BHV a demandé son placement en redressement judiciaire, incapable d’apurer ses dettes tout en finançant les investissements nécessaires à sa relance. Requête qui a été acceptée par le tribunal des activités économiques de Paris lundi 2 novembre, qui a officiellement placé le grand magasin en redressement judiciaire.
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Qu’elle semble loin la belle époque des débuts, au milieu du XIXe siècle, quand les clients affluent rue de Rivoli vers le bouillonnant magasin de Xavier Ruel, autoproclamé «meilleur marché de tout Paris». Le BHV devient le poumon commerçant du Marais, son succès irriguant tout le quartier. Dans la jungle des grands magasins, il a trouvé sa spécificité en faisant la part belle aux meubles, à la décoration et au bricolage. À son apogée, dans les années 1980, l’enseigne a même fait une trentaine de petits dans toute la France.
«Le positionnement sur l’ultra luxe a été une erreur»
Les Galeries Lafayette, qui l’ont acquis en 1991, entreprennent une transformation du BHV Marais au début des années 2010. Un virage «bobo» vers plus de mode et de luxe, moins de décoration et de bricolage. La mayonnaise ne prend pas, les difficultés s’accumulent. La direction pointe alors la concurrence naissante du commerce en ligne et les restrictions de circulation rue de Rivoli. Une étude commandée par la Mairie de Paris en 2023 assurait pourtant que le commerce restait plus dynamique ici que dans d’autres quartiers de la capitale. La pandémie, avec ses confinements et l’évaporation brutale des touristes, n’arrange rien.
Les Galeries Lafayette cèdent le fonds de commerce du BHV à la Société des Grands Magasins (SGM) en novembre 2023. Frédéric Merlin, qui préside la foncière lyonnaise, reconnaît que «le positionnement sur l’ultra luxe a été une erreur» pour ce magasin populaire. Il veut rectifier le tir et «capitaliser sur l’ADN profond du BHV qui est le bricolage, la maison, la décoration, la culture et les loisirs».
Mais avec les marques installées au BHV, les relations restent tendues. Le grand magasin, qui encaisse les ventes et doit ensuite les reverser aux commerçants, accumule les retards de paiement. Lassées, certaines commencent à claquer la porte. Frédéric Merlin reste pourtant serein : dans le plus grand secret, il se prépare à frapper un grand coup qui, il en est persuadé, va replacer le BHV au centre du jeu.
L’échec du partenariat avec Shein
L’annonce, en octobre 2025, de l’arrivée de Shein au 6e étage du magasin fait l’effet d’une bombe. Accusée de faire entrer le loup dans la bergerie en offrant une exposition inédite à cette plateforme d’ultra fast fashion qui concurrence le commerce avec ses vêtements chinois de piètre qualité, la SGM se met à dos les fédérations de commerçants et le gouvernement.
Chez ses partenaires, c’est l’hémorragie. Déjà échaudées par les impayés, des dizaines de marques claquent la porte, refusant d’être associées au bad buzz. Les Galeries Lafayette lâchent la SGM, qui exploite alors en franchise sept grands magasins en région, obligés de passer sous enseigne BHV. La Banque des Territoires porte le coup le plus dur : alors qu’elle devait aider la SGM à financer le rachat des murs, toujours propriété des Galeries Lafayette, elle se retire des négociations.
Toujours persuadé que Shein va attirer une déferlante de clients, Frédéric Merlin continue la communication au ton provocateur. Quatre jours avant l’ouverture, il fait installer une immense affiche sur la devanture du BHV : une photo de lui avec le patron de la plateforme, Donald Tang, et un slogan en pied de nez. «L’affiche qu’on n’aurait pas dû faire.» Cela tombe mal : le même jour, la DGCCRF annonce avoir signalé à la justice la vente de poupées sexuelles à l’effigie de petites filles, en vente sur Shein.
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