livres et poesies
Rentrée Littéraire: Philippe Besson "De Là on voit la mer"
Philippe, membre de notre réseau sort un nouveau livre aujourd’hui. C’est avec joie que nous l’accueillons. Je ne l’ai pas encore lu, aussi je vous propose donc la synthèse de Julliard, l’éditeur.(En attendant de recevoir la critique d'un lecteur du réseau)/
Philippe qui navigue entre la
France, l’Italie et les USA est venu nous livrer ce petit message : « "De là, on voit la mer" est le roman d'une femme libre qui, à la faveur
d'un voyage en Italie, doit reconsidérer toutes ses certitudes. J'espère que les anciens du BHV retrouveront un peu du jeune homme qu'ils ont peut-être croisé au début des années 90 dans cette
histoire de temps qui passe. »
Merci Philippe et nous souhaitons beaucoup de succès à ce nouveau roman.
Habituée à manier la fiction et à dominer le réel, une romancière part travailler en Italie sans imaginer que des accidents vont venir bouleverser le cours de son existence et l'obliger à s'interroger sur ses choix, ses renoncements, ses attentes.
Louise, 40 ans, part s'installer dans une villa en Toscane pour écrire son roman. Elle abandonne à Paris son mari, François, meurtri mais résigné. À Livourne, ville portuaire ou règne une chaleur écrasante, tout l'enchante : la qualité du silence, la mer partout présente, l'incessant ballet des ferries vers les îles. Et cette parfaite solitude que seule vient déranger la présence discrète et dévouée de Graziella, la gouvernante qui s'occupe de la maison. Louise n'a jamais connu un tel sentiment de plénitude. Elle écrit l'histoire d'une femme qui doit réapprendre à vivre après la disparition de son mari. Les mots viennent à elle tout naturellement.
Un jour, un jeune homme sonne à sa porte. C'est Luca, le fils de Graziella. Élève à l'Académie navale, il porte ses vingt et un ans avec une grâce insolente. Jamais Louise n'aurait pu envisager d'être troublée par un garçon de cet âge. Tenter de résister au charme de Luca serait pourtant aussi vain que de vouloir échapper à la moiteur de l'été. Au moment où elle cède à la sensualité de ce corps qui l'attire, elle apprend qu'un accident de voiture a grièvement blessé son mari. Fiction, fantasme et réalité se télescopent, mais dans quel but ? Louise doit se rendre au chevet de François, plus vulnérable que jamais. Forte de cette ferveur inattendue qui lui a ouvert les yeux, elle sait que l'instant est venu d'affronter tous les mensonges accumulés avec les années, quelles qu'en soient les conséquences...
Il y a des paysages dont la simplicité peut éclipser tout ce qu'on avait contemplé jusque-là, des retranchements volontaires qui vous révèlent à vous-mêmes, des rencontres qui ne peuvent se produire que lorsqu'on a fait le vide autour de soi. Roman sur la solitude nécessaire de l'écrivain, une solitude ni oppressante ni douloureuse, mais émancipatrice, De là, on voit la mer est une ode à la liberté, celle qui implique de faire des choix, de sacrifier ce qui n'a plus de raison d'être, liberté sans concession, qui peut sembler brutale, égoïste et déterminée, mais qui permet seule de créer, d'aimer à sa guise, de tenir la barre de son existence sans se soucier des préjugés ni des vents contraires... Un magnifique portrait de femme, tranchante et résolue, larguant progressivement les amarres, s'affranchissant de tous ses liens pour voguer sereinement vers une destination connue d'elle seule.
Dernier article sur Philippe :
http://www.rezo-bazar.com/article-philippe-besson-retour-parmi-les-hommes-66878515.html
Monique Lahoste : Poésie d'automne.
Les circonstances de la vie n’ont pas permis à Monique de nous écrire pendant quelques mois. Elle nous revient avec ce magnifique poème : Évoquant ici, la fin de l’été, les couleurs de l’automne, s’achevant sur une note de Toussaint.
C’est superbe….. Merci.
Agonie
Le littoral a refoulé ses hordes de touristes,
balayé la plage de ses baraques à frites,
débranché la sono des fêtards éméchés,
rendu la nuit aux riverains côtiers.
A contre-pied s'en va l’été…
Volant d'ultimes coups de chaleur,
Septembre exhale ses senteurs d'automne;
L'été retient son souffle, tremble et frissonne,
jetant çà et là des orages d'humeur.
A contrecœur l'été se meurt...
L'été s'enfonce dans les vagues grises
qui lèchent la plage et agonisent.
Noyé de brumes matinales,
il rampe vers d'autre littoral.
A contre-pas l'été s'en va.
Il va par l'océan porter vers d'autres rives,
la douce tiédeur de la saison tardive,
il va roussir les champs, les feuilles de l'érable
et au pays lointain fleurir l'été indien.
L'été s'efface pour laisser place.
Déjà l'automne a planté ses couleurs,
enchante le promeneur,
la lumière va vers son déclin,
le jour capitule bien avant l'heure
tardant à s'allumer matin.
L'été s'endort, l'été est mort.
Bientôt sera le temps de la nature en pleurs.
Le vent décoiffera les arbres, la pluie fouettera le marcheur,
la campagne offrira son squelette en lambeaux,
il sera temps pour nous de fleurir les tombeaux.
(Septembre 2011)
Critique Littéraire ...l'affaire d'Antoine Eminian
Antoine Eminian nous a déjà proposé une douzaine de critiques de livres pour Rezo-Bazar, en abordant différents genres littéraires : le thriller avec « Avant d’aller dormir » de S.J.Watson, les voyages et explorations avec « Dictionnaire amoureux des explorateurs » de Michel Le Bris ou bien plus simplement les romans avec des auteurs aussi variés que Philip Roth, Jim Harrison, Jules Romains ou Christine Orban et j’en passe. Une courte interview s’imposait.

Antoine, je devine que tu dois beaucoup lire et depuis longtemps ?
C’est exact, encore que ce soit relatif, mais disons que je lis un bouquin par semaine. Tout petit, comme Obélix tombé dans la marmite de potion magique, moi je suis tombé dans les livres et je ne m’en suis jamais remis.
Et, si on se souvient qu’à l’époque de mon enfance (je suis né en 1952) la télévision n’est arrivée dans nos foyers qu’après que je sache lire, tout devient évident. Enfant, les livres m’ouvraient les portes du monde et qui aurait eu envie de les refermer ?
As-tu des genres littéraires préférés ?
En fait, ça dépend des époques. Aux différents âges de la vie nos intérêts évoluent et nos goûts changent, c’est aussi valable pour le choix de mes lectures. Pour faire court, disons que dans ma bibliothèque (j’ai dépassé les deux milles livres cette année) tu trouveras aussi bien tous les Harry Potter (si ! si !) que le marquis de Sade ; Raymond Chandler et Balzac, le Livre des Morts Tibétains et tous les Tintin, l’Histoire de France de Michelet et des bouquins du philosophe Michel Foucault, les romans d’Umberto Eco ou de Stephen King. Beaucoup de romanciers américains de Caldwell à Jim Harrison. Tous les genres pour tous les goûts.
Aujourd’hui, après avoir butiné à droite et à gauche, j’en reviens aux classiques et je me délecte particulièrement des écrivains ayant du style, Balzac, Proust, le XIXe siècle en général. Lire un texte bien écrit qui roule en bouche ou distille une petite musique muette, c’est pour moi le comble du bonheur.
Les critiques de livres parues dans Rézo-Bazar ont-elles été écrites spécialement pour nous ?
J’avouerai que non. En fait depuis cinq ans à peu près, j’ai découvert le plaisir d’écrire des critiques des livres que j’avais lus. Ca a redoublé mon plaisir de lire, car maintenant je lis en pensant à ma future critique, crayon en main je prends des notes au fur et à mesure que je lis un ouvrage. J’ai commencé par les placer chez Amazon qui en contrepartie me file régulièrement des bouquins gratuitement et un autre site sur Internet qui m’a contacté, en fait autant contre un article chez eux aussi. Du coup j’ai décidé de me lancer dans le grand bain.
C'est-à-dire ?
Je viens de créer un blog entièrement dédié aux livres. J’y ai placé toutes mes critiques (245 à ce jour) et il y en aura une nouvelle chaque semaine. J’ai prévu aussi d’écrire quelques textes liés aux livres (mon avis sur les liseuses électroniques, par exemple). Il y a aussi un « Top » de mes derniers coups de cœur de lectures. Dingue de lectures et de livres, j’espère faire partager ma passion aux autres. Car n’oubliez jamais cette vérité, « on n’est jamais seul avec un livre ».
Antoine, tu nous en as trop dit ou pas assez, où peut-on trouver ton blog ?
Il s’appelle LE BOUQUINEUR et il se trouve à cette adresse http://lebouquineur.hautetfort.com/
Alors, maintenant, Antoine a besoin de vous.
Afin de créer un frémissement sur la Toile et faire repérer ce blog par Google et les autres moteurs de recherches, pouvez-vous aller y jeter un œil pour en lire quelques pages et éventuellement le faire connaître autour de vous…
Il vous en remercie par avance.
On y va de suite !
http://lebouquineur.hautetfort.com/
Antoine Eminian : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi…
Notre sympathique critique littéraire Antoine
vient nous parler du livre de la rentrée dont le titre est interminable :
"La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi…" de :Rachel Joyce :
Je vous laisse découvrir:

Rachel Joyce qui vit en Angleterre a été durant plus de vingt ans scénariste et comédienne avant d’écrire ce premier roman qui vient de paraître. Je ne sais pas si La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… est le titre de roman le plus long de l’histoire de la littérature mais en tout cas il y entre par la grande porte, celle du talent.
Harold Fry reçoit une lettre
bouleversante de Queenie Hennessy, une ancienne collègue de bureau, lui apprenant qu’elle est en phase terminale d’un cancer. Pendant que sa femme vaque au ménage, Harold écrit aussitôt un petit
mot de réconfort et sort pour poster son courrier. Il ne reviendra pas chez lui, poussé par un élan irrésistible autant qu’irréfléchi, il part à pied rejoindre Queenie, du Sud de l’Angleterre à
la frontière Ecossaise, 87 jours de marche pour 1000 kilomètres de distance, persuadé qu’elle aura la force de rester en vie jusqu’à son arrivée.
Pourtant Harold est loin d’être un aventurier, âgé de 65 ans et à la retraite aujourd’hui, il était casanier, menant une vie insipide. Un employé effacé voire inexistant. Sa vie de couple avec Maureen n’est plus qu’une histoire ancienne, après 47 ans de mariage ils ne se parlent plus et leur fils David ne vient plus les voir. Comment un personnage aussi falot peut-il se lancer dans une telle entreprise aussi contradictoire avec son caractère et la manière dont il a toujours vécu, c’est ce que Rachel Joyce réussit à nous faire comprendre et accepter.
Ce long voyage sera une catharsis non seulement pour Harold mais aussi pour Maureen. La marche est un exercice physique qui tend à libérer l’esprit et Harold va en faire l’expérience. Les souvenirs vont remonter des zones sombres de son esprit où ils étaient enfouis et oubliés. Chaque page va nous révéler un petit bout de la vie du modeste héros, chaque chapitre nous en dit un peu plus sur un passé qui s’avère plus troublant au fil de la lecture.
De son côté Maureen, abasourdie par la décision d’Harold et se retrouvant seule à la maison, prend conscience de ce qu’était devenue leur vie et elle aussi, à coup de souvenirs et de remords va tenter de recoller les morceaux du puzzle d’une vie où ils vécurent heureux jadis. Un couple en lambeaux, deux êtres qui n’ont même plus les mots pour se comprendre.
Tout est absolument remarquable dans cet ouvrage, chaque page est un plaisir de lecture car Harold durant son pèlerinage expiatoire va rencontrer des gens qui tous ont une histoire ordinaire mais émouvante ou bien un geste amical pour ce pauvre vieux vagabond. La construction du roman est magnifiquement aboutie, au fur et à mesure que l’on avance aux côtés d’Harold, parfois les larmes aux yeux, c’est son passé qu’on voit se reconstruire et l’épilogue nous livre la fresque dans sa totalité pour révéler la vérité totale sur Harold et Maureen et Queenie.
Je pense que vous avez compris qu’il s’agit d’un superbe roman fait de gens ordinaires, d’amour et de mort, une leçon de vie magistrale qui fera un merveilleux film dans la veine de celui de David Lynch, Une Histoire vraie (1999) où un vieil homme de 73 ans en mauvaise santé se lançait dans une expédition sur sa tondeuse autoportée pour retrouver son frère qui venait d’avoir eu une attaque.
« - Pour quelle raison Queenie a-t-elle disparu ? – Je l’ignore. Des bruits ont couru. Mais c’était une période difficile pour Harold et moi. Il ne m’a jamais rien dit et je n’ai rien demandé. Nous sommes ainsi, Rex. Aujourd’hui, tout le monde déballe ses secrets les plus intimes. Quand je lis les magazines people chez le médecin, j’en ai le vertige. Mais pour nous, c’était différent. Une fois, nous nous sommes dit beaucoup de choses. Des choses que nous n’aurions pas dû dire. Au sujet de la disparition de Queenie, je n’avais pas envie de savoir. »
Rachel Joyce La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… Editions XO
Ce livre dont le titre anglais « The Unlikely Pilgrimage » paru en septembre 2012, fut sélectionné dans la 1ére liste
des 12 livres sur 145 titres de la Fondation anglaise du "Man Booker Prize."
Il ne passera pas le cap des 6 dernières pour la sélection du 16 octobre 2012. Dommage, quel talent ! Quelle émotion ! Merci Antoine de nous inviter à lire ce livre qui vient de paraître. Je crois qu'il va plaire!
Rick Bass : Le journal des cinq saisons par Antoine Eminian
Voici Antoine, avec un nouveau livre à découvrir: le journal des cinq saisons. Curieux d'en avoir ajouter une!.... Bon repos aux vacanciers!
Rick Bass, écrivain et
écologiste américain engagé, est né en 1958 à Fort Worth (Texas).
En 1987 il déménage avec sa famille dans la vallée du Yaak, à l’extrême nord-ouest du Montana. Là, il œuvre à la protection de sa région d'adoption, en particulier contre les routes et contre l'exploitation forestière. C'est ainsi que Rick Bass a été l'un des fondateurs de l'Association de sauvegarde des forêts de la vallée du Yaak. Il a également fait partie de plusieurs associations écologistes comme les Round River Conservation Studies, le Sierra Club ou la Montana Wilderness Association.
Son dernier bouquin paru, Le journal des cinq saisons, nous décrit sa vie dans cette région sauvage du Montana, à la frontière avec le Canada, où il réside désormais avec sa femme et ses deux petites filles. Comme l’indique le titre, il s’agit d’un journal mais rédigé à l’échelle des mois.

Non loin de sa demeure, Rick Bass a aménagé une cabane en rondins, en bureau où il écrit ses romans et ce journal. Sa fenêtre donne sur le marais et il se trouve aux premières loges pour admirer le paysage et la faune qui l’habite. Pour autant, ne croyez pas que le lieu soit réellement confortable, quand il gèle à l’extérieur, son feu de bois ne suffit pas à le réchauffer et il doit écrire avec des gants aux mains.
Ecologiste passionné, Rick Bass nous fait vivre une année entière dans cette vallée reculée du Montana, l’un de ces derniers endroits où la nature est presque restée en l’état originel. Avec lui nous vivrons l’hiver rigoureux fait de neige épaisse et d’un froid glacial inhospitalier qui le font s’interroger, « vous en venez invariablement à ce stade à vous demander si les humains, ou au moins votre race d’humains, sont faits pour vivre à longueur d’année sur une terre aussi sombre et privée de lumière ». Par contre en été, ce sont les feux de forêts du mois d’août qui sont redoutables et nous valent de belles pages écrites à la sueur de son front, suées d’efforts et de craintes devant l’incendie qui progresse vers sa maison.

Les mois défilent, chacun ayant ses caractères propres et bien connus par l’auteur, la vie est rude comme on l’imagine, mais s’y intercalent des périodes magiques, le temps de la cueillette des airelles et des confitures, l’époque de la chasse au cerf où la quête vaut plus que la proie. Il y a aussi la solidarité entre les voisins, les repas entre amis qui passent au moment des fêtes et les longues randonnées en solitaire dans ces immensités sublimes.
Si le sujet m’intéressait, les premières pages du livre m’ont paru décevantes, il ne s’y passait pas grand-chose, il y avait aussi beaucoup de répétitions et des longueurs, rien de brillant dans l’écriture. Et puis j’ai compris, ce rythme faussement lent, c’est celui du temps qui s’écoule inexorablement. Ce temps autre, qui distingue l’homme des villes de celui des campagnes. Alors la lecture devient apaisante et notre rythme interne se calque sur celui de la nature, ce flux temporel qui fait que le monde est monde depuis la nuit des temps.
Quant à la cinquième saison évoquée par Rick Bass dans le titre de son ouvrage, elle ne sera révélée qu’à ceux qui prendront le temps de lire ce bouquin remarquable.
« Le spectacle de toutes ces libellules est apaisant, comme le marais l’est toujours, et il me vient à l’esprit que souvent, ce sont les deux pôles des extrêmes qui nous rassérènent. La paix peut nous être rendue par l’austérité, et pourtant nous pouvons aussi être réconfortés par la munificence absolue : l’étal de fruits avec ses myriades de couleurs vibrantes, de riches parfums, de chairs tendres, le fumoir plein de ses viandes exposées, le bûcher débordant de rondins, l’immense jardin dans sa diversité luxuriante… »
Rick Bass Le journal des cinq saisons Christian Bourgois
"Quant à la cinquième saison .... elle ne sera révélée qu’à ceux qui prendront le temps de lire ce bouquin remarquable.".
Voila.... Tout est dit.... Courrez chez votre libraire ou sur Internet pour le commander. Merci Antoine pour le suspens!.....
Howard Jacobson : La Question Finkler par Antoine Eminian
Antoine nous surprend toujours ! Il nous parle ici d’un sujet difficile et tabou.
Comédie humaine ? Certains parleront de ce roman comme irrévérencieux, je ne le crois pas. L’auteur nous dira, « je ne vois pas l’intérêt d’écrire, sans humour ! ». J’y trouve là, le point commun avec Antoine !!!
En tout cas bravo pour cette excellente critique littéraire.
Howard Jacobson né en 1942 à Manchester, est écrivain et journaliste anglais. Après des études en Angleterre et en Australie jusque dans les années 70, il commence à écrire au début des années 80 tout en étant journaliste. Howard Jacobson a publié une dizaine de romans, inédits en France, dans une veine comique où il se plaît à mettre en scène des personnages qui se définissent par leur judéité britannique. La Question finkler a obtenu le prestigieux Booker Prize en octobre 2010.

Julian Treslove et Sam Finkler sont amis d’enfance quant à Libor Sevcik c’est leur ancien professeur d’histoire. Chacun a mené sa vie de son côté, Sam et Libor sont veufs, Julian multi-divorcé. Après une soirée passée avec ses deux amis chez Libor, Sam se fait attaquer et voler, en pleine rue sur le chemin de son appartement. Ce qui ressemble à un banal incident, va particulièrement troubler Julian, l’obsédant jusqu’à en décortiquer chaque seconde de ce court instant et l’amenant à la conclusion qu’il a été attaqué parce qu’on l’a pris pour un juif. A partir de là, Julian Treslove va chercher à se comporter comme un véritable juif, s’imaginant et voulant croire qu’il en est un.
Si Julian est le personnage principal du roman, c’est aussi parce qu’il en est le plus atypique, il n’est pas juif et il exerce le métier de sosie, mais un sosie paradoxal puisqu’il ne ressemble à personne en particulier et à tout le monde en général. D’une certaine manière, Julian est le lecteur lambda, un non juif quelconque qui veut découvrir ce que le terme de « juif » recouvre aujourd’hui, que ce soit en tant que religion, traditions et rites, langue, culture, place dans le monde, sans oublier le terrorisme, la shoah, les palestiniens etc.
Sam et Libor étant des modèles de juifs peut-être pas opposés, mais différents. Sam Finkler est contre la politique menée par l’Etat d’Israël au point qu’il en a honte, allant même jusqu’à créer un club d’intellectuels nommé « Société des juifs honteux », tandis que Libor Sevcik est un juif plus âgé, intellectuel modéré, vivant dans le souvenir de sa femme défunte.
Entre Julian qui voudrait être plus juif qu’un vrai juif, Sam un réel juif qui a honte de ce qu’il est et Libor qui s’accepte tel qu’il est, Howard Jacobson réussit une formidable mise en abîme sur le questionnement de l’identité juive. La question finkler c’est la question juive et ce tour de passe-passe sémantique où le nom d’un de ses personnages remplace le mot « juif » est déjà très drôle en soi. J’imagine que l’auteur est juif lui-même, car il se permet d’aligner tous les clichés antisémites de manière humoristiques sans crainte de briser le consensus du politiquement correct. Plusieurs fois je me suis surpris à relire des phrases, pour être certain qu’il s’agissait d’humour et non de diffamation, tant il vrai qu’aujourd’hui on se demande parfois « s’il était encore possible d’user du mot « juif » dans un lieu public. (…) dans ce monde d’enragés, c’était comme allumer la mèche de toutes sortes de violences et d’extrémisme. »
Le roman est tour à tour, désopilant et drôle (le rôle du prépuce dans le plaisir sexuel), instructif sur certains aspects des traditions juives, émouvant quand les veufs évoquent leurs épouses, agaçant quand Julian Treslove se fait pleurnichard ou carrément chiant quand il laisse son imagination déborder. J’ai aussi regretté quelques longueurs, mais globalement c’est très réussi et enfin on peut lire un bouquin sur les juifs sans tomber dans la compassion ou le morbide.
« Je veux les rites, lui avait-il dit. Je veux la famille, je veux le tic-tac quotidien de la pendule juive. Mais à peine les lui avait-on donnés qu’il avait battu en retraite. Elle l’avait emmené à la synagogue – évidemment pas celle d’à côté où on priait avec le keffieh – et cela ne lui avait pas plu. Ils ne font rien d’autre que remercier Dieu de les avoir créés, se plaignit-il. Mais à quoi sert d’avoir été créé si tout ce qu’on fait de sa vie, c’est remercier Dieu ? »
Howard Jacobson La Question Finkler Calmann-Lévy
Sylvain Tesson : Dans les forêts de Sibérie par Antoine Eminian
Voici, qu'arrive la période, où il fait bon lire dans son fauteuil, avec la douce chaleur du soleil printannier.
Antoine, notre critique littéraire vient nous surprendre avec ce roman, que vous ne manquerez pas d'acheter.
Un livre qui devrait intéresser les membres du Rézo-Bazar, car nombreux sont ceux qui me ravissent avec leurs récits de voyages lointains illustrés de photographies qui font rêver. Voyage, mais surtout quête spirituelle, le bouquin de Sylvain Tesson a été encensé par beaucoup de critiques depuis sa sortie l’an dernier et, c’était bien mérité.
Si vous ne l’avez pas encore lu, peut-être que cette chronique vous en donnera l’envie…
Sylvain Tesson né en 1972 est écrivain et voyageur, fils du journaliste Philippe Tesson. Géographe de formation, il voyage la
plupart du temps par ses propres moyens, c'est-à-dire sans le soutien de la technique moderne, en totale autonomie. Ses expéditions sont financées par la réalisation de documentaires, par des
cycles de conférences et par la vente de ses récits d'expédition. Il obtient le prix Goncourt de la nouvelle en 2009, pour Une vie à coucher dehors.
Sylvain Tesson a passé six mois de février à juillet 2010, en ermite dans une cabane au sud de la Sibérie, sur les bords du lac Baïkal, non loin d'Irkoutsk. C’est cette expérience qu’il relate dans son nouveau bouquin, Dans les forêts de Sibérie, présentée sous la forme d’un journal intime.

On passe rapidement sur les préparatifs, la liste du matériel essentiel à emporter, la liste des bouquins à emmener, « sachant qu’il ne faut jamais voyager avec des livres évoquant sa destination » nous prévient l’auteur et surtout, des cigares et des litres de vodka, compagnons des joies et des peines, et pour la vodka compagnon tout court, car le gars tête plus souvent qu’à son tour !
Je me suis immédiatement plongé avec une délectation gourmande dans ce roman, car dès les premières pages j’ai eu la sensation étrange que Sylvain Tesson l’avait écrit pour moi exclusivement, mettant sous mes yeux mon rêve le plus intime.
« Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. »
De tous temps certains hommes ont eu le besoin de s’éloigner des autres, de vivre en ermite pour des motifs divers, spirituels pour trouver leur Dieu, ou bien plus simplement pour retrouver l’essentiel de leur condition d’humain.
C’est cette seconde voie qui anime l’écrivain, se délester de tout ce superflu que nous offre la modernité, ce mirage du bonheur, revenir aux basiques, pêcher pour se nourrir, couper son bois pour se chauffer et en savourer la juste valeur. Et surtout, luxe suprême à notre époque, être maître de son temps.

Dans sa cabane, Tesson n’a pas de téléphone qui sonne (si, un téléphone satellitaire pour les urgences uniquement), d’ordinateur avec les emails qui tombent sans arrêt, d’obligations sociales de toutes sortes. Il n’a que ses besoins physiologiques à satisfaire au prix d’efforts qui leurs restituent leur juste valeur. Et il possède le temps, il passera des heures à contempler les mésanges devant sa fenêtre, à écouter les craquements de la glace recouvrant le lac Baïkal gelé, à lire et écrire sur sa table de bois construite de ses mains. « Avoir peu à faire entraîne à porter attention à toute chose » constate-t-il justement.
En feuilletant le bouquin pour écrire cette chronique, je constate que j’y ai souligné un nombre invraisemblable de phrases et de passages, tous s’adressent à moi et me disent : Le monde tel que nous le vivons n’est pas la vraie vie, tout ce qui nous éloigne de la Nature nous éloigne du bonheur; sachons prendre le temps d’apprécier chacun des gestes qui ponctuent nos journées, sachons apprécier le spectacle offert par une pluie de printemps ou une tempête de neige en hiver.
La cabane chère à Sylvain Tesson est, paradoxalement, un luxe pour beaucoup d’entre nous, alors à défaut contentons-nous d’en retenir les enseignements généraux, « habiter le silence est une jouvence », « la virginité du temps est un trésor », pour les reproduire avec nos moyens, dans notre vie quotidienne.
« L’ennui ne me fait aucune peur. Il y a morsure plus douloureuse : le chagrin de ne pas partager avec un être aimé la beauté des moments vécus. La solitude : ce que les autres perdent à n’être pas auprès de celui qui l’éprouve. A Paris, avant le départ, on me mettait en garde. L’ennui constituerait mon ennemi mortifère ! J’en crèverais ! J’écoutais poliment. Les gens qui parlaient ainsi avaient le sentiment de constituer à eux seuls une distraction formidable ». « Réduit à moi seul, je me nourris, il est vrai, de ma propre substance, mais elle ne s’épuise pas… », écrit Rousseau dans les « Rêveries. »
Sylvain Tesson Dans les forêts de Sibérie Gallimard
Un autre regard sur la beauté de notre monde.... Merci Antoine.
Le rondel de Noël par Monique lahoste
Notre collègue et ambassadrice parisienne est venue nous souhaiter un joyeux Noël tout en poésie!... Cette fraîcheur nous ravit! Merci Monique ! C’est encore une fois très beau.
L'équipe des ambassadeursse joint à Elle pour vous souhaiter un:
Joyeux Noël !
Le rondel de Noël
Des étoiles aux mille carats
Embrasaient la voute du ciel,
Formant ainsi une tonnelle,
Sur la crèche, un dais d'apparat.
Oyez la voix surnaturelle
Des anges aux chants délicats.
Des étoiles aux mille carats
Embrasaient la voute du ciel.
Le monde entier resta béat
Devant cet enfant de Noël,
Messie de la bonne nouvelle
Sans falbala mais dans l'éclat
Des étoiles aux mille carats.
Décembre 2011
Mikeno (Monique Lahoste)

Monique, notre poète invite ceux qui aiment la poésie.
Monique Lahoste, ne vient pas aujourd’hui nous proposer de lire un de ses poèmes, mais elle nous invite à une rencontre…une conférence…tout en poésie.
Voici son message :
Sous l’égide des Amis de la Poésie à Montmartre, du Journal à Sajat, de la revue Le Cerf-Volant [Directeur Jean Colin]
Avant leur soirée à La Cave à Poèmes [Direction G. Trougnou]
et leur passage aux Tréteaux de la France Courtoise, (Émission théâtrale animée par Yves Tarantik)
Venez entendre :
" La place du Poète et de la Poésie dans la Société Contemporaine."
Conférence par Chaunes et Sylvoisal.
Deux de nos plus féconds aèdes contemporains (1)
Lundi 5 décembre 2011, à 15 h
Café Restaurant : le François Coppée
1er étage.
1 Bd Montparnasse
75006 Paris
Métro : Duroc
Entrée gratuite, consommation obligatoire.
Globe-trotteurs et philosophes, conférenciers internationaux mariant avec bonheur humour et lucidité, fougue et acuité intellectuelle, Poésie et Philosophie, ils vous feront voyager entre Occident et Asie, de Paris à Kiev, de Pékin à Shanghaï, ou à Wuhan, mais aussi et plus simplement de Genève à Turin, comme de Munich à Barcelone.
Pour nous ils traiteront notamment du rapport entre Science et Poésie.
Nul doute qu’ils évoqueront encore leur ambition pour la Défense et l’Illustration de la Poésie Française et l’orgueil qu’ils entendent insuffler aux poètes contemporains pour, disent-ils ...bâtir des cathédrales à la hauteur de celles d’autrefois ou si possible plus grandes encore. [In, Manifeste : Contre la démission des poètes].
Venez assister à cette conférence originale qui approfondit le phénomène de la création poétique et la place du Poète dans la société contemporaine.
(1. ) La liste de leurs ouvrages parutions [Ed. l’Âge d’Homme] est trop longue pour être donnée ici. Les personnes intéressées pourront les trouver sur place.
Voilà une agréable et intellectuelle occupation dans cette période de frilosité qui commence!
Merci Monique.
Parution chez L'Harmattan : "L'Architecte et sa Reine", de Martine Mallein
Le livre : "L'Architecte et sa Reine", de Martine Mallein Leguédois, parait « en GRAND » ! Le livre comprend 240 pages, au format 15x24 et est enrichi de nouvelles photos. Nous vous en avions parlé, il y a quelques mois. Aujourd’hui, le livre de Martine que nous avons bien connue au BHV, paraît chez l’éditeur l'Harmattan.
C’est un vrai plaisir !
Martine peut vous l'envoyer avec dédicace personnalisée (Bonne idée pour Noël), au prix de 25€, port compris en lui envoyant un mail, ou en écrivant au blog rezo-bazar. A commander rapidement pour ceux qui voudraient l’acheter à la réunion du 14 novembre 2011. Conditions de commande chez l’éditeur en bas de cet article.
Voici ce qui est dit par l’éditeur :
Blotti sous la colline verdoyante où le château de Verneuil est en cours de construction, le petit hameau de Mont-la-ville, pendant les guerres de religion, se révèle un havre de paix à quelques lieues de Paris où vit, la famille huguenote des Androuet du Cerceau, architectes de père en fils, des reines et rois de France.
Salomon de Brosse, l'un des petits-fils, est attaché au service de Marie de Médicis toute sa vie durant. Cette reine florentine unie à Henri IV, à l'esprit capricieux, versatile, impérieux, dominateur, nous entraîne, pendant sa régence dans de folles tribulations aux côtés des Concini, de Richelieu et de son fils, le mal aimé Louis XIII.
Amis un jour, ennemis le lendemain. La souveraine, ambassadrice de l'art italien, confiera pour sa plus grande gloire, à Salomon, la construction du Palais du Luxembourg que toutes les cours d'Europe vont lui envier. Les princes proches de la famille royale reconnaîtront l’immense talent de l'architecte. Il deviendra alors incontournable pour théâtraliser leur appétit de grandeur.....
Verneuil en Halatte
L’Auteur
Martine Mallein nous présente son premier livre. Passionnée par l'art italien des Quattrocento et Cinquecento, étonnée par le parcours auprès des rois de France de cette famille protestante des Androuet du Cerceau, elle a cherché à mieux les connaître par l'intermédiaire de Salomon de Brosse, le fils de Julienne Androuet.
Elle a voulu ainsi rendre hommage à celui qui a construit le Palais du Luxembourg et dessiné les maisons de la cité de Sully, Henrichemont (Cher).
Le Thème:
« Trois femmes prestigieuses feront la carrière de Salomon de Brosse. Elles sont libres, célèbres et illustres. C’est tout d’abord Marie de Medicis avec le Palais du Luxembourg, Répondant aux souhaits de la régente pour lui bâtir « sa maison », Salomon de Brosse « conçut une résidence urbaine, d’une apparence très proche du palais Pitti de Florence .....
. C’est « Charlotte de Vieuxpont qui appartient à ces premiers cercles artistiques et raffinés où l’on rencontre des représentants d’une société civile qui se cherche et se veut spirituelle, galante et cultivée, avec Blérancourt (Aisne).....
C’est enfin Catherine de Gonzague, cousine d’Henri IV, qui possède d’immenses domaines et est assurée de revenus considérables...Elle bâtira un château aux mille statues à Coulommiers.
« Toutes trois vont faire confiance à Salomon afin de réaliser leur rêve de luxe, de grandeur, d’éclat, de gloire, de puissance, se bâtir un palais répondant à leurs aspirations profondes de distinction et de beauté architecturale… »
« En quinze ans, Salomon, architecte à la mode...... joue avec la superposition des trois ordres, abandonnant l’ordre colossal, il ornemente les murs entre les pilastres par de simples trumeaux. Il crée des galeries en demi-cercle, surmontées de terrasses, invente le pavillon d’entrée qui devient porte cochère dans ses réalisations parisiennes. Progressivement, il voudra oublier la brique au seul profit de la pierre qui sera le matériau privilégié utilisé à l’époque de Louis XIV. »
Salomon de Brosse
COMMANDES chez l’éditeur :
- au Comptoir Harmattan :
7, rue de l’École-polytechnique
75005 Paris
Tél. : 01 40 46 79 20
Fax : 01 4 3 25 82 03
- sur le site web :
Prix : 24 €
Frais de port : 3 € pour le premier ouvrage + 0,80 € par ouvrage suivant
- ou chez votre libraire