livres et poesies
Antoine Eminian nous parle du Livre "Pereira prétend"
Notre critique littéraire revient ce mois-ci pour vous
suggérer un livre
d'Antonio Tabucchi : "Pereira prétend".
Ce roman captivant fut porté au cinéma avec Marcello Mastroianni et Daniel Auteuil en 1996, si le DVD existe : ne le manquez pas.
Offrez moi un livre, je vous en serai reconnaissant pour la vie, c’est ce à quoi je pensais quand j’ai reçu par la poste ce bouquin
offert par Le Cercle de la Pléiade pour me remercier de ma « participation enthousiaste » à leur enquête sur leur collection. Après lecture
je ne peux que les en remercier encore plus chaleureusement.
Antonio Tabucchi est né en Italie en
1943. Ecrivain, il rédige aussi des chroniques pour des journaux italien (Corriere della Sera), espagnol (El
Pais), français (Le Monde). Grand connaisseur et traducteur de l’œuvre de Fernando Pessoa le romancier portugais, il s‘est tellement passionné
pour ce pays que le Portugal est devenue sa seconde patrie.
Avec ce roman, Pereira prétend paru en 1994, Antonio Tabucchi raconte la prise de conscience d’un homme confronté à la dictature. L’action se déroule à Lisbonne en 1938. Pereira est un vieux journaliste, après avoir longtemps tenu la rubrique des faits divers, on lui a confié la page culturelle d’un petit journal. Il rédige la page hebdomadaire seul, traductions de textes d’écrivains français et chroniques nécrologiques d’écrivains décédés. Veuf et atteint d’embonpoint il mène une petite vie tranquille toute entière dévouée à la littérature, peu au fait des évènements politiques qui commencent à agiter le monde. Le fascisme étend ses tentacules sur l’Europe, l’Allemagne, l’Italie de Mussolini, l’Espagne et sa guerre civile, le Portugal commence à subir la dictature de Salazar. Tout cela Pereira l’ignore, son monde solitaire se résume à son bureau dans un immeuble indépendant de celui du journal, son appartement où il parle à la photo de sa femme et le café où il a ses habitudes de restauration. « Mais dans quel monde vis-tu, toi qui travailles dans un journal ? » s’étonne un ami prêtre auquel en bon catholique il se confesse régulièrement.
Un jeune homme va bientôt entrer dans sa vie professionnelle, il l’engage comme stagiaire afin qu’il rédige les nécrologies. Bien que les copies rendues soient de mauvaise qualité, Pereira prend pitié du pauvre garçon toujours sans le sou et continue à le rétribuer. Petit à petit, le journaliste va faire connaissance avec la fiancée du stagiaire, on va lui demander de maigres services, puis d’aider à héberger un cousin étranger, activiste dans la résistance à l‘Espagne franquiste. Pereira accepte tout, par pure gentillesse et en toute innocence.
Tout doucement les tentacules de la « bête immonde » vont s’enrouler autour du journaliste, le téléphone de son bureau est surveillé, ses articles littéraires sont critiqués par son directeur qui ne les trouve pas assez patriotiques. Enfin un jour, trois sicaires en civil de la police politique font irruption chez Pereira et tuent le stagiaire que Pereira venait de recueillir à son retour d’une longue absence de Lisbonne. Ce meurtre va enfin ouvrir les yeux du journaliste, dans l’urgence il écrit un article dénonçant clairement le crime et grâce à une complicité réussir à le faire paraître dans son journal au nez et à la barbe de la censure.
Tout le talent d’Antonio Tabucchi est d’avoir écrit ce roman, non pas dans un style énergique proche du polar ou dans une débauche de considérations politiques, critiques à l’appui sur le rôle du journaliste face à la dictature etc. Au contraire, l’écrivain nous prend à contre-pied, le ton du roman est léger, de courtes phrases et de minces chapitres, la vie de Pereira est simple et sans heurts, aucun coup d’éclat. Lentement de petits faits viennent ternir ce tableau idyllique, une réflexion d’un garçon de café sur ce qui se passe en Espagne, une conversation avec une inconnue d’origine juive rencontrée dans le train, les propos de son médecin traitant qui envisage de s’expatrier, tous tissent le décor d’un monde bien réel et répugnant dont Pereira va prendre connaissance inconsciemment jusqu’à éveil et son geste de révolte final.
Pour autant le livre s’achève dans l’expectative, quel sort va connaître Pereira ? Seul indice pessimiste donné par Tabucchi, tout le livre est ponctué de « Pereira prétend », comme si nous lecteurs, lisions la déposition écrite d’un homme arrêté par la police.
« C'est une lecture politique de mon roman qui est responsable de son succès. Pereira prétend est arrivé au bon moment. Sans que je l'aie prévu. Il est sorti en janvier 1994, trois mois avant les élections qui ont vu la victoire de Berlusconi et de sa droite douteuse, typiquement italienne. Beaucoup de gens se sont reconnus dans le personnage et l'époque. Ils ont découvert dans l'air qu'ils respirent aujourd'hui quelque chose qui ressemble aux années 40, celles des Salazar, Franco, Mussolini et Hitler. Surtout, ils ont perçu le livre comme l'histoire d'une mort et d'une renaissance civique dans un environnement nationaliste, xénophobe et raciste. Et Pereira est devenu le symbole, le porte-drapeau de tous les opposants, de tous les résistants à cette droite berlusconienne » déclarait Antonio Tabucchi dans Lire Juillet 1995.
Un livre magistral, simplicité d’écriture et profondeur de propos, le mariage parfait. A lire impérativement.
« C’est à ce moment-là que Pereira se souvint d’une phrase que lui disait toujours son oncle, lequel était un lettré manqué, et il la prononça. Il dit : la philosophie donne l’impression de s’occuper seulement de la vérité, mais peut-être ne dit-elle que des fantaisies, et la littérature donne l’impression de s’occuper seulement de fantaisies, mais peut-être dit-elle la vérité. Monteiro Rossi sourit et dit que ça lui paraissait être une bonne définition pour les deux disciplines. »
Antonio Tabucchi Pereira prétend Folio
Merci Antoine pour cet excellent article!
Philippe Besson … « Retour parmi les hommes » avec interview
Philippe Besson, nous l’avons connu comme ancien RRH au BHV de 1989 à 1994.
Nous l’apprécions et nous avions déjà eu l’occasion de publier un article lors de la sortie de son roman la Trahison de Thomas Spencer
( Blog : 15 janvier 2009 : livres-nouvelles ou par
l'historique).
Parution de son livre :
Retour parmi les hommes.
L’histoire :
Voici dix ans que l’histoire de Vincent, héros de son premier roman, n’est pas terminée.
Les lecteurs avaient envie d’une suite et Philippe nous fait la joie de donner une suite à son roman. Qu’est donc devenu le héros de ce grand prix littéraire : Vincent de l’étoile ?
Sept années d’exil vagabondant l’Italie, l’Afrique, la traversée de l’Amérique dans les années folles et le retour en France en 1923, c’est là qu’il rencontre Raymond Radiguet le jeune auteur du"diable au corps"…. Chut…. A vous de découvrir la suite de ce roman qui fera certainement l’objet d’un nouveau prix littéraire… En tout cas le réseau-bazar le souhaite.
Que penser du livre ?
« Vincent me ressemble beaucoup dans sa façon d’être itinérant, de vagabonder, de passer d’un pays à l’autre. … Mon mouvement naturel, c’est toujours de partir, ne pas rester, il me faut mettre de la distance » dira t’il dans une émission littéraire télévisée sur la 2.
C’est cette idée qu’on retrouve dans son livre, avec aussi un sentiment d’angoisse de la disparition ou de la séparation.
Toute la première partie du livre parle de l’exil. Philippe aime les voyages, l’exil, les pays marqués par la modernité et les mouvements. Il sait que l’on en revient un jour!
Comme toujours, Philippe Besson est surprenant, il étonne par ces personnages littéraires qui arrivent naturellement dans son roman que ce soit Proust dans « En l’absence des hommes » ou « Radiguet » dans celui-ci « Retour parmi les hommes ».
Bel exercice de style, Philippe, Chroniqueur et Critique littéraire, sait manier le verbe et les mots. Le style est construit et équilibré.
Rappelons qu’ « en l’absence des hommes », livre culte, s’est vendu à plus de 80 000 exemplaires.
Dans le cadre du réseau, nous avons interviewé Philippe.
Bonjour Philippe, pouvez-vous nous dire un petit mot sur votre dernier roman ?
« Que vous dire ? Ce roman ne marque pas seulement le retour de Vincent, héros de mon premier roman publié en 2001 ("En l'absence des hommes"), il marque aussi le renouement avec une certaine innocence. Probablement parce que je l'ai écrit loin de Paris, dans le décalage horaire, cerné par une langue qui n'était pas la mienne, déraciné en quelque sorte.
J'ai voulu raconter la tentation de l'exil, ce désir de tenir la douleur à distance. Mais on finit toujours par revenir et par affronter ses fantômes. C'est ce que fait Vincent, c'est que j'ai fait moi aussi. »
Merci Philippe de votre simplicité et d’avoir pris le temps de nous écrire ce message.
Nous souhaitons un très vif
succès à votre nouveau roman : « Retour parmi les hommes. »Nous espérons ne pas attendre dix ans pour une suite... Vincent est encore jeune!
Bonne lecture à tous.
Pour mémoire livres de Philippe Besson:
- 2000 En l’absence des hommes. (repris en film)
- 2001 Son frère (repris en film)
- 2002 L’arrière saison.
- 2003 Un garçon d’Italie (repris en film)
- 2004 Les jours fragiles (repris en film)
- 2005 Les amants.
- 2005 48 heures au Lutétia
- 2005 Un instant d’abandon
- 2006 L’enfant d’octobre
- 2007 se résoudre aux adieux
- 2008 Un homme accidentel
- 2009 La trahison de Thomas Spencer
- 2011 Retour parmi les hommes (chez Julliard paru le 06 01 2011)
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Livre : Mes ports d’attache de Louis Nucéra
Un peu de retard en ce début d'année, mais les 536 membres du rezo-bazar devaient recevoir nos voeux, le bulletin et la nouvelle liste par courrier... étaient la priorité!...
En ce début 2011, recevez les voeux les meilleurs de tous nos ambassadeurs; en fins gourmets, nous vous offrons la recette du gateau 2011 et vous laissons le soin d'y apporter la cerise! Ingrédients :
- 1 louche de joies et de rires,
- 1 cuillère de santé,
- 1 zeste d'humour,
- 1 pincée de tendresse,
mélangez le tout avec un peu de bonne humeur et appréciez!...
Heureusement notre critique littéraire :Antoine Eminian, vient régulièrement animer ce blog et il nous parle ici d'un livre "attachant"!... Je crois que vous allez le commander très vite chez votre libraire!....
Louis Nucéra : Mes ports d’attache
Louis Nucéra est né le 17 juillet 1928 à Nice et mort le 9 août 2000 à Carros. Ecrivain français, il reçoit le Prix Interallié en 1981 et le Grand Prix de Littérature de l'Académie Française en 1993 pour l’ensemble de son œuvre. Après avoir pratiqué différents métiers tels que employé de banque, journaliste, attaché de presse dans une maison de disques (Philips), directeur littéraire chez Lattès, il se consacre enfin à l’écriture et publie son premier roman L’obstiné en 1970. Mes ports d’attache date de 1994. Passionné de vélo, on en trouve de multiples traces dans son œuvre, c’est cette passion qui le tuera, fauché par un chauffard.
Je ressors de la lecture de ce livre subjugué, ce roman n’est pas un vulgaire bouquin, il dépasse complètement ce concept, en fait c’est un trésor, le genre d’objet qu’on voudrait garder à ses côtés perpétuellement pour pouvoir s’y ressourcer à loisir, y puiser des forces pour vivre, s’y alimenter comme le prêtre étaie sa foi en lisant et relisant son missel. L’expression consacrée serait d’écrire qu’il restera l’un de mes livres de chevet.
Quand Nucéra parle de ses ports d’attache, il évoque les amitiés qu’il a
entretenues durant toute sa vie avec d’illustres inconnus tout autant qu’avec des écrivains, des poètes ou des chanteurs qui étaient l’un et l’autre. Tous amoureux de la langue française et
portant aux nues des valeurs fortes comme l’amitié. Chaque page de ce livre sue l’amour du prochain et ces serments « à la vie à la mort » qu’on ne dit pas mais qui n’en ont que plus de
valeur.
Quel diable d’homme que ce Louis Nucéra ! Quel parcours ! Grand ami de Joseph Kessel, il croisera les vies de Jean Cocteau, Cioran, Henry Miller, Romain Gary, André Hardellet entre mille autres. Nous sommes à ses côtés quand il raconte des dîners avec René Fallet, Antoine Blondin, Alphonse Boudard et Georges Brassens ; on respire l’odeur des cuisines familiales et l’on entend le bruit des bouteilles de vin qu’on débouche, mêlé aux conversations qui dureront jusqu’à pas d’heure. Ce Georges Brassens auquel il consacre de très longues pages passionnantes et émouvantes. Louis Nucéra dévoile des moments d’intimité avec tous ces illustres, comme des secrets qu’on ne révèle qu’à ses amis, nous ses lecteurs. Le livre est une longue litanie d’hommes aussi grands par le talent que par leur modestie.
Ecrit avec beaucoup d’élégance et de style, le livre regorge de citations qui sont autant de renvois à des hommes ou des œuvres qu’on a envie de mieux connaître, donc autant d’autres livres qu’il me faudra aborder un jour ou l’autre. Un bijou. « Lire est un artisanat. Il tombe en désuétude » constatait Cocteau, alors si vous ne devez lire qu’un seul livre dans les mois à venir, lisez celui-ci.
« Les choses ont bigrement changé depuis les années où ma mère me tenait la main pour traverser l’avenue des Diables-Bleus. L’homme s’est promené sur la lune. Il greffe des cœurs, des hanches. Il s’expose au sida quand naguère quelques gonocoques se chargeaient d’effaroucher. On étale dans des livres ou sur des écrans ce que l’on osait confier à un calepin intime. On fait de la laideur et de la grossièreté des buts. On conchie la langue française. Moi aussi j’ai changé. Mes journées me paraissent galoper de plus en plus vite. Le regard des filles ne me prodigue plus aucune promesse. Je conçois que, sans hypocrisie, le monde ne serait plus vivable. Que voulez-vous ! Le coup de poing a quitté ma panoplie d’arguments. Les temps de l’école communale sont bien révolus. »
Louis Nucéra Mes ports d’attache Les Cahiers Rouges
Bravo pour cet article et merci Antoine!
Poème Blanc de blanc de Mikeno et très Bonne année 2011!
Monique Lahoste nous revient avec ce magnifique poème de circonstance et plein de fraîcheur!
Nous en profitons pour vous présenter à toutes et tous, nos meileurs voeux de bonne année :
La paix, la santé, l'espérance, la joie de profiter de tout ce que la nature nous réserve de beau, et d'apprécier toutes les saveurs et les senteurs qui nous sont agréables!
Meilleurs voeux 2011!
Sur la grande ville ensommeillée
Floconnait une neige folle,
Comme papillons enivrés
De tourbillons en cabrioles.
La cité grise blanchissait
Sous l'assaut de ce bataillon,
On eut dit qu'elle se résignait
Dans un mutisme d'abandon.
Quelques sommets récalcitrants
Lançaient leurs toitures sombres,
Vers les cieux opaques et blancs,
Les extirpant de la pénombre.
Les bruits de la ville en éveil
S'étouffaient en son cœur de coton,
Tout semblait englué de sommeil
Sous le poids de ce gros édredon.
Les jardins drapés de dentelle
S'ébrouaient au matin frisquet
Comme impression surnaturelle,
Surgie d'une œuvre de Monet.
Quelques pas dans la neige fraiche,
Seuls témoins d'un signe de vie,
Montraient le chemin de la crèche
En ce Noël blanc... à Paris...
Dec 2010
Merci Monique pour cette fresque! c'est superbe!
Merci de nous permettre de finir l'année en beauté et commencer 2011 avec la poésie!
Dictionnaire amoureux des explorateurs par Antoine Eminian
Le dictionnaire amoureux des explorateurs (Plon, mai 2010),
La porte d’or (Avril 2010), La beauté du monde(Grasset, 2008), Africa (nov99), Un hiver en Bretagne (Nil éditions, 1996).
Peut être une idée de cadeaux pour les fêtes!....
Michel Le Bris, écrivain, philosophe, fondateur du célèbre festival Etonnants Voyageurs, ce colosse était seul capable de s’atteler à cette tâche phénoménale, écrire un
dictionnaire et qui plus est, un dictionnaire où serait recensés les principaux explorateurs de tous les temps et de tous les horizons.
Le bouquin est énorme, dans tous les sens du terme, tant par son contenu que par son poids qui doit avoisiner le kilo pour un millier de pages. Celui qui tomberait à l’eau, absorbé par sa lecture, est sûr de périr noyé emporté vers le fond, aussi inutile de vous dire que vous ne pourrez pas le lire dans le métro ou le RER, à moins que vous n’ayez prévu une valise à roulettes pour le trimballer !
De A comme acéphales, jusqu’à Z comme Zimbabwe, Michel Le Bris nous raconte la découverte du monde à travers ces explorateurs qui pour certains laissèrent leurs vies, pour d’autres endurèrent des souffrances sans nom. Explorateurs réels, hommes et femmes (car certaines, à une époque où elles n’étaient même pas reconnues comme des égales des hommes, se lancèrent dans des expéditions qui laissent pantois, aujourd’hui encore), personnages de légendes sortis de l’imagination débridée d’écrivains, pays de cocagne ou villes mythiques, tous les aspects de l’exploration sont abordés. Car les explorateurs sont des faiseurs de rêves, le petit Michel quand il était enfant est tombé dedans pour ne jamais sans remettre et il nous fait partager sa passion avec enthousiasme et culture. On devine et il nous le laisse entendre qu’il a énormément lu, sachant qu’il a aussi voyagé « en vrai » on se demande comment il trouve le temps de tout faire ?
Pour être certain de ne pas en rater une miette, j’ai débuté ma lecture à la page une pour la terminer à la page mille treize, mais comme il s’agit d’un dictionnaire on peut très bien piocher selon son humeur ou son intérêt.
Les vingt-six lettres de l’alphabet sont utilisées pour les entrées, alors laissez vous guider par votre intuition pour découvrir ou redécouvrir, Jacques Arago (1790-1855) – par ailleurs frère du mathématicien - explorateur aveugle ! Ou bien encore lady Stanhope (1780-1839) devenue « Reine du désert », j’arrête les exemples car on n’en finirait plus de citer tel ou tel. De toute façon ils sont tous là ou presque – j’imagine que chacun a un petit chouchou qui manquera à l’appel, c’est obligatoire dans ce genre d’ouvrage qui ne peut pas être exhaustif, moi-même j’ai déploré l’absence de Alexandra David-Néel qui m’a tant régalé de ses voyages au Tibet et en Asie…
Si vous aimez les voyages, ou la géographie, ou les rêves, ou les histoires extraordinaires arrivant à des êtres exceptionnels, ou tout à la fois, vous ne pouvez pas manquer ce pavé monstrueux. L’inconvénient avec une telle mine, c’est que même en me restreignant, j’ai noté dans mon petit carnet au moins une dizaine d’ouvrages qu’il va absolument falloir que je lise un jour ou l’autre.
« Qu’est-ce donc qui se joue dans l’aventure de Melville, de Loti, de Gauguin, de Warren Stoddard, de Stevenson, puis de Segalen et de London, dans les mers du Sud ? Au contact des œuvres d’art polynésiennes , rien de moins qu’un renouvellement de la création, un souffle nouveau – qu’accompagne une interrogation lancinante qui va hanter l’Occident pendant des décennies, faire naître l’art moderne : si ces « sauvages » sont capables d’une pareille beauté, où l’artiste puise-t-il sa force de création ? Non pas comme on pouvait le croire d’un « toujours plus » de culture, de maîtrise de codes et de techniques, mais d’une part inconnue, ou peut être assoupie, oubliée de l’âme humaine- d’un en deçà de la culture, d’une part « sauvage » qu’il s’agit de retrouver au plus près de ces cultures « premières ». Le mystère de la naissance des formes : voilà ce que tous vont tenter d’approcher, chacun à sa manière, dans les mers du Sud… »
Michel Le Bris Dictionnaire amoureux des explorateurs chez Plon
Merci Antoine
Jim Harrisson: les jeux de la nuit par Antoine Eminian
Harrison a dit « Je ne comprends le monde que lorsque je l'écris » ...
Antoine Eminian vous invite à lire le livre Les jeux de la nuit .
Merci Antoine d''accepter d'être notre critique littéraire.
Jim Harrison : Les Jeux de la nuit
Chaque nouveauté de l’écrivain américain est attendue avec impatience par de nombreux lecteurs dont je fais partie. Ce nouveau livre est un recueil de trois nouvelles d’une centaine de pages chacune où à chaque fois, un personnage solitaire cherche à calmer une souffrance qui le ronge et trouver la rédemption.
La fille du fermier nous narre le désir de vengeance de Sarah, une très jeune adolescente violée par un fils d’éleveur après une fête bien arrosée. Sarah n’a pas d’amis, ou si peu, une copine Marcia beaucoup plus délurée qu’elle et un jeune gars affligé d’un pied-bot. « Son piano était littéralement sa parole, la seule conversation qu’elle entretenait avec le monde. Son père parlait peu, et sa mère, tout occupée à trouver ce qu’elle allait répondre, n’écoutait pas. »
Chien Brun, le retour, comme son nom l’indique nous retrouvons ici Chien Brun, l’ami Indien de l’auteur qui va et vient au gré de l’inspiration de Jim Harrison à travers son œuvre forte aujourd’hui de près de vingt-cinq livres. Aujourd’hui Chien Brun, célibataire endurci, est sorti illégalement des Etats-Unis vers le Canada avec sa nièce que les autorités veulent placer dans un foyer pour jeunes handicapés. Une épopée paillarde où l’Indien nous livre quelques secrets sur sa vie passée tout en étant à l’affût de la moindre occasion pour satisfaire sa libido débordante alors que son amie Gretchen abonnée aux plaisirs saphiques exclusivement, a jeté son dévolu sur lui pour une insémination artificielle !
La dernière nouvelle qui donne son titre à l’ouvrage, Les jeux de la nuit est une variante du mythe du loup-garou. En voulant sauver un louveteau orphelin, un jeune garçon est mordu accidentellement par l’animal et chaque mois quand survient la pleine lune, une puissante force intérieure le ronge et le pousse dans des excès de gloutonnerie et de sexe. La solitude semble inexorable, l’obligeant à ces époques à fuir vers les grands espaces déserts des forêts et montagnes.
Sans entrer dans les détails pour ne pas vous gâcher la lecture, disons que Jim Harrison ménage une porte de sortie plutôt optimiste à ses personnages même si l’avenir de certains ne s’annonce pas vraiment rose. Les trois textes ne sont pas du même niveau d’écriture qui va du très bon (Les Jeux de la nuit) au moyen (Chien Brun, le retour), on trouve des répétitions étranges entre les textes où par exemple tout le monde écoute la même chanson de Patsy Cline, mais on se régale toujours des paysages de cette Amérique chère à l’écrivain et à notre cœur, du Montana au Texas, la nature toute puissante, la faune et la flore, les parties de pêche, les bivouacs au bords des rivières. Les préoccupations basiques de Jim Harrison sont toujours les mêmes, boire de bons coups, bien bouffer mais, et c’est là le bémol que je mettrai à ce livre, ses délires sexuels égrillards d’autrefois semblent prendre une part plus importante et frôler la pornographie, une facilité moins intéressante trahissant les fantasmes d’un vieil homme (73 ans) en difficulté de ce côté-là ? A cette heure le luron est toujours vivant et il nous offre un très bon bouquin, c’est tout ce qui compte pour nous au pays des lecteurs.
« Ce premier automne, nous faisions de longues virées parmi les collines des environs, cachant nos vélos avant de poursuivre à pied dans les canyons, tuant des serpents à sonnette avec la Remington de calibre .22 à un coup de Lawrence. Il achetait des cartouches bourrées de chevrotine et dégommait des cailles qu’Emelia cuisait ensuite avec habileté sur une pierre plate entourée de braises. Petit Dicky avait toujours du sel sur lui, dans une bourse fixée à sa ceinture. »
Jim Harrison Les jeux de la nuit chez Flammarion
Le tatou et la tortue... de Jean de Nerville
Soyons tout à la fois Tortue et Tatou nous dit notre poète Jean... Fable judicieuse applicable pour petits ou grands en cette période de reprise d'activité.
A méditer ! ... Bonne lecture!
Le Tatou et la Tortue
« Arrête-toi Tatou », dit la Tortue à bout
« J’attrape le tournis et me tords le cou
À suivre tes détours et ta course de fou.
Pourquoi tant te presser ; te faufiler partout ?
Pourquoi ne pas rester à l’abri dans ton trou,
Donnant du temps au temps, faisant le rêve doux
Qu’on peut l’amadouer, le dompter peu ou prou,
N’être plus obsédé par son cri de coucou ?
Isole-toi un peu à l’abri des remous.
Essaie de réfléchir, courir ne fait pas tout.
Évalue le danger, apprécie tes atouts.
Puis reprends ton chemin, prudent à pas de loup.»
« Je crois bien que de moi, tu te moques, Tortue !
Si tu me vois courir cette course éperdue,
C’est afin d’échapper au péril inconnu
Qui à chaque moment, peut me sauter dessus.
Mes écailles n’ont pas la solide vertu
De ta carapace cadenassée, trapue,
Où tu te réfugies, loin du tohu bohu.
Mais parfois tu n’as plus ce flegme prétendu.
Retournée sur le dos, l’autre jour, je t’ai vue.
Tes pattes battaient l’air, s’agitant tant et plus,
Tu comptais plus sur elles que sur ton occiput,
Comme je fais quand je cours à bride abattue.
Tu pédalais sur place, tous muscles tendus,
Cherchant à prendre pied pour trouver le salut.
Rien d’autre ne comptait que cet unique but :
Retrouver le bon sens, et le ciel par-dessus.»
Soyons tout à la fois Tortue et Tatou.
Réfléchir ou courir, il est un temps pour tous.
Merci Jean pour cette merveilleuse fable!
Journées du Patrimoine et un extrait du livre de Martine Mallein
Vous trouverez un extrait de l'article de Martine ci-dessous, mais je vous invite à lire la totalité du texte dans la rubrique Culture: livres, films, Théatre en cliquant sur l'article à droite, sur le Blog.
"Les journées européennes du patrimoine des 18 et 19 septembre prochains ont pour thème cette année « Les grands Hommes : quand femmes et hommes construisent l’Histoire ». Le Ministre de la culture Frédéric Mitterrand a voulu « saluer ainsi la mémoire des figures de notre Histoire ».
Le patrimoine que j’ai eu la chance de découvrir dans mon village du Berry m’a donné le plaisir de rencontrer dans le temps, sorte de dialogue intemporel, une famille de grands architectes du XVIème siècle et du début du XVIIème, les Androuet du Cerceau et de lier connaissance, si je peux dire, avec l’épouse du roi Henri IV, la florentine, Marie de Médicis. ..."
"...Je vous entraîne avec plaisir dans leur sillage, occasion de réunir l’Homme et les Lieux. Je vous invite tout d’abord à nous rendre à l'enseigne du Cerceau, rue des Petits Augustins, à Paris !
Sous François ler …..À 23 ans, le jeune Androuet, un petit pécule en poche, ses carnets de croquis à la main, va traverser la péninsule…
Les années passent…… son ouvrage « Les plus excellents Bastiments de France », recueil très précieux, photographie de la France au XVIe siècle, parvenue jusqu’à nous. …
Le livre "Les Plus excellents bâtiments de France" de Jacques Androuet du Cerceau prolifique créateur et architecte, est le summum de la culture de la Renaissance. Ce recueil de 116 dessins reproduits pour la première fois à la plume par l’auteur décrit les 30 plus célèbres châteaux de la Renaissance : Chambord, Blois, Chenonceau, Amboise, Fontainebleau, le Louvre, Chantilly, St Germain en Laye dont nous parlerons prochainement etc…
…Si je vous ai convaincu sur l’importance de cet architecte, un peu oublié certes,
mais qui a fait récemment l’objet d’une très belle exposition à la Cité du Patrimoine et de l’Architecture au Palais de Chaillot, vous pourrez par un bel après-midi vous rendre à Verneuil, tout
près de Chantilly et faire une agréable promenade. La petite ville située en lisière de la forêt d’Halatte vous permettra de découvrir des vestiges gallo-romains, un musée, unique en Europe, qui retrace l'histoire en relief rapportant les
traces et la mémoire de la pierre du néolithique jusqu'à la seconde guerre mondiale, mais vous pourrez surtout aller voir les restes du château de Verneuil, seuls les soubassements n’ont pas été
détruits par les Condé, jaloux de la beauté du site, faisant concurrence à Chantilly et le Manoir de Salomon de Brosse.
Je me tiens à votre disposition si cette aventure à Verneuil vous tente.
Eh ! Oui, la maison de Salomon de Brosse
existe encore, alors suivez-moi dans cette direction. Qui est Salomon
de Brosse, cet architecte protestant dont on ne parle pas souvent et dont je me suis fait le défenseur avec mes amis Mr et Mme Sarrazin qui ont créé l’association des Amis du Vieux
Verneuil.
Pourquoi le défendre me direz-vous ? Il est en fait l’architecte de la petite ville nouvelle d’Henrichemont, créée en 1608 par Sully, dont ma famille est originaire. J’ai eu la curiosité de mieux le connaître ou plutôt de le découvrir et pendant deux ans avec Gérard nous avons sillonné la France, jusqu’à Sedan. Pas de chance pour les châteaux, ils sont presque tous détruits, mais, il reste encore quelques merveilles architecturales. ……
Et la suite, me direz-vous, vous la découvrirez dans le livre que j’ai écrit « L’architecte et sa reine » et qui reprend la vie de ces trois personnages, Jacques ler Androuet du Cerceau, Salomon de Brosse et la Reine Marie de Médicis...
.... Je conclurais en reprenant les propos de M. le Ministre de la Culture à l’occasion des ces 27ème journées européennes du patrimoine :
« Le temps n’efface pas les traces des grands hommes » « l’Andromaque d’Euripide déjà portait cette conviction intime et fondamentale, dont le patrimoine porte jusqu’à aujourd’hui le témoignage. »
Tous nos remerciements, Martine, pour cette partie d'Histoire ignorée de beaucoup
11 septembre, Une journée mémorable par Antoine Eminian.
Antoine Eminian, écrit remarquablement des nouvelles. Inscrit depuis peu sur le rezo-bazar, Antoine nous fait partager ici une courte nouvelle en mémoire du triste anniversaire des attentats du 11/09 contre les « Twin Towers » de New York. Vous apprécierez le style, le sujet est traité avec humour et aussi beaucoup de respect.
L'action se passe à New York
Une journée mémorable
Tout s’était bien passé, le beurre avait été étalé avec succès sur la biscotte sans qu’elle ne lui éclate dans les doigts, puis la cuillère de miel avait nappé la tartine sans que le liquide sucré et épais ne lui coule sur la main ou ne s’égoutte sur la table. Satisfait de son ouvrage il contempla son festin un court instant avant de plonger l’objet de son désir dans son bol de café noir. La trempette fut courte mais suffisante hélas ! pour qu’alourdie par le poids du liquide, la moitié de la biscotte retombe dans le liquide alors que d’un geste rapide il se préparait en l’enfourner dans son gosier avide. Le choc brutal annula tous les aspects positifs de cette entame de petit-déjeuner. Le café violemment expulsé avait maculé sa manche de pyjama et le dessus de ses cuisses alors que sa main se cramponnant au morceau rescapé eut un effet inverse à celui recherché, la pression s’accentuant sur la tartine l’explosa en morceaux collants et gluants qui se répandirent sur la table, certains comme animés d’un esprit diabolique poussant le vice à rebondir sur ses genoux avant de s’écraser sur la moquette. Un voile de contrariété traversa son regard ; dieu merci ! Il était sous Euphytose depuis plusieurs semaines et il contint son exaspération mais il n’avait plus faim et son petit-déjeuner tourna court. Il se leva de sa chaise, écrasant et collant sous ses chaussons les éclats de biscotte répandus précédemment et se dirigea vers la cuisine avec le plateau maculé des restes de son repas matinal avorté. Le court trajet fit souffrir la moquette et l’arrivée dans la cuisine se fit dans les craquements de la biscotte collée sous ses semelles entrant en conflit avec le carrelage. La vaisselle fut torchée, le beurre et le miel rangés dans leurs placards avec brusquerie et les sols récurés avec une éponge qui y rendit l’âme. Il prendrait un café plus tard, dans un établissement dédié à la chose quand il sortirait.
Légèrement agacé il entra dans la salle de bain. La mousse parfumée et délicatement étalée sur ses joues lui rendit sa sérénité un court instant, jusqu’à ce que le rasoir ne lui arrache sournoisement un minuscule bouton dissimulé sous l’onctuosité blanche qui devint rapidement rouge. Abandonnant rageusement l’outil à lame au fond de l’évier il s’empara d’une serviette pour éponger l’hémorragie qui en prenait à son aise. Aussitôt le linge se transforma en une chose infâme et humide mêlant le sang et la mousse en une boue gluante qu’il jeta prestement dans le panier à linge sale en osier. Il s’engouffra dans la cabine de douche et s’abandonna au jet brûlant qui le purifia des souillures du couteau malintentionné. L’odeur du savon parfumé à l’huile de coco, la vapeur qui s’accumulait dans l’espace étroit, la chaleur apaisante et le ruissellement de l’eau reconstituaient inconsciemment un environnement prénatal qui l’apaisait. Malheureusement le temps passait et il dût interrompre cet instant de bonheur parfait et régénérant. Il décrocha le pommeau pour se rincer méthodiquement mais l’objet métallique dans sa main savonneuse lui échappa et s’abattit sur son arcade sourcilière qui ne put résister au choc. Une nouvelle fois le sang jaillit, en gros bouillons cette fois, inondant la cabine de flots moussus et rougeâtres qui disparaissaient dans la bonde sous ses pieds. Un remake d’un film d’Hitchcock pensa-t-il un court instant alors qu’il hurlait in petto sous le coup de la douleur soudaine. Le drap de bain lui aussi finit dans le panier en osier. Un sparadrap sous la gorge, un autre au coin de l’œil, une barbe mal rasée, son reflet dans la glace témoignait des combats qu’il avait livrés depuis son réveil. Ses collègues de bureau pourraient jaser toute la journée il n’en avait que faire.
Séché mais amoché il entreprit de se vêtir, pantalon, chemise puis la cravate. Le nœud lui résista longtemps mais il s’y attendait. Néanmoins cette résistance farouche causa l’arrachement du bouton de col et il commença à s’énerver un peu. Le temps passant inexorablement il n’avait plus le loisir de changer de chemise et donc de cravate assortie qui l’aurait obligé à repasser par la séance du nœud. Il enfila sa veste, prit ses papiers et ses clés sur le guéridon de l’entrée ainsi que son attaché-case avant de quitter son appartement.
Il appela l’ascenseur mais au bout de cinq minutes quand il constata que le voyant lumineux indiquait que la cabine stagnait au rez-de-chaussée, il se lança dans l’escalier dont il dévala les marches. Erreur funeste car dans sa hâte il avait mal fixé un lacet et le gag éculé frappa encore ; c’est sur le ventre qu’il descendit les dernières marches. Le costume en avait souffert plus que lui, veste froissée et genou taché. Son calme fondait à mesure que les évènements fâcheux s’empilaient. Le portier le salua quand il émergea de l’immeuble non sans lui adresser un regard où l’étonnement se mêlait à la contrariété. Il ne l’avait jamais vu dans une telle tenue ; son allure négligée et son look général contrastaient avec l’image du cadre dynamique tiré à quatre épingles qui était la sienne habituellement. D’ailleurs tous les habitants de cet immeuble affichaient des manières et des moyens en harmonie avec le standing de cette résidence et le portier dans son uniforme impeccable était la vitrine de cette respectabilité et il entendait bien la faire respecter. Si cet incident de parcours devait se répéter il devrait aborder le sujet avec ce locataire.
Sur son injonction un taxi jaune se gara immédiatement devant le trottoir et s’engouffrant dans le véhicule il donna l’adresse au chauffeur, un Jamaïcain en dreadlocks qui écoutait en sourdine, dieu merci, une cassette de Bob Marley. Le véhicule s’engouffra dans le flot de circulation qui de Central Park ouest jusqu’au sud de Manhattan promettait d’être dense. Calé au fond de la banquette, il consulta son agenda électronique, un « cadeau » de la direction de son entreprise à tous les cadres supérieurs.
La boite ne lésinait pas sur les cadeaux quand sa rentabilité en dépendait se dit-il. L’alarme électronique lui indiqua que la réunion de direction allait débuter dans cinq minutes et qu’il y serait en retard. Arriver en retard à cette réunion extrêmement importante aujourd’hui puisque l’organigramme général allait certainement se trouver bouleversé, dans cet accoutrement pas très reluisant, l’excéda au plus haut point. Se penchant vers le conducteur il lui promit un pourboire alléchant contre une prouesse de conduite en milieu urbain.
L’œil du black s’alluma et le moteur ronfla ce qui obligea un livreur en vélo à faire un écart acrobatique tout en jurant contre ces cabs qui prenaient la ville pour leur jardin. Le chauffeur monta le son du lecteur de cassettes et les basses du reggae couvrirent tous les bruits venant de l’extérieur, « Rastaman vibrations oh ! yeah ! …. » hurlait Bob dans l’habitacle du taxi qui filait sur Broadway.
Le cadran de sa montre indiquait la date du onze septembre 2001 et il était 8h45, la réunion venait de débuter ponctuellement comme toujours, il en était certain.
C’est alors que levant les yeux vers le sud il aperçut comme tous les new-yorkais une immense fumée noire en provenance des tours du World Trade Center où se tenait cette foutue réunion dont il avait raté le début.

Bravo et merci Antoine, de nous avoir écrit cette Nouvelle à l'occasion de ce triste anniversaire.
Cet attentat restera longtemps gravé dans nos mémoires!
Le roman « l'Architecte et sa Reine » écrit par Martine Mallein-Leguédois
Martine Mallein réputée pour son intégrité et
son sérieux lorsqu’elle travaillait au BHV et bien connue par les Henrichemontais pour son investissement dans l'histoire de la Principauté de Sully,
nous invite à une lecture-détente en publiant son premier roman historique, captivant et dramatique:
« l'Architecte et sa Reine ».
Elle nous
entraîne à la suite de l'architecte Salomon de Brosse dont la vie bien remplie fut un long chemin prestigieux, souvent cocasse, riche en tribulations, mais aussi âpre et
bouleversant.
Nous sommes au début des guerres de religion lorsque naît en 1571, le fils de Julienne Androuet et de Jean Brosse, ce petit-fils du grand architecte Jacques Androuet du Cerceau, connu pour son recueil de dessins des châteaux, maisons de plaisance, jardins intitulé « les Plus excellens bastiments de France», véritable recensement des belles demeures du XVIè siècle réalisé à la demande de Catherine de Médicis et Charles IX.
Ci-dessus :Salomon de Brosse au Palais du Luxembourg
L'histoire commence loin de Paris, à l'écart des premiers massacres entre Huguenots et Catholiques, au petit hameau de Mont-la-Ville qui se révèle, pour cette famille de protestants, un havre de paix.
Salomon de Brosse travaille dès son plus jeune âge avec son grand-père, Jacques Androuet du Cerceau, ses oncles et son père à la construction du château de Verneuil en Halatte en Picardie où il naquit.

gravure du Chateau de Verneuil en Halatte et le Chateau de Salomon de Brosse
C’est le même homme dont nous avions parlé sur le blog qui de 1617à 1621 travailla sur le plan de la façade de l’église st Gervais-St Protais à côté du BHV.
Martine nous raconte que des années plus tard, la vie de Salomon de Brosse, aux côtés de l'épouse d'Henri IV, Marie de Médicis, se révèlera particulièrement mouvementée lors de la construction du Palais du Luxembourg.
St Gervais-St Protais ci-dessus
Son talent apprécié par les Grands lui vaudra la mission de créer Henrichemont (Cher), la petite capitale protestante de Sully, près Berry.
maison de Sully à Henrichemont
Nous en avions parlé récemment avec la sortie des
premiers « Carnets d'histoire de la Principauté ».
Salomon de Brosse a réalisé une oeuvre gigantesque, c'est l'homme qui créa le lien entre l'architecture de la Renaissance et la 1ère partie du classissisme.
Des exemples comme:
Le Palais du Luxembourg créé à la demande de Catherine de Médicis, (ci dessous la nuit et le jour)
le chateau de Blérencourt pour le duc de Gévres, les plans du Parlement de Rennes
ou le palais des Princes à Sedan.
Cette architecture prend un côté harmonieux, solennel, il
ne laisse pas de place aux floritures ou au Baroque; Il privilégie les lignes droites, la symétrie, la rigueur géométrique, on se réfère aux oeuvres gréco-romaines.
Le roman : « L'Architecte et la Reine » est vendu au prix de 25 € + 5 € de frais de port. Vous apprécierez cette lecture-détente de Martine qui pourra aussi faire l’objet d'une promenade-découverte d'Henrichemont ; C’est le moment idéal avec les journées du patrimoine.
Vous pouvez prendre contact avec Martine et Gérard, pour savoir comment vous le procurer. Courriel. martinegerard.mallein@yahoo.fr
Martine nous fera la joie de nous sélectionner quelques extraits de son livre à paraître sur ce même blog,
Nous parlera t’elle de la famille: des «Androuet du Cerceau » ou du chantier du Luxembourg ou peut-être de la folle équipée de Marie de Médicis à Blois où l'architecte était venu lui construire un pavillon.
Surprise ! Surprise !
Le numéro 2 des Carnets de l'Histoire, (Nous avions déja parlé sur ce même blog du numéro 1) est paru :
« L'Urbanisme et l'architecture d'Henrichemont au XVIIe siècle»
Ce livret invite le lecteur à une
promenade-découverte autour de la cité de Sully, et par là-même il permet de mieux appréhender l'urbanisme de cette ville nouvelle dont le concepteur fut vraisemblablement Claude de
Chastillon, topographe, dessinateur, ingénieur du roi et à en détailler l'architecture conçue par Salomon de Brosse.
Renseignements par Courriel : martinegerard.mallein@yahoo.fr
C'est remarquable! C'est passionnant!
L'Histoire écrite par Martine Mallein-Leguédois, on adore!....